CHAPITRE 1. — LUNIOW VICTORIEUSE
leur archevêque, el qu'ils lui avaient obéi pendant trois années, jusqu à rintrusion de Smotrycki. Les lettres et les émissaires de cet aventurier avaient excité dans la ville des troubles, que les officiers de la justice et les dignitaires de la noblesse avaient cherché vainement à calmer. Malgré les injonctions du roi, les arrêts des tribunaux et les protestations de quelques paisibles citoyens, la guerre avait continué contre le légitime archevêque ; et le 12 novembre, il avait été mis à mort avec des raffinements inouïs de cruauté. Son corps avait subi les derniers outrages, son palais avait été saccagé, et ses serviteurs accablés de coups,
L'accusation était dirigée contre le conseil municipal et tout le peuple de Yitebsk. Les bourgmestres, échevins et conseillers assistèrent de leur personne aux débats etprésentèrent, les uns après les autres, leurs moyens de défense de vive voix ou par écrit, selon qu'ils le désirèrent. Le peuple fut représenté par trois mandataires, qui parlèrent en son nom. Nous possédons l'analyse officielle de ces plaidoiries : elle mérite d'attirer l'attention. Il était impossible de nier un crime accompli à la face du soleil, en présence de toute une ville ; mais il eût été facile d*en atténuer la gravité et de couvrir les coupables, en soutenant que l'archevêque avait excité la colère du peuple par des mesures violentes, et provoqué des représailles par des poursuites rigoureuses contre ses ennemis. Ce moyen de défense s'offrait à tous les accusés : pas un n'en fit usage : tant il était évident que la conduite de l'archevêque ne prêtait à aucune accusation. Les condamnés avouèrent en outre que le roi avait le droit incontestable de désigner leur évéque, et que Josaphat avait été nommé et institué selon toutes les formes.
Ecoutons d'autres aveux : « Lorsque le défunt archevêque, « de saiate mémoire, dirent unanimement les accusés, est « arrivé à Yitebsk, en 1618, pour prendre possession du siège « épiscopal, nous l'avons accepté pour notre pasteur. Nous « avons vu qu'il était saint, fervent, plein de zèle pour l'ins- « truction de son troupeau ; qu'il ne changeait rien aux céré- « monies de TËglise, et qu'il gouvernait d'après les conciles et « les règles des Pères ; nous nous en réjouissions et nous le « vénérions comme notre pasteur, reconnaissant sa mansuécc tude et son amour paternel envers nous. Il en fut ainsi penu dant trois ans ; mais alors, par la permission de Dieu (ce
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« sont sans doate nos péchés et ceax de nos ancêtres qui ont <t attiré ce malheur sur nous 1 ) Mélélius Smotrycki nous a i< envoyé un moine nommé Sylvestre, porteur de lettres qui « nous exhortaient à la révolte, j»
Ainsi les accusés ne nièrent aucun des faits relevés par l'acr cusation ; ils essayèrent seulement d'en rejeter ia principale responsabilité sur deux ou trois gentilshommes qui n^étaient pas en cause, ainsi que sur Nahum Wolk, Siméon Nieszaet quelques autres bourgeois, trop ouvertement compromis pour qu'il fût possible de les sauver.
Quant à l'assassinat de Tarchevôque, chacun s'efforçait d'établir qu'il n'y avait pris aucune part. L'un des accusés affirma qu'au moment du meurtre, il était malade depuis quinze jours; un autre déclara qu'il mariait sa fille ce jour-là même; un troisième offrit de prouver qu'il n'était pas sur le théâtre du crime. D'autres demandèrent à se purger de l'accusation par le serment légal, et dénoncèrent même quelques pauvres serfs, qu'ils eussent dévoués sans scrupule à la mort pour sauver leurs propres vies. Les principaux coupables eux-mêmes, Siméon Niesza et Nahum Wolk, essayèrentde recueillir le bénéfice de leur prudence, et prouvèrent qu'ils avaient quitté Vitebsk la veille de l'exécution, et qu'ils n'étaient rentrés dans la ville que le surlendemain. Ils avaienteu soin de se procurer une lettre du prince Jean Sokolinski, notaire du grandduché de Lithuanie, qui attestait leur présence à Bieszenkowicze.
L'accusateur public anéantit ces fragiles moyens de défense. Toute la ville était en révolte ouverte contre l'archevêque. Les magistrats municipaux avaient reçu les envoyés de Smotrycki, et avaient été les premiers moteurs de toutes les entreprises dirigées contre Josaphat, même de l'émeute dans laquelle il avait péri. Si quelques-uns avaient quitté la ville avant le crime, ce n'était que pour éviter d'être impliqués plus tard dans des poursuites judiciaires. Les autres n'avaient pas empêché le meurtre, comme ils en avaient le devoir, et, de plus, ils avaient fait évader les principaux assassins, dont les aveux les eussent compromis. L'accusateur conclut contre eux à l'application de la loi de Magdebourg, qui condamnait à la peine de mort les meurtriers, surtout quand ils étaient coupables de lèse-majesté divine et humaine.