‹ Un apotre de l'union des eglises au XVII siecleChapitre 7 sur 316 · SAINT JOSAPHAT ET LÉON SAPIEHA · texte numérisé non relu

SAINT JOSAPHAT ET LÉON SAPIEHA

Léon Sapieha, grand-chancelier de Lithuanie. — Sa naissance, ses talents, sa conversion. — Il devient un des protecteurs les plus zélés de TEglise uniate. — Son amitié pour saint Josaphat. — Troubles que les plaintes des schismatiques et les menaces des Cosaques jettent dans son esprit — Ses reproches à saint Josaphat. — Le Saint explique sa conduite. — Réponse de Sapieha. — Caractère et valeur de cette pièce. — Répliqae de saint Josaphat.

La complaisance envers les grands est une des tentations les plus dangereuses pour les ministres de TËglise ; et quand un prélat ne s'est pas trouvé en lutte avec les puissants de ce monde, la vigeur de son àme n'est pas entièrement éprouvée. Josaphat n'avait pas encore donné de ce côté la mesure de son courage. Le mouvement nouveau qui venait de s'opérer dans les esprits à l'égard de l'Église uniate, eut pour première conséquence de mettre l'archevêque de Polock aux prises avec un puissant ministre, jusqu'à ce moment son bienfaiteur.

Parmi les conseillers du roi Sigismond III, on remarquait un homme que sa science juridique, son expérience consommée, son caractère ferme et prudent, et, par-dessus tout, son respect inaltérable pour l'autorité royale, distinguaient entre tous les autres. Dès son début dans la carrière politique, il avait été devint^ par Etienne Bathory. <c Ce jeune « homme, avait dit le clairvoyant monarque, deviendra grand o dans la république » ; et cette prédiction s'était promptement réalisée. Celui qui en avaitété l'objet était déjàgrand-chancelier de Lithuanie, lorsque Jean Zamoyski exerçait encore la même charge pour les pays de la Couronne ; et depuis la mort de ce grand ministre, son jeune émule continuait sa tradition dans le

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conseil, comme les Zolkiewski et les Chodkîewiczsur le champ de bataille. Ce ministre habile et intègre, inférieur sans doute à Zamoyski, mais le premier après lui entre tous les hommes d'Etat qui servirent alors la Pologne, était Léon Spieha, grand-chancelier, plus tard hetman de Lithuanie, palatin de Vilna, capitaine de Brzesc, Mohylew^ etc. ^ . Son nom a déjà paru plusieurs fois dans ces récits ; mais son caractère et sa vie sont encore inconnus au lecteur.

Les Sapieha jouissaient en Lithuanie d'une autorité que les Radziwill seuls surpassaient par leurs richesses. Au xvieâiècle, comme la plupart des grands seigneurs polonais, les Sapieha embrassèrent la religion protestante. Léon naquit et fut élevé dans rhérésie. Il était déjà vice-chancelier de Lithuanie, et -voyait autour de lui les gentilshommes revenir chaque année par milliers à la religion catholique. Cependant il n'était pas ébranlé. Ses fonctions T'obligeaient à assister de temps à autre à quelques offices catholiques avec la cour ; mais il affectait toujours de quitter Téglise pour courir au temple protestant» dès que son service ne le retenait plus auprès du roi. Un jour, aux environs de Pâques, il s'oublia dans un souper et but au point de perdre la raison.

Le lendemain on faisait la cène à Téglise calviniste. Sapieha s'y rendit ; mais, mécontent de lui-même, il ne voulait pas participer à la cérémonie. Le pasteur Tinvite cependant à recevoir la cène. Sapieha refuse. Le pasteur insiste, et Sapieha est obligé de lui avouer qu'il n'est pas en état de s'approcher des choses saintes. «Peu importe, répond le pasteur, venez ; « c*est nécessaire. » Sapieha céda, mais avec des répugnances affreuses. « Ces gens- là, se dit-il, n'ont donc aucune espèce de c foi ; et les considérations humaines sont tout pour eux I * Il remarqua en même temps l'étrange célérité avec laquelle le pasteur accomplissait son ministère. II commençait la formule delà communion en présentant le pain à une première personne et l'achevait à la quatrième. Sapieha, à cette vue, fut frappé comme par un trait de lumière. Il sortit du temple tout boule-

1. Léon Sapieha eut en particulier la gloire d'organiser le tribunal su« prême de Lithuanie et de donner sa forme définitive à la législation du grand-duché en corrigeant et publiant le code en langue ruthène, appelé Statut lithuanien.

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Tersô et passa la nuit suivante sans sommeil. Le P. Skarga suivait alors la cour comme prédicateur royal. Le chancelier lui fit demander un entretien secret; et ils convinrent de s'égarer ensemble à la prochaine chasse du roi et d'entamer la question religieuse. Cette première conférence ne put suffire ; et durant huit jours le ministre et Tillustre Jésuite se virent à Tinsu de la cour. Le dimanche suivant, Léon Sapieha se présenta selon la coutume pour accompagner le roi à la messe ; mais, au lieu de quitter le cortège à la porte de l'église, comme il faisait d'ordinaire, on le vit entrer, se mettre à genoux, suivre dévotement le saint sacrifice. Sapieha était catholique. La surprise fut grande et la joie générale dans la famille royale et dans la cour*.

Le nouveau converti compta aussitôt parmi les plus vigoureux champions de la cause catholique, et travailla avec une ardeur infatigable pour convertir ses parents et ses amis. Quand les négociations qui amenèrent TUnion rulhène commencèrent, Léon Sapieha s^y employa avec tant d'ardeur et de succès que le roi le nomma son représentant au synode de Brzeec. De son côté, Clément VIII voulut remercier lui-môme le chancelier de Lithuanie des services qu'il avait rendus à cette œuvre sainte, et le pria de continuer sa protection à TËglise uniate. Sapieha fut docile à l'exhortation du Souverain Pontife. Son zèle résista à la double épreuve des années et du désenchantement produit chez tant d'autres par les pénibles débuts d'une entreprise qu'on avait cru achevée dès le premier jour. Dans toutes les crises qui menacèrent sa fragile existence, l'Ëglise uniate n'eut pas de patron plus vigilant, de plus infatigable défenseur.

En 1603, Clément VIII le remerciait des efforts qu'il venait de faire à la Diète pour soutenir Hypace Pociey contre les schismatiques et les protestants coalisés, et l'appelait «sa consolation, celle du roi et de la république ». En i606,aprèsun nouvel assaut des ennemis de l'Union, Paul V écrivait à son tour au puissant ministre pour louer de nouveau la prudence et la fermeté avec lesquelles il défendait Pociey et l'aidait à maintenir une œuvre attaquée par tant d*ennemis acharnés. Plus tard,

i . Rostowski raconte cette conversion avec quelques légères variantes dans des détails insignifiants. Hist. provinc, Lithuan, Soc. Jesu, p. 158.

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