‹ Un apotre de l'union des eglises au XVII siecleChapitre 40 sur 316 · CHAPITRE IV. — SITUATIOIf DÉSESPÉRÉE DE L'ÉGUSE UNIATE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — SITUATIOIf DÉSESPÉRÉE DE L'ÉGUSE UNIATE

€ que Ton a prises aux schismatiques pour les leur donner. « Dans toutes les diètes, il se fait beaucoup de bruit à ce « sujets » Lecardinal raconte en peu demots lavenuede Théo, phane et le sacre des éyôques schismatiques; puis il aborde la question. « Quelques-uns eussent préféré que l'Union ne se « fût jamais faite. Ils prétendent qu'il eût été plus facile de c ramener les schismatiques au sein de TËglise catholique un « k un et famille par famille, et que la persévérance des con- € vertisest bien plus assurée quand ils deviennent latins. Mais le « métropolite de Kiew se plaint de ces changements de rite-

c II nous importe peu que les Ruthènes soient du rite latin « ou du rite grec, pourvu qu'ils soient fidèles catholiques. Nous « n'avons en vue que le salut de leurs âmes. Il faut soutenir « rUnion déjà conclue et la défendre dans la Diète prochaîne, <c et toutes les fois qu'il sera nécessaire, afin de lui conserver « ses églises. Mais si le moyen qu'on nous propose de faire c embrasser le rite latin à la noblesse, et qui est peut-être le c meilleur pour convertir ce peuple, n'éloignait pas de Rome c les schismatiques de la Ruthénie et même ceux du Levant, « on pourrait permettre aux évéques latins de travailler à c étendre leur troupeau. Il en sera délibéré dans la congréga- « tion de la Propagande, mais il est difficile de juger de si loin « sur des affaires de ce genre. Votre Seigneurie prendra sur « les lieux des informations et verra ce que Ton peut faire « dans rintérét des âmes et pour sauvegarder à la fois la tran- « quillité publique et la dignité du Saint-Siège '. » La cause de rUnion, perdue ou peu s'en faut en Pologne, va être portée au tribunal de TËglise romaine, et la décision équivaudra peut-être pour elle à une sentence de mort.

Au milieu deces épreuves, Rutskiconservaitune force d'àme que la grâce de Dieu seule pouvait lui donner. Les nombreuses lettres qu'il écrivit à cette époque ne portent aucune trace de défaillance. Quand le courageux métropolite examine l'état de son Ëglise, il est obligé de convenir que cet édiOce, construit au prix de tant de labeurs, peut s'écrouler demain. Mais on

1. 11 est à peine nécessaire de faire remarquer au lecteur que le cardinal Ludovisi fait erreur en affirmant que les églises possédées par les Uniates avaient été prises aux schismatiques.

2. Jnstruzione a Mons, Lancelottiy vescovo di Nola, nunzio ordinario in Polonia, 14 déc. 1622. Collection Naruszewicz.

dirait qu'une voix secrète Jui annonce un prochain secours du ciel. « Toutes ces agitations extérieures ne m*ébranlent en rien > , disait-il à ses fils. 11 venait de lutter durant plusieurs semaines contre une menace nouvelle de paralysie; le mal avait cédé devant des remèdes énergiques, mais en laissant des traces, qui ne devaient pas disparaître. Cet affaiblissement des forces physiques n'ébranlait pas le courage du métropolite et ne diminuait pas son activité. Mais sa cinquantième année allait sonner; et en arrivante la période du déclin, Rutski pensait au compte qu'il aurait à rendre au Seigneur, peut-être dans quelques jours. Il avait résolu de passer une année dans sa solitude pour se préparer, ou à la mort si Dieu l'appelait à lui, ou à vivre plus saintement encore, si ses jours étaient prolongés. Quant au rejpos en ce monde, il ne le cherchait pas. « Je ne déposece rai pas, disait-il, la charge que j'ai prise, et je ne descendrai « pas de la croix sur laquelle je suis monté, jusqu^à ce qu'un a autre ne se présente pour me succéder*. » Pour le moment, Josaphat devait prendre en main le gouvernement de la métropole.

Rutski avait annoncé ce projet aux supérieurs de la Congrégation basilienne, à la fin du chapitre général, tenu à Ruta; et Tarchevôque de Polock s'apprêtait à venir en Lithuanie pour y fixer durant quelque temps sa résidence ; mais les événements marchèrent trop vite pour permettre l'exécution de ce dessein. Quand on suit toutes les péripéties de cette lutte, on se demande si Rutski n'avait pas un secret pressentiment de ce qui allait se passer, quand il voulait remettre ainsi son troupeau aux mains de Josaphat. « Ces brebis, semblait-il lui dire, « sont les vôtres plus que les miennes. Vous êtes le véritable « père de tout ce peuple. C'est à vous de le sauver. >

i. /. Rutscii epist, ad P. Adrian. Podbereski, 24 jul. 1623. — De viia S. D. Josaphat atiestatio.

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