‹ Un apotre de l'union des eglises au XVII siecleChapitre 84 sur 316 · CHAPITRE II. — SAINT JOSAPHAT THAUMATURGE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — SAINT JOSAPHAT THAUMATURGE

au tombeau de Josaphat, et tous implorent son patronage. Leur confiance n'est pas déçue. Saisis d'un trouble inconnu, les Suédois s'éloignent avec la précipitation d'une armée en déroute, et abandonnent le riche butin que leur promettait cette ville sans défense ^

Les habitants de Polock avaient à cœur de témoigner leur reconnaissance à Josaphat pour ce bienfait signalé. Conduits par leurs magistrats, ils se présentèrent en foule à la cathédrale et ils affirmèrent d'une voix unanime que leur archevêque avait donné sa vie pour la foi catholique, pour la primauté de saint Pierre, pour l'obéissance due au Souverain Pontife, pour l'union de l'Église grecque avec la sainte Ëglise romaine et pour le salut des âmes. Alors l'archevêque Antoine Sielawa, prenant la parole, déclara à haute voix qu'il choisissait Josaphat pour son patron et celui de son Ëglise, et qu'il suppliait le Saint-Siège de l'inscrire au nombre des saints. L'évêque de Halicz fit la même déclaration au nom du métropolite et de toute l'ËgUse ruthène ; le recteur du collège des Jésuites, au nom de ses confrères ; le palatin, au nom de toute la noblesse de la province. Le peuple répondait par des acclamations à tous ces témoignages d'honneur rendus à son protecteur et à son père *.

Pour achever de remplir leur mandat, les délégués du Saint- Siège devaient examiner l'état des restes du martyr. Ce fut le dernier acte de l'enquête à Polock. Dès qu'on eut ouvert le tombeau, on s'aperçut que l'humidité avait détruit les vêtements de Josaphat ; mais son corps était dans toute son intégrité, flexible et sans corruption. On eût dit qu'il vivait et respirait encore. Le peuple avait envahi la cathédrale et demandait à voir son archevêque. On s'empressa de revêtir le Saint des ornements pontificaux, et on le plaça sur un trône, assis comme s'il eût été vivant. L'athlète de Jésus-Christ apparut aux yeux de ses enfants, encore illuminé par un dernier rayon de la beauté céleste, que la main de Dieu avait fait éclater miraculeusement sur ses traits. La mort l'avait frappé sans le vaincre. Il était tombé, mais pour cueillir une couronne, ei il se relevait immortel et triomphant. A cette vue, le peuple

t. Act,Commiss. AposL Deposit. P.Rosinskl.— Susza, CursMUMirac, 50. S. Relat, audit. Rot, 1. cit. p. 299.

dePolock fut transporté d*un enthousiasme indicible. L'église retentit de prières, de cris et de sanglots. Tous les accents de la Yoix humaine et tous les élans du cœur se retrouvaient dans ce sublime transport.

L'évéque de Méthone prit la main droite du martyr et lui fit bénir le peuple. Le peuple répondit par un cri unanime, étouffé par des larmes. Alors Témotion des enfants parut gagner les restes inanimés du père. On vit des larmes couler des yeux, de l'archevêque ; et une sueur abondante apparut sur son visage, afin de rappeler les fatigues qu'il avait supportées autrefois pour le salut de ses fils. Des milliers de fidèles furent témoins de ce double prodige.

Les merveilles des anciens âges se renouvelaient dans cette heureuse cité de Polock. Comme les chrétiens de Milan à la translation des martyrs retrouvés par saint Ambroise, les fidèles jetaient au clergé des linges pour recueillir la sueur qui couvrait le visage de Josaphat, convaincus que ces reliques opéreraient plus tard des miracles. L'évéque de Méthoae essuya à plusieurs reprises les joues du martyr. Son cousin, le vice-juge de Polock, Michel Tyszkiewicz, lui présenta un mouchoir et le reçut ensuite de ses mains tout imprégné delà sueur miraculeuse. « J'en distribuai plusieurs morceaux,disait a plus tard ce pieux gentilhomme, à différentes personnes, « spécialement aux membres de ma famille, et toutes les fois a que Tun d'eux ressent une douleur de tête, il la fait dispa- « raitre en appliquant ces reliques sur son front*. »

Après cette exposition publique, quand on remit le corps de Josaphat dans le tombeau, on remarqua qu'il avait laissé son

1. Ce prodige fut attesté juridiquement dans Tacte de visite du corps de Josaphat. Y. Relat, audit. Rot, p. iv., 1. cit., p. 302. — Nous en trouvons encore la mention dans les actes du second procès.

« Vidimus omnes corpus servi Dei cum esset omnibus ad videndum « expositum sudasse in fronte et oculis. Rogavi tum prœsens 111. RR. D. « Georgium Tyszkiewicz nepotem meum, tune episcopum Methonensem* « nunc autem Samogitiae, ut strophiolo meo sudorem abstergeret. Âhs- « tersit ille, ego quidem illud decentissime observana, postea in diverses « maxime vero inter familiares meos distribui, qui in quotidiano usa o habebantf ut quandocumque aliquis iilorum capitis sentit dolorem, postf quam particeUam sudarioli illius capiti appllcat, statim dolorem ainit* a tat. » Ad, Commiss, Apost. Deposit. Mich. Tyszkiewicz. — Susza, Miracui n. 65, 66, 67.

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