Rutscii epist. ad Card. Ludovis. 26 juil
78 SAUfT JOSAPHAT. — LIVRE V
c lie : « Tendez la main à ceux que vous voyez dans la poussière . « Que vos cœurs fraternels s'émeuvent de notre malheur. Versez « des larmes de compassion sur la moitié de l'univers plongé « dans Terreur. Ne nous dédaignez pas, ne souffrez pas que « la foi s'éteigne chez ceux qu'elle a d'abord éclairés. »
<c Ainsi parlait notre Père à vos ancêtres, et il obtint ce qu'il « demandait. Puissions-nous être exaucés de même, nous ses « fils, qui vous adressons ses propres paroles. 0 vous, leszéla- « leurs de la foi catholique, les colonnes de l'Église, les « lumières de la chrétienté, vous tenez en vos mains TafTer- « missement de l'Union et la destruction du schisme. Gomme « les yeux des serviteurs sont sur les mains de leurs maîtres, « ainsi nos yeux sont sur vos mains, apercevant tous les biens « qu'elles contiennent et que nous espérons obtenir infaillible- « ment de votre bonté *. »
Rutski se tourne vers Rome, comme sa dernière espérance ; mais ne s'abuse-t-il pas lui-même sur le secours qu'il peut attendre de la capitale du monde chrétien ? L'incertitude et le découragement ont pénétré jusque dans les conseils de la papauté ; et Taveûir de l'Ëglise ruthène y est sérieusement mis en question. Grégoire XY n'avait pas cessé d'encourager Rutski, et ses envoyés l'avaient secondé de toutes leurs forces dans les diètes ; mais à Rome comme en Pologne on s'étonnait de la lenteur des conversions, jet on s'effrayait des obstacles. Une question, qui avait toujours été résolue sans discussion en 1595 et aux conciles de Lyon et de Florence, était posée devant le Pape comme un problème difficile. L'état de la Ruthénie jetait le trouble dans les esprits, et on se demandait s'il fallait maintenir leritç grec dans cette contrée.
« Il y a en Ruthénie, écrivait le cardinal Ludovisi au nouveau (( nonce de Pologne Lancelotti, des évêques et des prêtres « catholiques du rite grec, mais ils sont presque seuls, sans « brebis qui veuillent les suivre. Ils courent même le risque « d'être chassés de leurs sièges et de se voir enlever les églises
1. J. Rutscii epistola ad P. Generalem Discalceatorum Carmelitarum ex cod. ms. Basil, m in Archiv. de Propag. Fide, p. 68. — Epistola ad D. Menti secretar, S. Congreg, de Propag. Fide, ap. Harasiewicz, Ann. Ece. Ruthm, p. 297. Ces deux lettres sont de date différente : la première de 1623, la seconde de 1624 ; mais, pour la forme comme pour le fond, elles sont presque identiques.