CHAPITRE IV, — SITUATION DÉSESPÉRÉE DE L'ÉGLISE UNIATE
<( personne à TUnion. Elle ne yeut aucune persécution pour « cause de religion, et elle maintient la paix entre les dissi- « dents. Elle observe dans la distribution des dignités et des « biens ecclésiastiques le droit commun, et les constitutions « adoptées par les diètes en 1607, 1609 et 1620, et c'est en « vertu de ces lois et de l'autorité transmise à Sa Majesté par a ses prédécesseurs qu'elle donne ces bénéfices et ces dignités a à des nobles de la religion grecque. » Rutski et ses sufifragants ne sont pas nommés, mais ces paroles affirment nettement la validité de leur nomination aux sièges qu'ils occupent. La condition de Borecki et de Smotrycki est bien différente. Ecoutons le chancelier :
« Contrairement à ces constitutions, aux anciennes lois et « coutumes , des hommes légers et de basse extraction , « Borecki, Smotrycki et d'autres, malgré le droit royal, sans c nomination et à l'insu de Sa Majesté^ ont osé se faire sacrer « pour le siège métropolitain et des sièges épiscopaux occupés « par des évoques vivants. Ils se sont adressés pour cela au « ministère d'un étranger suspect, sujet du sultan des Turcs, « n'ayant aucune juridiction dans les États de Sa Majesté, a et envoyé probablement dans le but de soulever les sujets du « roi contre leur souverain légitime pendant la guerre de « Turquie. C'est là un crime de lèse-majesté et un outrage à « la dignité et à l'autorité que le roi tient de Dieu ; car^ dans les « Ëtats de Sa Majesté, personne ne peut être archevêque ou a évoque, métropolite ou vladique, sans être nommé et présenté « par elle . Or ces hommes ont voulu être et se faire passer pour 'i métropolite et vladiques sans nomination du roi et quoique <( ces dignités ne fussent pas vacantes. A leur instigation, on « voit commencer de grands excès et de grands troubles. »
Le chancelier rappelle ici l'arrestation desBasiliens de Kiew et l'assassinat de Hrekowicz ; puis il continue : « Dans beau- « coup d'autres lieux, on s'empare violemment des églises de « fondation royale, on bat des innocents, prêtres et moines, « on les assassine et on commet mille autres excès. Ainsi donc, « ce sont ces hommes eux-mêmes qui sont rebelles à l'autorité « royale, qui violent les lois et les arrêtés des diètes. Il ne « leur est fait aucun préjudice de la part du roi. Ils ne proa duisent ni ne pourront produire jamais aucun juste grief. »
Non seulement les Uniates sont innocents de tous les crimes
qu*on leur impute, mais le roi déclare, en son nom et au nom des ordres assemblés, que les vérilables coupables sont les schismatiques ; qu'ils ont foulé les lois aux pieds et commis les plus exécrables attentats. Après une pareille sentence, la justice aura-t-elle enfin son cours ? Ecoutons la fin du discours royal : « Puisqu'il n'est fait aucun préjudice à ces hommes et (c qu'ils ne peuvent ni ne pourront jamais produire aucun « juste grief, Sa Majesté désire, pour apaiser ces troubles, que c des ecclésiastiques des deux côtés fixent le lieu et le temps « où ils pourront, sans attroupements de laïques, que ces « affaires regardent peu, et en présence des commissaires « royaux, délibérer sur une pacification définitive ; et s'ils ne « pouvaient s'entendre. Sa Majesté désire qu'ils conservent u la paix à Tavenir et évitent de se porter mutuellement pré- « judice, en se conformant pour cela aux constitutions précise tées de 1607, 16U9 et 1620. »
Ainsi, après ces longs débats, et cette enquête qui a fait découvrir d'un côté des innocents opprimés, de l'autre des criminels traîtres à Dieu, au roi et à la patrie, tout se termine par une invitation à la concorde et par la convocation d'un concile où la vérité et l'erreur seront également représentées, où les victimes et les bourreaux discuteront comme des frères. Borecki et Smotrycki ont déclaré publiquement qu'ils ne voulaient pas de cette assemblée. Ils se sont moqués ouvertement de cet expédient, imaginé par les commissaires. Le gouvernement sait d'avance que ce moyen de pacification est inefficace, qu'il ne sera pas même possible de le tenter ; et cependant le roi le propose solennellement à la Diète. C'est la plus haute combinaison à laquelle puisse s'élever la courte sagesse de ces hommes d*État, auxquels le péril de l'heure présente fait oublier la justice. Ils entendent gronder dans le lointain les menaces de l'armée cosaque, et ces clameurs étouffent la voix de la justice.
Assez fort pour opposer une résistance insurmontable à. toute mesure qui blesse ouvertement sa conscience, le roi est trop faible pour aller de lui-même en avant et imposer à la Diète une résolution plus équitable. La noblesse ne voulait plus entendre parler des Ruthènes. Peu lui importait le résultat final de leurs dissensions, pourvu qu'il n'en fût plus question dans les diètes.
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Pour en finir, une constitution fat publiée dans la forme suivante : « A cause de la multitude des affaires d'Ëtat, nous « différons à la prochaine Diète la paciQcation des gens de la « religion grecque, qui sont divisés entre eux. En attendant, a la paix doit être gardée des deux côtés, par les ecclésiasc tiques comme par les laïques, de quelque état et condition « quUls soient. > Une clause générale annulait ensuite tous les arrêts, décrets, séquestres, etc., prononcés pour cause de religion, et mettait à néant tous les procès du même genre pendants devant les tribunaux *. Le renvoi k la Diète prochaine était une formule dont tout le monde connaissait le sens. Elle servait, dans la langue de la chancellerie polonaise, à écarter les affaires que le gouvernement ne voulait plus traiter.
Borecki et Smotrycki partirent précipitamment et de nuit, aussitôt après la clôture de la Diète. Ils n'avaient cependant plus rien à craindre. Us emportaient de Varsovie un laisserpasser pour tous les attentats qu'il leur plairait de commettre. Ils n'avaient plus devant eux qu'un obstacle, la volonté du roi : mais tôt ou tard la mort devait les débarrasser de ce vieil obstiné. Encore quelques années d'attente, et ils vaincront sans combat '.
Cependant quelques-uns des principaux sénateurs n'étaient pas satisfaits de Tissue de cette affaire. Ils se persuadèrent qu'ils avaient trouvé un moyen facile de pacifier les Ruthènes, et ils vinrent le proposer au roi et à Rutski. Il s'agissait d'envoyer à Constantinople un prêtre unîate, pieux, instruit, exercé dans les affaires, qui s'insinuerait dans les bonnes grâces du patriarche et lui persuaderait d'engager lui-même les Rutbènes de son obédience à accepter le concile de Florence et à se réunir aux Uniates, sans parleiT ni du Pape, ni de TËglise romaine. Les auteurs de ce projet avaient tout prévu, et ils étaient prêts à dicter des instructions à l'émissaire chargé de cette délicate mission. . .
II fallait donner beaucoup d'argent au patriarche, lui rappeler les subsides que ses prédécesseurs tiraient autrefois de la