CHAPITRE I. — l'union YICTOBÏEtSE
Les mandataires du peuple de Vitebsk n^eurenl rieo à produire pour sa défense. Ils avouèrent ouvertement le crime, sans Tatténuer, mais en invoquant la clémence du juge, au nom des services rendus autrefois par les habitants de Vitebsk pour la défense de leur ville et du ch&teau contre les ennemis de la patrie. Les deux bourgmestres Pierre Iwanowicz et Basile Bonicz, et sept ou huit bourgeois, bien connus pour leur dévouement à, Tarchevôque, furent seuls renvoyés de la plainte. Parmi les autres, le tribunal rechercha les plus coupables. Nahum Wolk et Siméon Niesza furent arrêtés, ainsi qu'une vingtaine d'artisans ou de petits bourgeois, qui avaient pris une part active à l'assassinat. Les magistrats municipaux les livrèrent eux-mêmes chargés de chaînes, et les juges les soumirent à de nouveaux interrogatoires.
Enfin, le 23 janvier, après six jours de débats, le tribunal prononça la sentence. Nahum,Siméon et seize autres habitants de Vitebsk étaient condamnés à la peine de mort, lie plus implacable ennemi de Tarchevéque, Pierre Wasilewicz, de Polock, qui était venu à Vitebsk pour préparer lassasbinat, avait eu Taudace d y reparaître à l'ouverture du procès, et avait essayé d'entraver le cours de la justice. Il ne réussit qu'à h&ter la punition de ses propres crimes. Léon Sapiehale fit arrêter, et il fut condamné à mort avec ses complices.
La justice demandait quela ville entière subttun châtiment. Parmi les citoyens de Vitebsk, ceux qui n'avaient pas trempé leurs mains dans le sang de l'archevêque l'avaient lâchement abandonné, ettoute la population portait ainsi la responsabilité du crime. La ville futdépouillée de tous ses privilèges, droits de s'administrer elle-même, franchise de la douane et des impôts indirects, justice spéciale pour les bourgeois, etc. Le tribunal ordonna en conséquence la démolition de l'hôtel de ville, et replaça Vitebsk sous la juridiction immédiate du palatin et des juges delà noblesse. Comme le signal du massacre avait été donnépar les cloches deséglisesetde la ville, Jean Huzniszczow, qui avait sonné le beffroi de la commune, fut au nombre des condamnés ^ mort, et les juges ordonnèrent que toutes les cloches de Vitebsk seraient brisées, et que leurs morceaux serviraient à en fondre une grosse, qui serait offerte à la cathédrale, avec une inscription commémorative. A l'avenir, aucune église de la ville, sauf la cathédrale, ne pourrait posséder
de sonnerie, sans une permission expresse du métropolile uniate.
Enfin, pour que la justice fût complète, la sentence atteignait un certain nombrede contumaces, parmi lesquels nous retrouvons les popes qui excitaient le peuple durant le massacre, et deux misérables qui avaient volé l'un le manteau, Taulre la coupe d'argent de l'archevêque. Ces hommes et leurs complices, dénoncés parle conseil municipal comme auteurs principaux du crime, furent condamnés à la peine de mort. La fuite les avait mis hors de l'atteinte du châtiment ; mais leurs biens furent confisqués*.
Tel fut Tarrôt des commissaires. Nous ne cherchons pas à en atténuer la rigueur. Dans nos temps et avec nos mœurs, il paraîtrait d'une sévérité implacable ; mais qu'on se rappelle Tatrocitédes lois pénales alors en vigueur dans toute TEurope, et surtout la qualité du crime, consommé au mépris de tout ce qu'il y a de plus sacré sur la terre et avec des circonstances qui en doublaient Thorreur ; qu'on n'oublie pas non plus le pérU auquel cet attentat exposait la Ruthénie et toute la Pologne, la nécessité de faire un exemple pour contenir un peuple grossier, dont le fanatisme et les instincts sanguinaires pouvaient se porter encore à des excès épouvantables ; et on trouvera que les juges n'outrepassèrent pas les limites d'une juste répression. Aucun des contemporains ne songea aies en accuser, et les coupables eux-mêmes subirent leur peine sans se plaindre. Plût à Dieu que de nos jours les proconsuls moscovites fassent, dans cette même Ruthénie, nous ne dirons pas aussi justes, mais aussi cléments que Sapieha et ses assesseurs 1
La sentence des juges était sans appela et fut exécutée presque sans délai. Cinq contumaces, tombés aux mains de la justice, subirent leur peine avec les dix-neuf comdamnés présents aux débats. A cette heure suprême, la miséricorde de Dieu se manifesta sur tous ces malheureux. Pénétrés de repentir, ils demandèrent à se réconcilier,avant de mourir, avec TËglisecatholique. Des moines basiliens et des Jésuites accoururent à leur appeU
1. Le 4 septembre 1624, onze gentilshommes, représentant la noblesse de Vitebsk, présentèrent une supplique au vice-chancelier de Lithuanie en faveur des femmes de ces contumaces, que l'absence de leurs maris et la confiscation avaient jetées dans la misère. Ap. Szymanski, t. II, p. 30.
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reçurent leur abjuration et les accompagnèrent jusqu'à Téchafaud. Nahum Wolk et Siméon Niesza eux-mêmes moururent, comme leurs compagnons, en détestant leur crime et en implorant le pardon de Dieu et de l'Ëglise. Le martyr avait vaincu ses assassins, et leur ouvrait comme de force les portes du sainte Un seul repoussa le pardon : ce fut Pierre Wasilewicz. Tandis que ses compagnons acceptaient la mort comme une juste expiation, il se débattit contre elle avec la rage d* un damné. Sur Técbafaud, il repoussa une dernière fois le ministère des prêtres catholiques, et quand l'exécuteur s'empara de lui, il s'agita convulsivement sur le fatal billot, en élevant les mains pour parer le coup de la mort. Troublé par cette résistance inattendue, le bourreau frappa d'un bras mal assuré. Au lieu de la tête, il atteignit la main droite du coupable, qui roula sanglante sur l'écbafaud. Un second coup n'abattit encore que l'autre main. La multitude frémit à cet affreux spectacle. Elle se rappelait les sacrilèges de Wasilewicz, qui avait usurpé les fonctions sacerdotales. Le bras malhabile de l'exécuteur l'en chÀtiait en coupant ces membres, qui avaient profané les choses saintes. L'épouvante lut à son comble, quand on vit encore les oreillesdu coupable tomber sous la hache; la tétene roulaqu'au cinquième coup. Wasilewiczavaitentendu desconfessions àPolock.On eût dit que l'ange des vengeances divines se tenait sur Téchafaud pour diriger la main du ministre de la justicehumaine *.
Le peuple assista àTexécutionsans proférer ni une protestation, ni une plainte. 11 vit également d'un œil froid jeter les corps des suppliciés dans la Dwina. Toutes ces rigueurs ne lui paraissaient que justice. Mais quand l'hôtel de ville fut démoli, des sanglots partirent du sein de la multitude. Elle n'avait pas eu de larmes pour la mort des coupables, parce qu'elle les mépri* sait ; mais elle fut émue par un châtiment qui infligeait une tache honteuse à l'honneur de la cité. A Yilna, les schismatiques essayèrent l'apothéose des assassins; mais l'indignation publique ût justice de cette odieuse manœuvre. La cause du schisme resta infâme aux yeux de tous les honnêtes gens '.