‹ Un apotre de l'union des eglises au XVII siecleChapitre 42 sur 316 · Bossuet, Panégyrique de saint Thomas de Cantorhéry · texte numérisé non relu

Bossuet, Panégyrique de saint Thomas de Cantorhéry

a coulé sur la terre ruthène ; mais ces sacrifices n*ont pas calmé la tempête. Des victimes ordinaires ne suffisent pas. L'Église uniate n'achètera la paix qu au prix du plus pur de son sang, et Dieu lui demande le plus illustre de ses ûls, Josaphat.

Les victoires de ses frères avaient excité une généreuse émulation dans le cœur du saint archevêque *. Il fut touché surtout par la nouvelle d'une exécution qui ensanglanta Kiew à cette époque. On n'a pas oublié le voyage que Josaphat fit dans cette ville avec le métropolite Rutski, vers 1615. On se rappelle qu'ils ramenèrent à l'Union deux prêtres séculiers et un des bourgmestres, nommé Batilia. En 1623, les Cosaques, maîtres de la ville, arrêtèrent ces deux popes et plusieurs magistrats, et leur demandèrent, le sabre à la main, de jurer obéissance au métropolite schismatique. Batilia refusa. On lui trancha la tête. Les deux prêtres répondirent avec la même constance, et subirent le même supplice. Le sang de ces martyrs resta longtemps visible sur le lieu de leur mort. Les bourreaux cherchèrent en vain à le faire disparaître. A plusieurs reprises, ils apportèrent du fumier pour couvrir ces marques sanglantes ; une main invisible l'écartait durant la nuit. Une lumière céleste éclairait la place consacrée par le sacrifice des trois martyrs, et l'on revoyait au matin leur sang plus apparent que la veille *.

A. la nouvelle de cette triple immolation et de ces prodiges, Josaphat s'écria devant le notaire du château de Yitebsk, liasiie Ghotelski: « Oh I si mes supérieurs me délivraient de « ma charge épiscopale pour m'envoyer à Kiew, avec quelle u joie je courrais au-devant de la mort, afin qu'arrosée de mon « sang, cette vigne stérile produise des fruits au centuple* ! a — Emmanuel, disait-il encore à son cher Cantacuzène, allons « à Kiew prêcher la foi catholique et l'union avec Rome. —

1. Ista servo Dei currenti alias in via Domini, calcar addebant ad mag-îs currendum. Hinc appelitus illc iiiartyrii crescebat in illo, quod exdiversis ]>artibus, de nostrorum persecutionibus,verberibus,inortibus et odio furioso Cosacorum accenso per Pseudo-Episcopos contra nos nuntiaretur. — J. Rutscii, Attestât, de vita S. D. Joifitph.

2. Susza, Cursus vitœ S, Josaphat, p. 34, et Relatio de lahoribus Uniio^ rum, ap. Harasiewicz, Annales Eccles. Ruihen, p. 307. — J. Rutscii, Atteuidtio de vita S. Josaph.

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