‹ Un apotre de l'union des eglises au XVII siecleChapitre 4 sur 316 · CHAP. I. — MÉLÉTIUS SMOTRYCKI SOULÈVE LE DIOCÈSE DE POLOCK · texte numérisé non relu

CHAP. I. — MÉLÉTIUS SMOTRYCKI SOULÈVE LE DIOCÈSE DE POLOCK

désordres, celui-(ii s'empressa d'écrire à Tarchevêque pour le préyenir de ce qui se passait et l'engager à revenir en toute hâte. On devine la douleur du Saint. Aussitôt, il veut partir pour Polock. On l'avertit que les schismatiques lui Ont préparé des embûches sur la route ; on le presse d'attendre quelques jours, de prendre au moins des précautions pour garantir sa vie. Il partit sans rien entendre, et, soit que les craintes de ses amis fussent mal fondées, soit qu'il fût couvert d'une protection céleste, il atteignit Polock sans rencontrer l'ennemi.

Ce fut àpeine s'il trouva dans cette ville quelques vestiges de rUnion. Le mal eût été plus grand encore si les prêtres n'étaient pas restés presque tous fidèles. Josaphat recueillit alors )e fruit des peines qu'il avait prises paur affermir ces hommes simples dans la foi catholique. Grâce à leur résistance, toutes les églises de Polock restèrent au pouvoir de l'archevêque, et les partisans de Smotrycki ne réussirent pas, dans ces premiers temps du moins, à organiser un culte public. C'était un premier avantage pour l'archevéquè ; mais il l'eût perdu tôt ou tard, si la majorité des habitants eût persisté dans la révolte.

Pour ramener ses ouailles à l'obéissance, Josaphat ne voulut employer que la douceur, et ne réclama aucun appui des autorités de la ville et du château, dont le concours lui était cependant assuré. Il ne provoqua aucune poursuite contre les agents de la confrérie et n'eut recours aux officiers royaux que pour insérer dans les actes du château une protestation, en date du 18 avril, contre l'intrusion de Smotrycki. Cet acte suffisait pour sauvegarder les droits de Josaphat et empêcher son adversaire d'acquérir un titre légal sur les églises et les bénéfices du diocèse. Cette précaution prise, Josaphat donna ses premiers soins au petit troupeau qui lui restait fidèle. Il affermit la foi chancelante des uns, ranima le courage des autres^ rendit à tous la confiance et la paix. Il trouva bientôt parmi eux des auxiliaires dévoués, et les anima à tel point, que ce fut pour eux une véritable joie de braver le péril pour lacause de la sainte Union, à la suite de leur archevêque.

Deux hommes surtout se signalèrent par une fidélité à toute épreuve. Ce furent le bourgmestre Dorothée Achremowicz et le notaire Jean Dziahilewicz. Nous les connaissons déjà tous les deux. Ils devaient la foi à saint Josaphat. Ils surent lui témoigner leur reconnaissance durant ces jours de douleur, lorsque

tant d'autres habitants de Polock rivalisaient d'ingratitude et de méchanceté envers le père et l'évoque, qui avait tout fait pour 6UX. Non seulement ces deux hommes furent plusieurs fois exposés à périr sous les coups des schismatiques, mais ils essuyèrent des persécutions domestiques, souvent pires que la mort. Dziahilewicz vit ses parents et ses amis se ^urner contre lui. On ne voulut plus ni le recevoir, ni fréquenter sa maison, ni même le saluer ; et sa propre mère, oubliant tout sentiment de tendresse, n'eut plus pour lui que des duretés et des injures. En vrai confesseur de la foi, Jean supporta tout sans se plaindre.

11 eut le courage de vivre durant dix-sept années sous le coup de cette pénible épreuve, et de garder toujours dans sa maison cette mère dénaturée ^

La fermeté des disciples fait comprendre quelle était celle du maître. Dès le jour de sa rentrée à Polock, Josaphat reprit ses prédications à Téglise ; mais comme une grande partie des habitants ne venait plus Tentendre, il fallut les chercher dans leurs maisons ou les attirer au palais épiscopal. L'hospitalité de l'archevêque devint plus large encore qu'auparavant.Il chercha les occasions d'inviter les bourgeois à sa table et de s'asseoir à la leur. Souvent il se présentait sans être attendu chez les plus Acharnés de ses adversaires, et toujours on lui fit bon accueil. Le respect qu'imposait sa vertu faisait taire pour un moment la haine qu'inspirait sa fidélité au Pontife romain.

Dans ces repas et les entretiens familiers qu'il nouait à chaque rencontre, le Saint amenait la conversation sur les affaires religieuses, et il eut la joie de convertir par ce moyen un grand nombre de schismatiques. Après plusieurs semaines de travail, Josaphat avait arrêté Texpansion de Tincendie ; mais il ne réussit pas à Téteindre. Sur ces entrefaites, les graves nouvelles qu'il reçut de Vitebsk l'obligèrent à se rendre promptementdans cette ville '.

Le moine Sylvestre, qui avait dirigé l'agitation schismatiqueà Polock, parut à Vitebsk vers la fin de janvier 1621. Il avait à sa suite un pope nommé Jean Kamieniec, et ne tarda pas à recruter

1 . Act, Commiss, Aposi. ûeposit. Joan. Dziahilewicz, n. 8 — Susza, Curs, vit, p. 65.

8. Act. Commiss, Apost, Deposit. Doroth. Lecikowici, n. 6; Doroth. Achremowicz, n. 5. — Susza, Curs, vit, p. 70.

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d*autres auxiliaires dans la ville. Une sourde agitation se propagea bientôt dans tout le palatinat ; et dès les premiers jours de février, quelques gentilshommes, catholiques fidèles, sentant gronder Forage, se présentèrent au château de Vitebsk pour dénoncer par acte public les manœuvres des schismatiques et la conspiration qui se tramait contre Tautorité de Tarchevéque et du roi *.

Les magistrats ne surent tirer aucun profit de ces avertisse* ments. Ceux du château, gentilshommes et probablement latins, dédaignèrent de s*en occuper ; ceux de la ville, bourgeois et attachés au rite grec, déjà gagnés à la cause du schisme, s'en réjouirent au lieu de s'en inquiéter. Le 3 mars 1621, les émissaires de Smotrycki, déjà presque assurés de la victoire, risquèrent un coup d'éclat. Sylvestre et le pope Jean vinrent en plein soleil k Thôtel de ville avec tout un cortège de nobles et de bourgeois, parmi lesquels on remarquait le greffier territorial de Vitebsk, et un certain Nicolas Wasilewski, ardent schismatique, accouru de Polock pour organiser la lutte contre Josaphat. Le conseil de la ville était réuni. Sylvestre lui présenta une lettre de Smotrycki, annonçant sa promotion à la dignité archiépiscopale et réclamant l'obéissance des fidèles enfants de rËglise orientale qui habitaient la Ruthénie-Blanche, et en particulier la ville de Vitebsk.

Des hésitations se produisirent, parait-il, au sein du conseil. Quelques membres, prévoyant les conséquences de l'acte auquel on voulait les entraîner, désirèrent du temps pour réfléchir. Mais le peuple, qui avait vu passer Sylvestre et son cortège, s'était assemblé et se pressait aux portes de la salle des délibérations. Ses cris, les instances du greffier territorial et de ses amis, et surtout l'influence de deux anciens du conseil, Nahum Wolk et Siméon Niesza, tous deux ardents ennemis de l'Union, entraînèrent rassemblée, qui,«moitié de gré, moitié de force, entendit la lecture des lettres de Smotrycki. A peine était-elle achevée, déjà les agitateurs déclaraient que les habitants de Vitebsk ne vaulaient plus reconnaître d'autre archevêque que Mélétius Smotrycki et refusaient d'obéir désormais à Josaphat Kuncewicz. Il paraît qu'un petit nombre de conseillers appuyè-

1. Arrêt de la Commission royale contre les assassins de saint Josaphat ^ ap. Stebelski

rent seuls cette résolution ; mais les autres la ratifièrent par leur silence, et pas une protestation ne se fit entendre.

Quelques jours après cetteréunion tumultueuse, Sylvestre et ses aifidés vinrent de nouveau à l'hôtel de ville pour imposer à l'acceptation des conseillers une lettre d*obédlence à Smotrycki,déjà revêtue de nombreuses signatures. Le conseil courba encore une fois la tète, et dès lors Tapostasie de Yitebsk fat consommée. Les églises furent enlevées aux Uniates. La plupart des popes reconnurent Smoti'ycki ; les autres furent accablés de coups et chassés de la ville ^

Ces tristes nouvelles hâtèrent l'arrivée de saint Josaphat à Vitebsk. Il s'y conduisit comme à Polock, ne réclama aucun secours des officiers publics et épuisa tous les moyens de persuasion pour convertir les rebelles. A Vitebsk, comme à Polock, il eut la consolation de voir quelques hommes fidèles se rallier autour de lui. À leur tête étaient Pierre Iwanowicz et Basile Bonicz, qui étaient ou devinrent plus tard bourgmestres de la ville. Ils imitèrent à Vitebsk la noble conduite de Dorothée Àchremowicz et de Jean Dziahilewicz,mais avec moins d'ardeur et par conséquent avec moins de succès.

Même avec le secours de ces auxiliaires, l'archevêque n'obtint à Vitebsk que des victoires partielles. Les schismatiques restèrent maîtres de la ville. De Vitebsk le saint pasteur se rendit à Mohylew, à Orsza, dans toutes les villes que les schismatiques avaient agitées, et il y déploya le même zèle; mais le succès ne couronna pas toujours ses efforts.

Quand il rentra à Polock, vers la fin de Tannée 1621, Josaphat y retrouva les schismatiques plus excités contre lui qu'avant son départ. Chaquejoursemblaitaccroître leur fanatisme. L'inébranlable fidélité du bourgmestre Dorothée et du notaire Dzîahilewicz était mise sans cesse à de nouvelles épreuves. « L'Union tomberait, disaient les schismatiques, si ces deux c hommes abandonnaient Josaphat » ; mais rien n'ébranlait ces généreux champions de l'unité catholique. En face d'une situation qui menaçait d'être durable, Josaphat se demanda si une intervention du roi en sa faveur ne produirait pas d'heureux résultats.

Pour donner à ses attaques une apparence de légalité toujours

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