CHAPITRE IV. — SITUATION DÉSESPÉRÉE DE L'ÉGLISE UNIATE
les épreuves qui l'y attendaient. Dans son rapport de 1623, il énumère les forces des schismatiques : « Et nous, ajoute-t-il, « nous comparaissons de notre côté, seuls, sans secours humain, « sans autre appui que Dieu. Quelles horribles afflictions « n'avons-nous pas à dévorer dans ces diètes ! »
Quand les schismatiques voulaient engager la lutte,ils avaient des orateurs toujours prêts, dans le sénat comme dans la chambre des nonces. Rutski voulait-il répondre, on lui refusait la parole. « Vous n'êtes, lui disait-on, ni nonce ni sénateur, « faites parler des nonces à votre place. » Si Rutski s'adressait aux nonces : t Nous avons assez à faire sans nous occuper de « vous », lui répondaient les uns. « Nous ne voulons pas nous « exposer à la haine pour les affaires d'autrui >, lui répondaient les autres; comme si en Pologne l'Union n'était pas l'affaire de tous. S'il trouvait à la fin un homme assez courageux pour se charger de sa cause, de nouvelles difficultés surgissaient. L'orateur ne connaissait pas les affaires ruthènes, et sa bonne volonté était souvent plus grande que ses talents. Ce défenseur improvisé n'avait ni une explication ni une réplique à opposer aux schismatiques, et il laissait souvent passer par ignorance des choses préjudiciables aux Uniates.
Rutski aurait voulu surveiller lui-même la discussion ; mais la violence de ses adversaires lui fermait la chambre des nonces où il eût été exposé aux derniers outrages. Il ne pouvait paraître décemment qu'aux séances du sénat et aux réunions des deux ordres ; mais là encore, de nouvelles humiliations Tat tendaient. Un prélat de sa qualité ne devait pas rester confondu dans la foule des curieux et des solliciteurs. Quand il demandait une place dans l'assemblée, on la lui refusait avec dédain. A peine obtenait-il comme une faveur de s'asseoir derrière les sénateurs, parmi les simples prêtres latins, au mépris de sa dignité et aux applaudissements des schismatiques, qui venaient, le sarcasme sur les lèvres, insulter publiquement à son humiliation ^ Trois des sénateurs, un palatin et deux castellans, étaient uniates ; mais ils avaient ou peu de crédit ou peu de zèle, et nous ne voyons pas que leur secours ait jamais été très utile à Rutski.
Les seuls protecteurs vraiment actifs qu'il eût au sein de la
\. Inform. epUc, ruth. p. 258, 264, 289.
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Diète étaient les représentants du Saint-Siège; Les prélats cpie Rome envoyait à Varsovie sous des titres divers avaient toujours des instructions spéciales en faveur des Uniates. Grégoire XV, assis depuis deux ans sur le tr6ne apostolique, avait accueilli avec une faveur marquée deux moines basiliens, envoyés par Rutski pour lui prêter obédience au nom de tous les évéques de la métropole de Kiew. Il avait appris de leur bouche les malheurs qui accablaient les Uniates, et il ne négligeait rien pour les secourir. Il écrivait au roi pour lui recommander leur cause, et adressait à Rutski les plus paternels encouragements.
« Nous savons, lui disait-il, par quelles embûches et quelles « misères voire vie est tourmentée ; mais, dans la douleur que (( nous ressentons de ces calamités, nous sommes consolé par « la constance de votre piété, par la grandeur d'âme avec € laquelle, méprisant le monde, vous dévouez votre personne u et votre fortune pour le bien de la religion catholique. tf Puisque vous êtes jugé digne de souffrir l'opprobre pour « Jésus-Christ, réjouissez-vous d'un don si excellent, jouissez « d'une marque si éclatante de la bienveillance divine. Dieu « vous a placé, comme un chef qu'aucun péril n'effraie» à un « poste où les perpétuelles embûches des ennemis donnent à « votre vaillance l'occasion de triomphes signalés. Souvenez- « vous sans cesse, vous et les six autres évéques ruthènes, de «L la récompense qui vous attend dans la béatitude éternelle, « si vous faites avec constance votre service dans l'armée de « Dieu*. »
Quelques mois après, la nouvelle des violences commises à Kiew et des projets des schismatiques excita encore le zèle du vénérable Pontife ; et aux approches de la Diète, il fit partir pour la Pologne un envoyé spécial, accrédité auprès de cette assemblée et chargé d'y travailler, de concert avec le nonce Lancelolti, pour la défense des intérêts de l'Ëglise. Le roi» l'archevêque de Gnesen, quelques-uns des principaux seigneurs reçurent encore à cette occasion des lettres pressantes en faveur de rUnion ^ ; mais ces exhortations du Pape et les sollicitations