CHAPITRE VU. — DERNIÈRES ÉPREUVES ET ESPÉRANCES
accablés quaad ils cherchent au delà de la frontière le moyen de légitimer leur mariage et de pratiquer les sacrements. « Nous n'avons plus la force, disent-ils, de supporter tout cela, «t les plumes et Tencre ne suffisent plus pour décrire de telles souffrances. Daignez, grand monarque, nous ouvrir un chemin quelconque afin que nous puissions prier dans TEglise catholique romaine. Vous avez la force et le pouvoir de nous faire grâce, de nous restituer la religion bien-aimée de nos pères conforme aux lois de l'Eglise catholique romaine et de nous libérer des persécutions que nous souffrons depuis tant d'années. Sire, père des peuples et protecteur de tous les innocents, ayez pitié de nous. Daignez nous honorer de la permission que nous demandons et que nous allons attendre en tremblant. » En même temps des pétitions analogues partaient des gouvernemenls de Kerson et d'Orenbourg signées par des Un iates exilés séparés de leurs familles ou môme par des catholiques latins enveloppés dans la môme persécution. Toutes ces suppliques, hélas! avaient le môme sort: elles circulaient de chancellerie en chancellerie, passaient de Saint-Pétersbourg k Varsorvie, de Varsovie au chef-lieu du district, et revenaient avec la môme réponse carrément négative ou évasive. Jamais elles n*avaient rencoatré dans leur voyage un fonctionnaire ayant autorité pour les écouter et surtout pour leur donner satisfaction. Vainement les paysans se cotisaient pour envoyer des délégués à la capitale : une force mystérieuse les empochait toujours d'arriver jusqu'à l'empereur. Le 8 mai 1895, deux de ces envoyés réussirent à attirer l'attention du tzar en se jetant à terre devant ses chevaux au retour d'une revue. Leur pétition fut prise par Tordre du souverain, avec celle d'un pauvre homme qui était à leurs côtés. Le soir môme la grâce sollicitée par celui-ci était obtenue, tandis que les Uniates étaient mis en prison et soumis à des vexations odieuses pour leur arracher la rétractation de leur supplique *. L'empereur de Russie est tout-puissant ; mais entre lui et son peuple, il y a une formidable machine d'oppression policière et administrative conduite jusqu'ici par le zèle fanatique dont le Saint-Synode et surtout son Procureur sont l'incarnation vivante. Tant que ie tzar n'aura pas dompté cet illuminisme qui confond l'intérêt