‹ Un apotre de l'union des eglises au XVII siecleChapitre 70 sur 316 · CHAPITRE I. — l'union VICTORIEUSK · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. — l'union VICTORIEUSK

FÉglise. Cette exécution eût été facile. Déjà, en 1623, dans leur convention avec Koniecpolski, les Zaporogues ne parlent plus de religion ; Konaszewicz était mort, et ses rêves de domination et de protectorat religieux s*étaient évanouis. Mais, en Pologne, on ne sut jamais rien fmir. On se contenta d'une paix passagère, et tous les ferments de discorde et de révolte furent conservés en Ukraine. Le schisme put s'y maintenir et s'y fortifier.

Renonçant, à disputer les chaires épiscopales aux prélats uniates, les évéques schismatiques vinrent chercher asile dans le pays de Kiew, et par un inconcevable aveuglement, des seigneurs catholiques latins se chargèrent de leur sort, et leur donnèrent les plus riches monastères de la province K

L'Ukraine resta comme un antre d'Éole, fermé durant quelques années, mais dans lequel se condensèrent pour Tavenir d'effroyables tempêtes. L'imprévoyance des hommes perdit de gaieté de cœur une partie des avantages que le sacrifice de saint Josaphat ménageait à TËglise ruthène et à la Pologne.

Le premier acte de faiblesse du gouvernement polonais fut d'épargner Tinstigateur de tous les complots schismatiques, Mélétius Smotrycki. Malgré ses protestations, la responsabilité du crime de Vitebsk remontait directement jusqu'à lui. En déchaînant la bête féroce, Smotrycki devait prévoir qu'elle ferait des victimes, et il lui désignait du doigt celle qu'elle devait immoler la première. Aussi personne ne s'y trompa : amis et ennemis, accusateurs et accusés, dans le procès de Vitebsk^ comme plus tard dans le procès de béatification, tous s'accordèrent à désigner Mélétius comme le véritable et premier auteur de l'assassinat. 11 entendit lui-même le cri de l'opinion publique ; et il sentit soi^^me ûéchir sous le double poids de la crainte et du remords. Le châtiment de Vitebsk lui faisait peur, et cette terre, sur laquelle il apercevait du sang, lui brûlait les pieds. Ses amis eux-mêmes lui conseillèrent la fuite. 11 partit précipitamment de Vilna pour courir du côté de l'Ukraine, et ne s'arrêta qu'à Kiew, d'où il gagna bientôt Constantinople et l'Orient.

1. Ce fait serait à peine croyable, s'il ne nous était pas attesté par Smotrycki lui-mênke. Epist, ad Urban, VIJI, 16 febr. 1630. — V. à la suite de la Vie de Smotrycki par Susza, éd. nov. p. 174.

SALNT JOSAPHAT. — T. II. 9

i30 SAINT JOSAPHAT. — LIVRE VI

En quitlantle monastère du Saint-Esprit à Vilna, il voulut dire un dernier adieu à cette église qui retentissait encore de ses déclamations contre les Uniates. On raconte qu'au moment où il sortait du sanctuaire, les colonn es qui soutenaient la porte royale de Ticonostase tombèrent derrière lui. Les moines regardèrent cet accident comme un présage et se dirent que leui archimandrite allait mourir, ou que du moins il ne reviendrait pas au milieu d'eux et ne prierait plus dans cette église. En môme temps le métropolite Rutski, averti de ce départ précipité, jetait de loin au fugitif ces paroles qu'on pourrait croire prophétiques : « Cette fois encore, la fuite trahit le coupable; « mais en quelque lieu qu'il s'arrête, il sera toujours poursuivi « par le terrible arrêt de Dieu. Le meurtrier sera errant et « fugitif sur la terre, tant qu'il ne voudra pas faire pénitence, « et pleurer son crime*. »

Ainsi, quelques mois après la mort du martyr, la Rulhènie était pacifiée, et les apôtres de l'Union pouvaient reprendre sans crainte leurs travaux ; mais, outre cette tranquillité inespérée, ils devaient à Josaphat un autre bienfait, plus signalé encore. A Rome comme à Varsovie, le martyr avait gagné 1& cause de l'Eglise uniate. Rutski et ses sufTragants avaient, on se le rappelle, posé eux-mêmes devant le Saint-Siège cette question de laquelle dépendait l'avenir de leur œuvre : « Doitce on permettre aux Ruthènes de passer au rite latin ? « On sait combien ce problème soulevait à Rome de doutes et d'incertitudes. L^élection venait de porter sur la chaire de saint Pierre un des pontifes qui ont montré le plus grand zèle pour la propagation de la foi, et en particulier, la plus vive sollicitude pourL^s chrétientés orientales. Simple cardinal, Urbain YOI avait été protecteur des Grecs ; devenu pape, il s'occupa toujours de leurs intérêts avec prédilection, et son pontificat, marqué à son début par le martyre de saint Josaphat, s'ouvrait sous d'heureux présages pour l'Eglise ruthène. Cependant, comme son prédécesseur Grégoire XV, comme ses nneilleurs conseillers, Urbain devait hésiter en face d*une question que les pontifes les plus dévoués à l'Eglise uniate n'avaient pas tranchée. Lasolution semblait facile à Rutski et à ses suffragants, mais à Rome elle ne paraissait pas si évidente.

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