CHAPITRE VU. — DERNIÈRES ÉPREUVES ET ESPÉRANCES
plus atroce : la perdition de Tàme. Si Ton nous condamnait à mort, nous serions prêts à donner nos vies pour la sainte foi catholique romaine, comme beaucoup de nos frères Tout déjà fait ; mais cette lente agonie que nous souffrons depuis bientôt trente ans, la privation de toute consolation religieuse, de tout sacrement peut nous conduire au désespoir et nous pousser à embrasser le schisme, comme plus d'un parmi nous Ta déjà fait. »
Cette fois, la cause des Uniates avait trouvé un puissant avocat. A Toccasion du couronnement du nouveau tzar, un envoyé apostolique vint à Moscou et les relations qui existaient déjà entre Rome et Pétersbourg prirent un caractère plus personnel et plus direct. Déjà le jeune souverain avait mani. festé des intentions bienveillantes et on attendait de sa part un manifeste octroyant à ses sujets catholiques le libre exercice de leur religion. C'était trop demander pour le début. Nicolas II se borna à accorder Tamnistie aux prêtres catholiques persécutés pour avoir administré les sacrements ou enseigné la religion à des orthodoxes. Cet acte rendait la liberté à de nombreux prêtres latins emprisonnés ou déportés en Sibérie pour avoir assisté les Uniates. Depuis ce premier acte de justice, les négociations continuent toujours, et récemment un journal qui reçoit les inspirations directes du Vatican pouvait dire : « Des nouvelles puisées à excellente source nous apprennent que l'Empereur de Russie, dans son équité envers tous ses sujets, montre les meilleures, les plus consolantes dispositions à regard des Uniates en interposant son autorité afin qu'ils ne soient pas molestés pour la déclaration de leur foi, et qu'ils puissent librement professer le catholicisme et en exercer les pratiques. » A l'occasion du recensement, en effet, lorsque le pouvoir central avait ordonné de laisser à chacun pleine liberté dans la manifestation de son culte, des instructions secrètes parties du Saint-Synode avaient recommandé aux autorités de ne pas tenir compte des déclarations des anciens Uniates et de les inscrire tous comme orthodoxes. Le tzar, averti de cette manœuvre, l'a désavouée, et des milliers de fidèles ont pu librement professer leur attachement invariable à l'Eglise catholique.
Peu à pet, on s'est aperçu que le système de persécution s'adoucissait : les fonctionnaires pour lesquels les mariages
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contractés devant le pope étaient seuls valides, admeUaD^ maintenant la légitimité des unions bénies par des prètr» latins, môme en terre étrangère. On a renoncé à sépartr brutalement les époux unis par ces mariages de CrûcovU. Les déportés ont pu revenir dans leur pays ou appeler près d'eux leurs femmes et leurs enfants. On n'en est pas encore, hélas ! à faciliter aux Uniates la pratique de la religion catholique, mais on n'entend plus parler de déporLaliuns, de châtiments portés contre ceux qui les assistent '.
En faveur de l'équité et de la tolérance, la bienveillanct personnelle de Tempereur trouve un appui et est déjà sUeuqlée, nous n'osons pas dire encore par lopinion publique, mr^^ par des voix éloquentes qui plaident avec persévérance dans ii presse la cause des persécutés. Un changement s'opère lentement dans Télite de la nation, les vieux préjugés s'aff&iblissent, et ce mouvement inattendu deviendra, 00 peut Tespérer, irrésistible.
Jusqu'à présent la presse russe se refusait à prononoar 3* nom de la Pologne. On craignait d'évoquer la morte et de t^peler le fantôme enseveli sans retour. Maintenant* on est su: pris d'entendre des journalistes prêcher hautement laréo^Bciliation entre les deux nations sœurs. Tel d'entre eux esi^ia'&r il est vrai, de faire la distinction entre les Polonais et les ealfa> liques,et dire que si le Polonais est pour le Russe un frère deb même race et digne de son amour, le catholicisme est toujours Tennemi parce qu'il a perverti la doctrine de Jésus Christ mais d'autres écrivains, imbus de l'esprit nouveau, raillent et? passions surannées, et aulieudediscutcrjuvitent ce survivifil d'un autre âge à se faire soigner dans une maîsca de santé.
La Vieille Gazette de Moscou jette en vain des cris d'épuu^ vante. « La langue polonaise, dit-elle, se faitenLendre de nouveas dans les paroisses vistuliennes, la population russe recom* mence à céder le pas aux Polonais, de nouvelles intrigues^ trament dans l'ombre, les Polonais relèvent la tète, ne révMl que leurs droits nationaux; il est difficile de prédire commaei! tout cela pourrait finir. » On lui répond : « Nî le cathrk
1. Le Correspondant a publié dans sa livralsoQ du S5 juillet IfiïT 1: intéressant article de M. François Garry: ta Russie et le Vatic'in r7^ Léon XI II y qui résume très bien les efforts de la politique poutiâcalt £• ses résultats.