CHAPITRE lY. » SITUATION DÉSESPÉRÉE DE L^ÉGLISE UNIATE
< qu'on leur donne ce conseil en temps opportun *. i Si telles étaient les préventions du primat, zélé d'ailleurs pour la religion, que devaient penser les laïques qui siégeaient à ses côtés ?
Le métropolite Rutski aurait eu le droit de récuser la compétence de la Diète, et d'en appeler à une cour purement ecclésiastique. Les privilèges de son Eglise, son caractère épiscopal, la nature même de la cause Ty eussent autorisé. Mais depuis le commencement de la persécution à laquelle ils étaient en butte, les Uniates demandaient à grands cris des juges. Ils étaient certains de la justice de leur cause ; et si une douloureuse expérience leur avait appris à ne pas compter sur la protection de la noblesse latine, ils croyaient encore à son équité . Rutski accepta donc sans hésiter l'arbitrage de la commission instituée parla Diète.
Les schismatiques avaient préparé la liste de leurs griefs. Tous les évéques uniates sont nommés tour à tour dans cette pièce et accusés des mêmes illégalités : usurpation d'églises, interdictiondu culte scbismatique, violence envers les popes. Mais, quand on examine ces plaintes avec attention, on est surpris du vague des accusations. Les schismatiques ne peuvent préciser aucun fait, ni désigner une seule victime. L'archevêque de Polock n'est pas ménagé dans cette pièce. Il y occupe la première place, et c'est à lui que les schismatiques destinent les plus vigoureux coups. Cependant l'accusation se traîne sur des faits parfaitement connus, déjà appréciés par la justice, ou accomplis de concert avec les représentants de l'autorité royale, c'est-à-dire sur l'affaire de Mohylew, Tinterdiction du culte scbismatique dans Polock et les châtiments infligés aux popes rebelles. Les schismatiques parlent des
1. « Cosacorum potentia vel maxime impedit progressiim Unionis et episcoporum Sanctse Apostolicœ Sedi deditorum pios conatus. Qui tamen plus forsitan proficerent si mitius aliquando et prudentius agerent et nonnulla dissimuiando expectarent, dum Dominus ipse dura corda adamantium emoUiat. Ipso vero docendo, suadendo, rogando, bene pieque vivendo potius qnam castigando asperiusque tractando aegras mentes et obduratas saoare studeant. Quo nomine perutile fuerit ab 111. et Rma. D. V. opportuno tempore admoneri. » Laurentii Gembickl ad nunt, Polon. epist. 22iun. 1622. CoUect. Naruszewicz. — Gembickl avait été grand-chancelier du Royaume durant quelques années. Il tint rarchevêché de Gnesen de 1616 à 1624.
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traitemeots cruels que Josaphat aurait fait subir à un grand nombre d'hommes dans plusieurs villes de son diocèse ; mais ces plaintes banales reviennent depuis trente ans dans toutes les pièces qu'ils présentent aux diètes. Il serait temps de citer des noms et des dates, et de s'abstenir des mensonges, triste monnaie dont les accusateurs, fidèles aux traditions de leurs devanciers, sont encore cette fois si prodigues ^
Pour répondre à ces plaintes, Rutski comparut devant la commission, exposa les faits, expliqua sa conduite et celle des évoques ses sufTragants, et démontra que les accusations des schismatiques n'étaient pas recevables. 11 prouva de nouveau, par des pièces authentiques, que l'Eglise ruthène avait
1. Voici le texte de ses plaintes en ce qui concerne Josaphat: « 1* A Mohylew et à Orsza, on a mis les scellés sur les églises, et eUes restent fermées depuis cinq ans.
« 2* A Polock et à Vitebsk, il n*est pas permis d'exercer le culte ni dans les églises ni dans les maisons. Le pope est poursuivi et arrêté dès qu*il se présente. De là résulte qu'il y a beaucoup d'enfants sans baptême et que beaucoup d'hommes meurent sans confession et sans recevoir le Saint- Sacrement.
« 3* L'année passée, à Polock, le Vladique a fait déterrer des hommes morts récemment et jeter aux chiens les corps de ces chrétiens.
« 4* A Vilna et à Polock, on a chassé des emplois et des conseils municipaux les bourgeois de la religion grecque ; on les a privés de leurs privilèges et on ne leur permet pas de faire partie des corps de métier. »
Or il était certain que les églises de Mohylew étaient ouvertes, que le culte schismatique était exercé publiquement à Vitebsk avec une sécurité refusée aux Uniates, et que des ennemis déclarés de Josaphat, Jean Chodyga, par exemple, siégeaient dans le conseil municipal de Polock.
Quant à la violation des sépultures si durement reprochée à saint Josaphat, nous n'en avons trouvé aucune trace. Il est possible qu'une église ou un cimetière catholique ait été profané par lensevelissement de quelques schismatiques. Dans ce cas, l'archevêque n'a fait que son devoir en procédant à des exhumations. Comment croire qu'il ajouta à la rigueur de cette exécution, en jetant les cadavres aux chiens ? Tout ce que nous savons de la vie et du caractère de Josaphat proteste contre cette accusation. Elle fut, du reste, examinée par les commissaires et jugée aussi futile que les autres
A la fin de la liste des griefs, nous trouvons encore : « N. 17. A Mohylew, Orsza, Mscislaw, Vitebsk, Dryssa et dans d'autres villes du diocèse de Polock, l'apostat Kuncewicz s'est emparé des églises et a maltraité cruellement un grand nombre d'hommes d. Les Offenses qu'on prétend avoir subies dans la religion grecque.
Collection Naruszewicz, vol. 1623.