‹ Un apotre de l'union des eglises au XVII siecleChapitre 83 sur 316 · GUAPITRE II. «— SAINT JOSAPHAT THAUMATURGE · texte numérisé non relu

GUAPITRE II. «— SAINT JOSAPHAT THAUMATURGE

Le zèle d'Urbain VIII n'avait pas besoin d'être stimulé par ces instances; mais les formalités canoniques ralentirent forcément la marche d'une affaire que Timpatiente ardeur des clients de Jbsaphat espérait achever en quelques mois. La Propagande avait nommé, pour son procureur dans la cause de Josaphat, un ecclésiastique maronite, nommé Victorius Simonis. Le 25 février 1625, ce mandataire présentait à la Congre* gation des Rites les articles contenant ses affirmations sur l'intégrité de la foi, la sainteté de la vie, la réalité du martyre et des miracles de Josaphat. Il demanda à en fournir la preuve au moyen d'une enquête juridique *.

Le promoteur de la foi formula, de son côté, les interrogations qu'il voulait poser aux témoins qui seraient entendus dans cette enquête. Son rôle était de sauvegarder les intérêts de la foi et d'empêcher qu'un zèle mal réglé ne fit admettre des preuves sans valeur, et rendre un jugement trop précipité sur la vertu de Josaphat. Quelques témoignages furent recueillis à Rome même, mais la principale enquête devait avoir nécessairement pour théâtre le pays que Josaphat avait arrosé de ses sueurs et de son sang '.

Le 25 septembre 1625, la Congrégation des Rites confia cette délicate mission à l'archevêque de Polock, Antoine Sielawa, et aux deux hégoumènes de Polock et de Vitebsk. En cas d'absence ou d'empêchement de l'archevêque , le métropolite Rutski était autorisé à prendre sa place ; et au défaut de ces deux prélats,révêque latin de Vilna et son suffragant avaient ordre d'ouvrir l'enquête. Ces pouvoirs étaient contenus dans des lettres, dites rémissoriales et compulsoriales, qui conféraient aux juges la qualité de délégués du Saint- Siège, et leur donnaient le pouvoir de citer tous les témoins et de se faire livrer tous les documents qu'ils jugeraient nécessaires pour l'instruction de la cause ^.

i, Szymanski a eu entre les mains ces articles, au nombre de 64, et il en a copié les principaux dans son ms. t. II, p. 89.

2. Il est question à plusieurs reprises, dans la Relation des auditeurs de RotCt de deux procès faits dans la ville et des témoins qui y ont été entendus.

3. Relat. Audit, Rot, p. i. — On trouve la formule ordinaire de ces lettres rémissoriales et compulsoriales^ ap. Bened XIV. De Beatif. Serv, Dei, ad Ub. II, app. i.

Des circonstances inconnues retardèrent de trois ans Poa- Terture de Tenquéte. Le 20 mars 1628, Raphaël Korsak, évèqne de Halicz, coadjuteur du métropolite de Kiew, et procureur de la cause de béatification en Pologne, remit à l'archevêque Sielawa et à ses deux assesseurs les lettres qui les instituaient juges apostoliques, et ils constituèrent aussitôt leur tribunal dans Téglise cathédrale de Sainte-Sophie de Polock. Le suSragant de Vilna, Georges Tyszkiewicz, évêque de Méthone, se crut autorisé à prendre séance avec eux et à participer aux opérations de Tenquéte. Trois prêtres basiliens faisaient fonc- 'tion de notaires, et deux huissiers étaient au service du tribunal.

Cent seize témoins furent entendus. Leur dignité, leur caractère, les rapports qu'ils avaient eus avec Josaphat donnaient à leurs dépositions une grande autorité. Les témoignages des •amis et des familiers de Tarchevéque, le P. Gennadius Chmielnicki, le P. Dorothée Lecikowicz, Emmanuel Cantacuzène, Grégoire Uszacki, succédaient à ceux des gentilshommes et des premiers citoyens de Polock, tels que Michel Tyszkiewicz, Jean Dziahilewicz et Jean Charminski. Des Juifs, des hérétiques, des hommes qui avaient autrefois combattu Tarchevéque avec acharnement, célébraient sa sainteté dans les mêmes termes que son confesseur, le P. Kosinski, et que son disciple, Tarchevêque de Polock. Beaucoup de témoins venaient déclarer qu'ils devaient à Josaphat la santé ou la vie. A la fin de Tenquéte, il y eut comme une acclamation de tout le peuple de Polock en l'honneur de son archevêque.

L'année précédente, 1627, la ville avait été exposée aupUlage et à l'incendie. Les troupes du roi de Suède, Gustave-Adolphe, •qui faisait alors la guerre à la Pologne, s'étaient présentées à ses portes, précédées de cette épouvante que TAUemagne et la Lorraine n'allaient pas tarder à ressentir àleur approche. Accoutumées à toutes les licences de la guerre, elles ne laissaient derrière elles que des monceaux de ruines semblables à ceux qui attestent encore leur passage sur le sol français. Polock ne pouvait résister à ces bandes déjà réputées invincibles, et les habitants ne songeaient qu'à implorer leur pitié, lorsque le P. Kosinski releva tous les courages en exhortant le peuple» du haut de la chaire, à prendre pour défenseur son archevêque martyr. L'appel est entendu. Les habitants se portent en masse

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