SAINT JOSAPBÀT ET LÉON SAPIEHA
c^était le métropolite Hypace qui signalait lui-même Léon Sapieha à la reconnaissance du Saint-Siège, comme le principal appui de TËglise uniate dans le sénat ; et Paul V répondait : « Nous avons appris avec joie ce que vous nous dites du zèle et « de l'affection que notre cher fils, le chancelier de Lithuanie « Léon Sapieha, témoigne pour votre défense. Sa vertu est « aussi éclatante que sa naissance, et nous Taimonsavec pré- « dilection^ »
Toute la conduite de Sapieha répondait aux éloges que les souverains pontifes lui décernaient à Tenvi. Il fut du petit nombre des seigneurs de son temps qui prêtèrent une sérieuse attention aux souffrances etaux intérêts du peuple, et de celte élite plus restreinte encore, qui voulut assurer les bienfaits de la foi véritable aux paysans ruthènes de leurs domaines '.
Les nombreuses églises grecques qui s'élevaient sur ses terres furent remises par ses ordres à des prêtres uniates. De bonne heure des liens d'affection et de respect mutuel unirent riUustre homme d'Ëtat et Thumble Josaphat,alors simple moine à la Sainte-Trinilé de Yilna. A l'instigation de celui-ci, Sapieha fut un des fondateurs de Téglise et du monastère de Zyrowice ; et quand Josaphat devint archevêque de Polock, le chancelier lui donna le monastère de Gzereia, près d'Orsza, et plusieurs églises ; il acheva en un mot de mériter le titre de bienfaiteur que le Saint aimait à lui décerner '.Presque tous les procès que Rutski et Josaphat eurent à soutenir, vinrent aboutir au tribunal du chancelier de Lithuanie, et justice leur fut toujours rendue. En 1621, Sapieha avait dirigé à Yilna Tenquête qui avait mis à découvert les criminelles manœuvres des chefs de la confrérie. Il connaissait donc à fond les afiaires ruthènes, et savait parfaitement de quel côté était la justice et le bon droit.
1. Theiner, Monum, Polon, t. III, p. 57,237, 330. — Kognowicki, Vies de* Sapiefia, t. I, p. 259, 278.
2- Il répétait à ses intendants, quand ils se montraient exigeants envers le^ laboureurs : « Pour vous, un paysan est un paysan; pour moi, c'est une ff Excellence; car s'il n'y a plus de paysans, je cesse d'être une Excellence. »
3. V. Koyalowicz, Miscellanea, p. 55. Dans la guerre de Moscovie, un soldat avait enlevé dans une église de Nowogorod une antique image de la Sainte Vierge. Pour la sauver de la profanation, Léon Sapieha céda à cet homme, qui était son sujet, le village entier où il habitait. Le fils du firand- chancelier donna cette image aux Basiliens de Gzereia.
CepeDdant Sapieha se laissa gagner comme les autres parce sentiment de fatigue et de dégoût, qui s'étendait de proche en proche parmi les rares défenseurs de TUnion. Tremblant de voir renaître les périls auxquels la Pologne échappait à peine, il ne voulait plus de querelles en Ruthénîe ; et comme les schismatiques multipliaient les protestations et les plaintes, il se persuada que les évêques uniates ne gardaient pas toujours envers eux la mesure d'une juste modération. De tous les membres de la hiérarchie uniate, Josaphat était celui que les schismatiques accusaient avec le plus de persistance. Las de tous ces bruits, Sapieha écrivait à 1 archevêque de Polock, moitié comme ministre, moitié comme ami, pour l'engager à modérer son zèle et à rendre aux schismatiques certaines égli* ses, en particulier celles de Mohylevtr. Il alléguait pour appuyer cette demande le bien de la paix, le danger que la république courait du côté des Cosaques et la nécessité de satisfaire cette redoutable milice,la raison d'Ëtat en un mot. Il parait que celte première lettre, calme et respectueuse dans la forme, laissait cependant voir déjà dans Tesprit du chancelier un parti pris contre Josaphat.
Surpris par cette remontrance inattendue, le saint archevêque s'efforça dans sa réponse de dissiper les préventions de Sapieha*. Josaphat s'attachait d'abord à montrer que Ton exagérait les périls dont les Cosaques menaçaient la république. Les Zaporogues n'auraient pris aucune part à ces querelles de religion, s'ils n'avaient pas été excités par les évêques schismatiques et surtoutpar Smotrycki. Toute la population de l'Ukraine est bien loin, quoi qu'on en dise, de s'intéresser à ces affaires ; et Konaszewicz lui-même en fait, paraît-il, bon marché. C'est, d'ailleurs, une faute de prêter trop d'attention aux cris des Cosaques. Si on leur laisse entrevoir la crainte qu'ils inspirent, ils deviendront plus exigeants et mettront sérieusement en péril la paix derÉlat. Enûn, la politique ne peut passer avant la religion ; et si la politique prescrit de satisfaire les Cosaques, lareligion ordonne de songer avant tout au salut des schismatiques.
Mais le chancelier avait mis Josaphat directement en cause.
1. Cette lettre de saint Josaphat est perdue anjourd'hui, mais, grâce aux nombreuses citations qu'en fait Sapieha dans la réplique dont nous parlerons ci-après, il est facile d'en suivre la marche et les idées.