‹ Un apotre de l'union des eglises au XVII siecleChapitre 48 sur 316 · CHAPITRE V. — LE MARTYRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — LE MARTYRE

Cependant la prudence contenait Tardeur qui poussait le Saint vers le martyre. Il soupirait après Theurede son immolation, mais il ne cherchait pas à la hâter. Les schismatiques multipliaient leurs agressions, afin d'obliger les serviteurs de Tarchevêque à se mettre en défense. Au premier coup donné par un catholique, les rôles eussent été subitement intervertis. Les conjurés eussent crié au meurtre, à l'assassinat, et le peuple, répondant à ces cris d'alarme, se serait porté à Tarchevèché eteût fait main basse sur ses habitants, au nom de Tordre public menacé, et pour la défense des paisibles citoyens de la ville. Le piège était trop grossier pour que Josaphat s'y laissât prendre. Il recommanda la patience à ses gens , et leur défendit de répondre aux provocations dont ils étaient poursuivis.

Ainsi quinze jours s'écoulèrent, et l'occasion recherchée par les schismatiques leur échappait toujours. Cependant une dernière assemblée fut tenue le 8 ou le 10 novembre à l'hôtel de ville. L'assassinat de l'archevêque fut définitivement résolu, et l'exécution fixée sans retour au dimanche 4âl novembre Un pope vagabond nommé Elie, qui courait alors les rues de Vitehsk, et se distinguait par la violence de ses propos contre les Uniates, reçut l'ordre de se poster sur le passage de l'archevêque pour rVccabler d'outrages, c Les serviteurs du prélat, « disaient les conjurés, ne souffriront pas qu'on insulte impu- « nément leur maitre. Ils jetteront le pope dans la prison de a l'évéché ou l'accableront de coups. Dans les deux cas, nous « serons prêts à le défendre, et nous envahirons le palais épis- € copal. L'évêque périra comme un perturbateur de la paix € publique, et il ne sera,plus là pour nous tourmenter avec

lica occiderer ; scitote ergo me paratissimum esse ad moriendum pro veritate. » Act.Commiss.Apostol. Deposit. Greg. L'szacki. — La déposition eh langue polonaise du P. Dorothée Lccikowicz complète ici celle d*Uszacki. Susza Ta traduite, Cursus vilae, p. 78.

1. Morochovii, Vila 8. Josaphat. — Pour tout ce qui va suivre, nous avons suivi pas à pas quatre relations du martyre, qui émanent toutes de témoins oculaires. La première est celle de Morochowski, ou plutôt de Rutski, puisque Rutski est le véritable auteur de cette Vie de saint Josaphat. Le métropolite consigna dans ce récit tous les détails que des informations officielles lui avaient appris sur le martyre de son saint ami. En outre, les trois serviteurs fidèles qui défendirent Josaphat jusqu'au dernier

Le plan parut heureasemeat combiné ; les affidés reçurent chacun leur rôle et se répandirent dans la ville pour préparer le peuple à la sédition.

Au signal parti de Thôlelde ville, toutes les cloches devaient se mettre en branle ; aussitôt le peuple se soulevait et se por> tait en masse sur Tarchevéché. Les popes se chargeaient de rexciler et de diriger ses coups. Toutes les mesures étant prises, les magistrats songèrent à leur propre sûreté. Le fanatisme étouffait dans leurs âmes Thorreur du crime, mais sans leur donner le courage d'affronter le châtiment. Ces braves prirent donc leurs précautions pour rejeter la responsabilité de l'assassinat sur la plèbe, aveugle instrument de leurs haines sanguinaires. Les uns, Nahum Wolk et Siméon Niesza en tête, sortirent de la ville sous prétexte d'affaires, les autres se tinrent soigneusement enfermés dans leurs maisons, ou imaginèrent de petites ruses pour faire croire qu'ils ignoraient le complot. Tous s'apprêtèrent à reparaître le lendemain de Tattentat, afin d'en recueillir les fruits *.

Malgré l'absence des conspirateurs, leur plan fut fidèlement exécuté. Le pope Elie s'acquitta surtout de son rôle avec empressement. L'une des églises en planches élevées par les schismatiques était situéeen face du palais épiscopal, sur Tantre rive de la Dwina. Pour se rendre à ce te^nple improvisé, on traversait le fleuve sous les fenêtres mêmes de l'archevêque. Durant toute la journée du satnedi 11 novembre, Blie passa et repassa sans cesse la rivière, insultant les Uniates, provoquant les serviteurs de l'archevêque, et répondant â leurs avertissements par des moqueries. « Que peut contre moi votre arche- « vêque? » leur disait-il avec effronterie. Il fallut beaucoup de patience à ces hommes dévoués pour laisser ce misérable déblatérer ainsi contre leur maître. Fidèles aux ordres de Josaphat, ils eurent cependant la force de contenir leur indignation.

moment ont raconté séparément la mort de leur maître. Ces trois témoins sont Tarchidiacre de Josaphat, Dorothée Lecikowicz, son intendant Eiumanuel Cantacuzène et Grégoire Uszacki, chef de ses domestiques, iles trois récits complètent et confirment celui de Rutski, et ils sont d'aufant plus importants qu'ils ont été faits sous la foi du serment devant les commissaires du procès de béatification. V. Act, Commiss. Apost. 1. Arrêt de la commission royale. Défense des accusés.

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L'archevêque était hors de la ville. Il s'était rendu chez un gentilhomme des environs, nommé Krupiewicz, pour terminer un diiïérend sur les limites d'une propriété de TEglise. Emmanuel Gantacuzëne l'accompagnait. Leurs affaires achevées, ils se hâtèrent de reprendre le chemin de Vitebsk. alin d'assister aux vêpres. Malgré toute leur diligence, ils n'arrivèrent pas à temps ; et, h leur entrée dans la ville, ils aperçurent le peuple qui sortait en foule de Téglise schismatique, où Toffice venait de finir. Les chantres de l'archevêque venaient au-devant de leur maître. Le peuple les regardait avec des yeux pleins de colère : « Vous n'avez plu* grand temps à « être ici », leur criait-on. Josaphat put entendre lui même ces avertissements. Bientôt il apprit de l'archidiacre Dorothée ce qui s'était passé dans la journée. Lassé de tant d'insolence, l'archidiacre dit à Josaphat qu'on ne pouvait plus tolérer Taudace du pope Elie, et qu'il fallait absolument le punir. Cantacuzène conseillait de patienter encore ; mais Dorothée insista tellement que son avis prévalut. Josaphat, usant du droit que lui donnait la loi sur les membres du clergé, consentit à ce que Ton arrêtât le lendemain le pope provocateur. Cantacuzène se chargea d'exécuter ce mandat avec les serviteurs de la maison K

Dans la soirée, le fidèle Pierre Iwanowicz vint à l'évêché, raconta au Saint tous les détails de l'assemblée de l'hôtel de ville et les préparatifs qui se faisaient pour exécuter le complot. La fureur de la multitude n'attendait qu'un signal pour éclater. Josaphat écouta sans crainte ces paroles, qui étaient la pre* mière annonce de sa mort. Iwanowicz le supplia de céder devant Torage et de quitter la ville. L*archevêque refusa. Ses chevaux étaient à la campagne, et d'ailleurs il ne voulait pas partir. « Ma vie, dit-il, est entre les mains de Dieu; jesouft frirai avec joie tout ce que le ciel m'enverra. » Iwanowicz insista de nouveau; Josaphat fut inébranlable. Le fidèle bourgmestre eût voulu du moins que Farchevêque se préparât à résister aux assassins : « Votre mort est imminente, lui disait- « il, si vous ne prenez pas les armes pour vous défendre. » Malgré les refus du prélat, il apporta de la poudre aux gens de

1. Act, Commiss. Apost. Deposit. P. Doroth. n. 7,Ein. Cantacuz. n. 4, et Gregor. Uszacki.

9i SAINT JOSAI'HAT. — UVHK V

service, et resta au milieu d'eux pendant la nuit avec ses propres domestiques *,

Cependant Josaphat se décida à écrire au palatin de Vitebsk pour le prévenir du complot et lui signaler Nahum Wolk et Siméon Niesza comme les chefs de la conspiration. Quoicfue l'administration et la police fussent entièrement aux mains des magistrats élus par les bourgeois, le palatin, chef de la noblesse et commandant les forces militaires du château et de toute la contrée, avait le droit et l'obligation dHnteryenir au nom du roi pour la défense des citoyens et le maintien des lois. Eu sa qualité d'^chevéque nommé par le roi, Josaphat pouvait compter sur la protection de ce dignitaire. Elle lui fit cependant défaut. Le palatin ne prit aucune mesure pour empêcher le soulèvement prêt à éclater '. Cette lettre, du reste, n'était, de la part de Tarchevêque, qu'une dernière concession aux instances de ses amis et de ses serviteurs. 11 savait que son heure était proche, et son cœur tressaillit de joie à cette pensée. 11 voyait enfin le jour qu'il avait tant désiré I

Sur le soir, il prit un dernier souper avec les siens. L'archidiacre Dorothée, Emmanuel Cantacuzène, le vieux Grégoire Uszacki, et cinq ou six autres fidèles serviteurs, qui partageaient depuis deux ans toutes ses épreuves, étaient rangés autour de lui. Ce repas d'adieu rappela peut-être à plus d'un convive la dernière Cène de Jésus-Christ avec ses disciples. Comme le divin Maître, Josaphat allait sortir de ce monde pour aller dans la maison du Père céleste, et il aima jusqu^à la fin ceux qu'il laissait derrière lui. Comme le Seigneur, il s'attacha, dans ce dernier entretien, à les fortifier contre l'épreuve. 11 leur répéta qu'ils n'avaient rien à craindre, que le danger n'était que pour lui seul. Il leur parla de sa mort imminente avec encore plus de joie et de complaisance que de coutume. Ces paroles fendaient le cœur de ces hommes dévoués. A la fin, l'archidiacre Dorothée n'y tint plus : « Monseigneur, < dit-il, vous nous mettez toujours votre mort devant les yeux, « laissez-nous au moins prendre tranquillement ce repas. — « Quel mal trouvez-vous donc, lui répondit Josaphat, à ce

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