CHAPITRE I. — l'union VICTORIEUSK
rayons^ et en un instant ils retrouvèrent le corps de Josaphat. Au premier bruit de cette découverte, Chodyga courut vers le fleuve; et à un quart d'heure de marche hors de la porte, il vit deux barques qui arrivaient à terre, traînant après elles le corps du martyr.
Le cilice rempli de pierres pendait à son cou, et une pierre énorme à un de ses pieds. Déjà la foule était amassée au bord du fleuve, et des serviteurs de l'archevêché apportaient des tapis et un coussin pour recevoir le corps à sa sortie de Teau. Un gentilhomme de Vitebsk dirigeait ces préparatifs. Pour dérober aux regards du peuple le cadavre, qui était complètement nu, il pria Chodyga de tenir une couverture étendue en avant des deux barques, pendant qu'on arrangeait le corps. Jean se prêta de grand cœur à ce charitable oflice. Il suivit ensuite, le loDg de la rive, les barques qui emmenaient les restes du martyr vers le château. On s'arrêta au pied de la for. teresse, où un prêtre attendait avec un brancard. On y plaça le corps, qui fut porté respecteusemeutà Téglisede Saint-Michel, dans Tintérieur du château.
Cependant la gloire du serviteur de Dieu commençait à éclater. Le ciel redevenait serein ; la lumière du soleil éclairait de nouveau la ville, et, dans les âmes, Fépouvaate faisait place à la douleur. Le funèbre cortège passa devant la maison où Emmanuel Cantacuzène était cloué sur un lit parses blessures. Ce fidèle serviteur se traîna péniblement jusqu'à la fenêtre, pour voir encore son maître bien-aimé. Quelle ne fut pas sa surprise d'apercevoir le visage de Josaphat (ont rayonnant d'une beauté céleste I
De son côté, le P. Dorothée Lecikowicz s'était fait porter à l'église de Saint-Michel, pour remplir une dernière fois son oflûce d'archidiacre auprès de l'archevêque. Tout meurtri de coups, il ne voulait cependant céder à personne Thonneur de revêtir Josaphat de ses ornements pontificaux. A peine a-t-il jeté les yeux sur le visage du martyr, qu'il est comme ébloui
locum quœrentihus corpus illius demonstrabat ». Act. Commiss, Apost. Le P. Gennadius n'était pas à Polock à ce moment, mais il y vint quinze jours après et apprit tous ces détails de témoins oculaires. Plusieurs de ceux-ci attestèrent ce prodige duus l'enquête de 1629. V. Relai. audit. Rot, p. IV.
liO SAINT JOSAPUAT. — LIVRE VI
par son éclat tout divin. « Il est beau comme un ange ! » s*écriet-il, transporté de joie ; et il cherche vainement les traces de la corruption sur ce corps, que le fleuve a reçu couvert de plaies béantes, et roulé durant près de six jours sous ses eaux *.
Cependant Ghodyga était parvenu à entrer dans Téglise. D fixe à son tour le regard sur le saint martyr. Il voit son visage, qui semble illuminé d'une joie céleste. Le teint, foncé d'ordinaire, était devenu blanc, les lèvres vermeilles semblaient prêtes à s'ouvrir, on eût dit que les yeux étaient fermés par on doux sommeil. On voyait sur le corps les traces des coups : une blessure profonde à la tête, d'où le sang coulait encore, et des plaies nombreuses sur lesmembres ; mais aucune d'elles n'inspirait le dégoût : c'était comme une parure, qui ornait le corps du martyr. A celte vue,Chodyga est remué jusqu'au fond de l'àme. Il pleure amèrement la mort du saint pasteur. «A « l'instant même, nous dit-il, je renonçai intérieurement u « schisme. Revenu dans ma maisonàPolock,jeme suis confessé, « et j'ai communié huit jours après dans l'église cathédrale de a Sainte-Sophie. Je suis prêt aujourd'hui à donner ma vie pour « l'Église catholique, et c'est le sang innocent de Josaphat qui « m'a converti '. »
Telle fut la première victoire que le martyr remporta par sa mort; et en triomphant ainsi d'une obstination qu'il n'avait po vaincre durant sa vie, malgré de longs efforts, il préludait à des conversions plus signalées. « C'est un décret de la ProTi- « dence que, pour annoncer Jésus-Christ, les paroles ne suffi- « sent pas. Il faut quelque chose de plus violent pour persuj* « der le monde endurci. Il lui faut parler par des plaies. Il faut « Témouvoir par du sang'. t> Les plaies de Josaphat avaient une éloquence irrésistible ; elles étaient comme transfigurées, et attestaient à la fois et le dévouement du martyr à la cause qu'il avait préchée, et la récompense qui avait couronné sa fidélité. Durant près de quinze jours, le peuple se pressa dans Téglise de Saint-Michel autour du lit de parade sur lequelle saint corps reposait, et tous admiraient sa beauté surnaturelle,
1. Art. Commiss. Apost. Deposit. Enim. Cantacuz. et P. Dorotb. LecJkowicz.