CHAPITRE IV. — SITUATION DÉSESPÉRÉE DE l'ÉGLISE UNIATE
de ses envoyés, accueillies avec respect dans les temps ordinaires, avaient en ce moment peu de chance d'être écoulées : noblesse et clergé avaient pris leur parti d'avance, et la cause de l'Union était perdue avant d'avoir été plaidée.
Josaphat ne put quitter son diocèse pour se rendre à la Diète; mais en écrivant au métropolite pour lui recommander les intérêts deTEglise de Polock, il insistait sur la nécessité de prendre enfin une résolution énergique et de couper court à toutes les dissensions. Un nouveau déni de justice aux Uniatesdevait, à son avis,attirer les plus grands malheurs sur la Pologne. « Si a dans cette Diète, écrivait-il, on agit au gré des Cosaques, si c Ton insulte Dieu et la sainte Eglise catholique, TËtat sera « près de sa perte. Les Cosaques, voyant qu'on se règle d'après « leurs caprices, seront résolus à tout oser ^ r
La Diète se réunit dans le mois de février. Nous ne possédons aucun récit détaillé de cette assemblée ; mais les documentsconsignés dans ses actes officiels et quelques indications fournies par le métropolite Rutski nous permettent de suivre la marche générale de ses délibérations. Dès l'ouverture de la Diète, la question suivante fut inscrite par la chambre des nonces, sur la liste des griefs, ou pour parler la langue politique de la Pologne, des exorbitances dont la noblesse demandait le redressement au roi : « Pourquoi n'a-t-on pas tran- « quillisé la religion grecque? > Cette formule vague ne laissait pas voir de quel côté penchaient les sympathies des nonces.
Le gouvernement chercha à esquiver encore cette grave
du roi de Pologne sera toujours le bouclier de la religion et le boulevard des catholiques, et TEglise romaine n'ignore pas de quel éclat sa constance royale a resplendi dans tout le Nord, lorsque, sans se laisser abattre par la menace d'aucun péril, il a déclaré dernièrement aux schismatiques, qui lui promettaient du secours, qu'il ne leur accorderait rien qui pût diminuer la gloire de Dieu et la dignité de la foi Nous désirons que les conseils de Votre Fraternité aident ce prince qui a toujours Si bien mérité du nom chrétien ; et nous espérons que les Ruthènes unis vous devront leur sécurité et leur salut. Travaillez donc selon votre piété en sorte que votre autorité soit pour eux comme un mur d'airain, comme une colonne de force, qui soutienne leur œuvre chancelante » (p. 369). Nous verrons comment le prélat répondit à cet appel du Souverain Pontife.
1. Lettre de saint Josaphat à Rutski, citée par M. Koyalowitch dans un article de VInvalide Russe, 5 septembre (24 août) 1865.
64 SAiirr josaphat. — livre v
affaire, sur laquelle le roi n'était d'accord, ni avec ses miais- 1res, ni avec la majorité de la Diète. Le chancelier répondit, au nom du prince, par ces propres paroles : « On ne fait pas » de violence, on laisse chacun croire comme il Tentend ». Les nonces revinrent alors à la charge etprécisèrent leurs demandes : « Nous attendons, dirent-ils, une paix solide et efficace « entre les deux partis, en lutte au sein de la religion grecque. « A cet effet, nous avons envoyé des députés pour traiter cette « question avec messieurs les sénateurs. Nous demandons avec « instances que Ton abandonne tous les procès et toutes les « citations portés devant les tribunaux à Toccasion de ces « affaires ».
Il n'était plus possible d'éluder la discussion. Le sénat consentit à un examen approfondi, et, d'un commun accord, on élut une commission composée de nonces et de sénateurs tant séculiers qu'ecclésiastiques, chargés d'entendre les plaintes des deux parties, d'examiner leurs droits et de chercher les bases d'un arrangement définitif. Afin que Tenquéte fût entourée de toutes les garanties d'impartialité, Borecki et Smotrycki furent mandés devant la commission pour plaider leur propre cause. Le roi poussa la condescendance, nous ne voulons pas dire la faiblesse, jusqu'à suspendre les décrets de bannissement lancés contre eux ; et le libre accès de la Diète leur fut assuré sous la foi publique.
La présidence de la commission fut donné à l'archevêqueprimatde Gnesen, Laurent Gembicki. Ce choix était une nou- ♦ velle garantie accordée aux schismatiques. Ce prélat était fort mal disposé pour les évéques uniates. Six mois environ avant l'ouverture de la Diète, il avait eu l'occasion d'apprécier leur conduite dans une lettre qu'il adressait à Rome.
« La puissance des Cosaques, disait-il, est le principal obs- « tacle qui arrête les progrès de l'Union et les pieux efforts des « évéques ruthènes soumis au Saint-Siège apostolique. Gepen- « dant ces prélats réussiraient peut-être mieux s'ils agissaient « avec plus de douceur et de prudence envers les schismati- « ques et s'ils savaient attendre en silence que le Seigneur « amollît ces cœurs de pierre. Ils devraient travailler h la gué- « rison de ces âmes endurcies et malades, par l'enseignement, « la persuasion, la prière, l'exemple d'une vie fervente, plutôt « que par des châtiments et des rigueurs. Il sera fort utile