CHAPITRE I. — l'union VIGTORÎBUSC
« matiques appelaient la yengeance du ciel sur les auteurs du « parricide ; d'autres, en grand nombre, se recommandaient « en pleurant aux prières du martyr, et les assassins eux- « mêmes avouaient et détestaient leur trime. Les Juifs criaient « au miracle, à la vue de ce corps préservé de la corruption, « et le ministre calviniste de Vitebsk vint, à la tête de son « troupeau, se joindre au cortège. Il voulut porter lui-même « le cercueU, et on Tentendit s'écrier : « Ces malheureux ont c tué un innocent ^ ! »
Le trajet de Téglise de Saint-Michel aux bords du fleuve fut marqué par un incident, que les assistants regardèrent comme miraculeux. On avait placé sur la bière un calice, solidement attaché au drap qui la couvrait . Pendant que le cortège descendait du château par une pente très rapide, le calice resta immobile; mais tout à coup, devant le temple protestant, les fils qui le retenaient se rompirent, et il se retourna de lui-même la coupe en bas sur le cercueil. Ce mouvement inexplicable frappa tous les assistants de stupéfaction. On crut entendre encore la voix de Tarchevêque tonnant contre Thérésie et condamnant les blasphèmes des ministres, qui osaient nier la réalité du sacrifice de Jésus-Christ sur les autels. En retour des hommages que les calvinistes s'empressaient de lui rendre, le Saint leur prêchait une dernière fois la vérité '.
Une barque attendait le corps du martyr aux bords de la Dwina,que le funèbre cortège devait descendre jusqu^àPolock. Le froid était très vif et le fleuve presque entièrement gelé. Cependant la glace n'arrêta jamais la marche du bateau qui portait les saintes dépouilles ; mais à peine fut-il arrivé à Poloek , que la navigation devint impossible. Toutes les lois delà nature semblaient suspendues pour publier la gloire du serviteur de Dieu. Pendant le voyage, le peuple accourait sur les bords du fleuve, afin de rendre un dernier hommage à son pasteur vénéré. Au petit bourg d'Andrinople, le seigneur du lieu, Jean Sokolinski, notaire de Lithuanie, obtint la faveur de contempler les traits de Josaphat. « Mais il est plus beau mort que
i. Ad. Commiss, Apost, Deposit. Joan. Dziahilewicz, n. 14; Joan. Charminski, vice-prcetoris Polocensis, et P. Gennadii.
2. Susza, Cursus viisBf p. 98, et Relatio Auditorum Rotae, p. i\\ de miraculis S. D. Josaphat.
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vivant! «> s'écria«t-il dès que le cercueil fut ouvert; et il fondit en larmes.
A Polock, tout le peuple, conduit par le clergé des deux rit», vint chercher le corps du martyr au bord du fleuve et TameDa en procession jusqu'à la cathédrale. Josaphat rentra comme en triomphe dans cette église qu'il avait quittée, un moisanpiravant, au milieu des pleurs et des angoisses de ses amis. C'était comme une nouvelle prise de possession de ce siège archiépiscopal qu'il avait empourpré de son sang. Le cie semblait attendre ce moment pour donner au témoin deruitité catholique une gloire qui lui manquait encore, celle des thaumaturges.
Un des plus fidèles auxiliaires de Josaphat, le conseiller Pierre Dankowski, jurisconsulte très versé dans le droit saxon, venait d'être visité par une terrible ailUction. Il avait presque entièrement perdu la vue et ne reconnaissait même plus ceni qui lui parlaient. Il voulut cependant suivre la procession qui conduisait le corps de Tarchevéque à la cathédrale. Le paane aveugle entendait autour de lui des cris et des sangloti^l « C'était un saint, disait le peuple ; jamais il n'offensa personne. « Maudits soient les parricides qui l'ont assassiné ! » Ces accents de la piété populaire remuaient Dankowski jusqu'au fond de l'âme.
Arrivé à la cathédrale, il apprend que le cilice de l'archeyéque, encore tout rempli de pierres, vient d'être attaché à ub des piliers de l'église. Il veut baiser ces saintes reliques. Ses conducteurs ont peine à fendre la foule réunie autour de ces trophées du martyr. Dès qu'il peut les toucher, Dankowski se jette à genoux, se recommande à Josaphat et, poussé par une inspiration divine, il s'essuie les yeux avec le cilice. » Vous « êtes fou, lui disent des schismatiques mêlés à la foule. € Pourquoi adorez-vous ces pierres? qu'en espérez- vous?» Ces railleries aiguillonnent la foi de Dankowski, il s'essuie de nouveau les yeux deux et trois fois. 0 merveille 1 II voit; il reconnaît ceux qui l'entourent ; il sort de l'église sans guide, à la stupéfaction des ennemis del'Ëglise, qui insultaient tout à l'heure à sa foi. Josaphat venait de faire son premier miracle^
1. Cette guérison fat un des trois miracles reconnus comme certains par le Saint-Siège dans le procès de béatification.