CHAPITRE I. — l'union VICTORIEUSE
ciments à ceux du Souverain Pontife. Son préfet, le cardinal Bandini, pria le nonce Lancelotti de s'en faire Tinterprète auprès de Sigismond III. « Plaise à. Dieu, ajoutait-il, que ce c triste exemple éclaire ces malheureux aveugles deRuthénie, « et leur fasse connaître le vrai sentier du salut ^ »
Dans cette même séance, le Pape appela Tatlention des cardinaux sur une œuvre à laquelle Rutski n'attachait pas moins d'importance qu'à la défense de changer de rite, la fondation d^un séminaire en Ruthénie. Le métropolite espérait y former le premier noyau d'un clergé séculier vivant dans le célibat; nous parlerons bientôt des efforts qu'il avait multipliés pour obtenir la création de cet établissement. Déjà Grégoire XV Favait décrétée ; aucune mesure toutefois n'avait été prise pour exécuter cette décision. Dans cette réunion, Urbain VIII et les cardinaux discutèrent avec soin les conditions dans lesquelles le séminaire pouvait être fondé ; mais une résolutoin sur une affaire de cette importance ne pouvait être prise en un jour. Le nonce Lancelotti fut chargé de faire une enquête à ce sujet. Le Pape était disposé à consacrer des bénéfices de TËglise latine à la dotation du futur séminaire '.
Quelques semaines après, Urbain VIII, par l'intermédiaire de la Congrégation de la Propagande, ordonnait au Général des Carmes déchaussés d'envoyer au métropolite ruthène quatre Religieux sachant parler polonais pour travailler à la réforme des moines basiliens'. Ces Religieux étaient autorisés à pratiquer le rite grec, à porter l'habit et à suivre la règle de saint Basile, pendant tout le temps qu'ils seraient employés à cette œuvre. Enfin, le 4 octobre 1624, le Souverain Pontife approuvait la réunion des monastères de la réforme basilienne en une seule congrégation, et concédait à la nouvelle famille religieuse le droit d'élire librement son proto-archimandrite, et de célébrer tous les quatre ans son chapitre général.
1. /. B. Lancelotlo Card. Bandinius. Lettre italienne du 20 jivril 1024, ib. p. 239-
2. Decretum S. Congr. de Propag. Fide, 31 mai 162i, cdd. Leopol.
3. Deux lettres de Rutsld au P. Adrien Podbereski, du 24 février 1623 et du 16 septembre 1624, nous mettent au courant des négociations entamées à ce sujet avec les Carmes déchaussés . Le P. Paul de Saint-Siméon, à la suite duquel Rutski avait entrepris autrefois le voyage de Moscovie, vivait toujours, et les jeunes Basiliens élevés au collège ruthène entretenaient
Cette assemblée était autorisée à dresser des constitutions et à en prescrire l'observation provisoire dans tous les monastères, jusqu'à ce que le Saint-Siège les eût examinées. Par ce décret, Urbain VIII donnait la sanction de l'autorité pontificale à l'organisation des basiliens réformés, mais sans engager la responsabilité du Saint-Siège en approuvant les règles compilées par Rutski *.
L'Église ruthène n'avait pas encore reçu des marques aussi éclatantes de la protection du Souverain Pontife. Cependant Josaphat était encore à peine connu dans Home. Les dépêches de Lancelotti, les lettres de Rutski louaient sa sainte vie et sa mort glorieuse; malgré ces éloges, on pouvait hésitera lui donner les noms de saint et de martyr, lorsque les élèves ruthènes du collège grec présentèrent au Pape et aux cardinaux de la Propagande une vie abrégée de Josaphat, de la part du métropolite et de ses suffragants. La Congrégation entendit la lecture de cet écrit le 30 avril 1624, et se décida aussitôt à solliciter du Souverain Pontife l'ouverture d'une enquête sur la vie et la mort de Josaphat, en vue d'une future canonisation '.
Le préfet de la Propagande, Bandini, exprimait en ces termes au métropolite Rutski son émotion et celle de ses collègues : « C'est avec des larmes de douleur et de joie que nous avons
les relations les plus affectueuses avec ce saint religieux. Déjà, vers 1613, Rutski avait été à la veille d'obtenir des Carmes le secours qu'il désirait, mais ceux-ci n'eurent pas un nombre suffisant de religieux pariant le polonais et ne purent réaliser leurs promesses. C'était sous le pontificat de Paul V, et le P. Pierre de la Mère de Dieu, Carme déchaussé, confesseur de ce pontife, s'intéressait vivement à cette affaire. Il mourut avant de l'avoir entièrement achevée, et elle ne fut reprise sérieusement qu'à Tépoque où nous sommes parvenus dans cette histoire. Le 16 septembre 1624, raccord était entièrement conclu avec les Carmes ; cependant Rutski le tenait encore secret. Nous ne saurions dire s'il fut exécuté.
1 . Décret. 5. Çongr, de Propag. Fide, 4 oct. 1624. — A la prière de Rutski, Urbain VIII confirma ce décret par un Bref du 20 août 1631, cod. Leopol.
2. d Ne res tant! momenti ab Ecclesia universa ignoraretur et memoria « tanti viri imitatione dignissimi, temporum injuria oblivioneque periret.» Décret. S. Congregat. de Propag. Fid. 30 apr. 1624, ap. Szymanski,t II, p. 359. — De cette Vie, nécessairement très courte, présentée à la Congrégation de la Propagande, nous ne connaissons que le nom de l'auteur, Gerardi. Ce devait être une traduction abrégée de Touvrage publié par Rutski sous le nom de Morochowski«
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« lu la Vie de rarchevéque de Polock. En examinant la cause « de sa mort, nous avons compris qu'un si grand événement ne « pouvait être enseveli dans le silence, et nous avons été d'avis « qu'on commençât un procès de canonisation pour publier « dans toute TËglise un fait digne d'un souvenir et d'une a louange éternelle, et proposer à l'imitation l'exemple de cet « illustre martyr*. »
Quelques mois avant la mort de Josaphat, un missionnaire de l'Ordre des Capucins, Fidèle de Sigmaringen, avait été martyrisé par les protestants, pendant qu'il prêchait la foi sur les confins de la Suisse et de l'Allemagne. Les cardinaux de la Propagande voulurent l'associer aux honneurs qu'ils espéraient pour Josaphat ; ils désiraient mettre leurs travaux et leurs œuvres naissantes sous la protection de deux témoins qui avaient vaillamment défendu rEglise,run contre leschisme, Tautre contre Thérésie. Le 31 mai 1624, le cardinal Bandini exposa au Pape les vœux de ses collègues, et le pria d'ordonner une enquête immédiate sur la vie et la mort de Josaphat et de Fidèle de Sigmaringen, en vue de leur canonisation.
Urbain VU! accueillit avec joie cette double demande, loua le zèle de la Congrégation pour la gloire de ces deux athlètes de Jésus-Christ, et déclara qu'il signerait la commission nécessaire pour commencer les deux procès, aussitôt qu'elle lui serait présentée '.
Il ne tarda pas à remplir cette promesse, et afin de hâter la glorification de Josaphat, il décida que sa cause serait immédiatement examinée par les délégués du Saint-Siège et dispensa en conséquence du procès que, d'après les règles ordinaires, l'archevêque de Polock aurait dû commencer sur la réputation de sainteté du martyr. Les cardinaux de la Propagande désiraient que l'enquête fût confiée au nonce de Pologne, dans l'espérance, sans doute, d'éviter de fâcheux retards ; mais le Pape prescrivit une autre marche, comme nous le verrons bientôt '.
Celui que les ennemis de l'Union avaient cru mort s'était
1. J. Rutscio Çard, Bandin. epist. 4 mai 1624, ap. Kulczynski,p. 241.
2. Act. Congreg, de Propag. Fid. 31 mai 1624, ap. Szymanski, 1. cit.
3. Bened.XIV, De béatifie, Serv. Dei^ I. II, c. i, n. 4. — Gard, Bandini ep, ad Rutsc, 4 mai 1624, ap. Susza, Cursus vitœ, p. 162, éd. n.
138 SAINT JOSAPflAT. — LIVRE VI
redressé dans sa tombe, et, prenant corps à corps ses adversaires, il les avait terrassés les uns après les autres. A Vitebak^ à Polock, en Ukraine, dans les conseils de la couronne comme dans ceux de la papauté, il est vainqueur. C'est une nouTelle vie qui commence pour lui, toute de puissance et de gloire. Déjà la Pologne entière est à ses pieds.