CHAPITRE IV. — SITUATION DÉSESPÉRÉE DE l'ÉGLISB UNIATE
été unie,, à l'origiDe, aa Saint-Siège apostolique^ et que le con- j
cile de Brzesc n'avait fait que la ramener à son ancien état en ■
la faisant rentrer sous Tobéissance du Pontife romain. Au point de vue légal, cette Eglise ruthène unie avait seule des droits et des privilèges dans le royaume de Pologne ; car tous les diplômes accordés par Ladislas III et ses successeurs étaient délivrés à des prélats uniates et en considération même de leur fidélité au Saint -Siège ^.
Cette démonstration victorieuse rendait difficile la tâche des défenseurs du schisme. Borecki et Smotrycki parurent à leur tour devant la commission ; mais quand ils voulurent préciser leurs griefs et prouver leurs assertions, les preuves firent défaut. Ils cherchèrent en vain à imposer aux commissaires par la violence du langage. On n^était plus au sein de la Diète, dans cette assemblée tumultueuse où des cris et des menaces suffisaient trop souvent pour couvrir la voix des Uniates et arracher des concessions à la noblesse intimidée. Les commissaires furent choqués de ces allures hautaines, et indignés des calomnies ' que les schismatiques se permettaient contre leurs adversaires '.
Les faits avaient parlé : les schismatiques avaient à leur charge plusieurs assassinats et des violences sans nombre, tandis que les Uniates n'avaient ni répandu une goutte de sang, ni violé la moindre prescription légale au détriment de leurs adversaires. En réclamant, dans quelques rares occasions, l'intervention de la justice, ils n'avaient fait qu'user du droit de tout citoyen
1. Inform, episc. ruth. ap. Harasiewicz, i4nn. Ecc, Ruth. p. 270.
2. La collection Naru^zewicz contient sur cette commission la note suivante tirée des archives de la couronne à Varsovie :
« Pour apaiser les dissensions de la religion grecque, on a nommé ex ordine equestri et senatu des délégués parmi lesquels se trouvaient des évèques. La députation se réunissait chez Laurent Gembicki, alors archevêque de Gnesen. Ont été mandés également à ces séances fide publica assecuratischismatici principales y comme Borecki, que le patriarche avait sacré métropolite de Kiew, ainsi que Smotrycki, magnse auctoritatis parmi eux, qui depuis, par la grâce de Dieu, resipuit et devint uniate. Le Révérend Archevêque leur proposait de consentir à un synode où ils pourraient consulter entre eux fraterne de toutes les différences ; mais Borecki et Smotrycki se sont posés superbe et contumaciter, ne voulant consentir à rien de ce qui aurait pu conduire à la concorde, et répondant à plusieurs choses par des calomnies odieuses et par le mensonge. »
opprimé par un injuste agresseur. La commission avait devant elle d'un côté des innocents, de l'autre des coupables. La justice lui commandait de punir ceux-ci et de protéger ceux-là. Elle n'avait pas môme besoin de provoquer une nouvelle sentence ; il sufllsail de faire exécuter les arrêts qui pesaient déjà sur lesévêques schismatiques, et la Ruthénie eût été pacifiée. Il n'en fut pas même question.
Les délégués delà Diète cherchèrent un moyen d'accorder les Uniates et les schismatiques, comme si leurs droits eussent été égaux et leurs causes toutes semblables. Ils s'arrêtèrent au projet d'un concile mixte, dans lequel les évêques et les principaux personnages des deux partis poseraient les bases d'une réconciliation. L'expérience avait appris que ces assemblées étaient toujours inutiles et très souvent dangereuses. Rutski ne Tignorait pas ; cependant, afin de montrer son respect pour les commissaires, et son désir sincère de la paix, il ne rejeta pas cette proposition. Borecki, et Smotrycki, au contraire, la repoussèrent avec dédain. « On ne peut, disaient-ils, tenir un concile a sans discuter/ et nous ne voulons pas discuter avec les « Uniates. Les conciles sont nécessaires quand on a des doutes « sur la foi, et nous n'en avons pas. Qui nous garantira contre « la puissance des catholiques ? Si l'on tient un concile, nous « voulons qu'il soit présidé par le patriarche de Conslantinople < et qu'on n'y voie aucun représentant du Pape ni aucun « latin *. » Les commissaires essayèrent de vaincre cette résistance, et proposèrent de nouvelles combinaisons; Borecki et Smotrycki les repoussèrent toutes.
Les schismatiques prenaient à tâche de braver le gouvernement polonais et d'attirer sur leurs têtes un sévère châtiment. En tout autre pays, il ne se fût pas fait attendre ; mais en Pologne, des factieux pouvaient tout oser sans crainte. Les commissaires firent leur rapport au roi ; le monarque fit rédiger par son chancelier, d'après leurs conclusions, la réponse aux interpellations des nonces au sujet des affaires ruthènes. Cette pièce va nous dire quels avis prévalurent dans les conseils de la couronne. Elle mérite d'être lue avec attention.
« Le roi, dit le chancelier, ne cause aucun préjudice aux « gens de la religion grecque. Sa Majesté ne fait contraindre
i. Infonn. ep, ruth. 1. cit. p. 262,