Susza, Cursus viiœ, p
iiî SAINT JOSAPUAT. ,— LlVRl VI
Cependant Polock réclamait les reliques du saint archevêque. Quinze jours après l'assassinat, le P. Gennadius, hégoumènede Polock, le confesseur et lami de jeunesse du martyr, se rendit à Yitebsk avec le protopope de Polock Je bourgmestre Dorothée, et le conseil municipal tout entier, pour ramener le corps dans la ville archiépiscopale. Jean Dziahilewicz et d'autres pieux habitants se joignirent aux magistrats. Laissons la parole au fidèle notaire :
c Nous avons trouvé le corps du martyr dans Téglise de « Saint-Michel, revêtu de ses habits pontificaux. J'ai vu de mes « propres yeux, et tout le conseil de Polock a vu ainsi que « moi, Josaphat beau comme un ange» avec un air de douceur « et de sainteté plus grand encore que durant sa vie. On eût « dit qu'il était joyeux d'avoir obtenu la couronne du martyre. « Ce visage attirait nos regards, et nous nous disions : « Mais « il dort ! il va nous parler I > Nous avons commandé un cerc cueil, que nous avons garni d'un drap vert; puis, de nos c propres mains, nous y avons placé le corps du serviteur de « Dieu. Quand nous avons vu les blessures ài la tête, nous les c avons baisées et nous avons essuyé le sang qui en coulait ^ » Touchants hommages, qui relevaient d'autant plus la gloire du saint martyr, que plusieurs de ces hommes avaient été jusqu'à ce jour ses ennemis acharnés. Mais, en face de ce corps paré d'un rayon de la gloire céleste, la haine cédait la place au respect et à l'amour. On le vit mieux encore, lorsque les magistrats de Polock emportèrent les restes de l'archevêque.
Quand ils se présentèrent pour enlever le cercueil, ils trou* vèrent toute la population de Yitebsk réunie autour de l'église de Saint-Michel, attestant par des cris et des larmes sa douleur du crime qu'elle avait commis. Une barque était préparée pour conduire le corps par la Dwina à Polock. Les délégués de cette ville voulurent le porter sur leurs épaules jusqu'aux bords du fleuve ; mais les habitants de Yitebsk leur enlevèrent de force le cercueil, pour se charger eux-mêmes de ce précieux fardeau, c Ils s'estimaient heureux, nous disent les témoins de cette « scène, s'ils parvenaient à toucher la bière, ne fût-ce que du « bout du doigt. On n'entendait que sanglots et gémissements. « Les catholiques célébraient la gloire de la victime; les schîs-