‹ Un apotre de l'union des eglises au XVII siecleChapitre 96 sur 316 · CHAPITRE III. — COKVKRSION DE MÉLÉfïUS SMOTRYCKI · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — COKVKRSION DE MÉLÉfïUS SMOTRYCKI

le titre d'administrateur de l'Église de Chelm, et remit le gouvernement du diocèse de Lithuanie à son coadjuteur Korsak. En même temps, avec ce désintéressement qui fut toujours un des traits de son noble caractère, le généreux prélat confia le soin desamense archiépiscopale k un moine basilien, en lui ordonnant d'en consacrer tous les fruits à la fondation du séminaire. Rutski ne gardait.pour lui et pour sa famille épiscopale que les modestes revenus de Tévêché de Chelm.

Après un séjour de quelques semaines dans sa nouvelle Ëglise, Rutski voulut voir par lui-même l'état des deux diocèses de Wolhynie. Il vint à Luck célébrer les fêtes de Noël ; et dans les premires jours de janvier 1627, il commença une visite générale des églises de Luck et de Wlodimir. Un de ses premiers soins fut de se mettre en rapport avec les principaux seigneurs du pays. L'ancienne aristocratie ruthène avait conservé une grande partie de son prestige en Wolhynie, et ses chefs pouvaient rendre d'immenses services à TËglise uniate. Les plus puissants étaient les ducs d'Ostrog Zaslawski, Janus, palatin de Wolhynie, et son fils Alexandre, palatin de Braclaw.

Derniers rejetons de la famille princière d'Ostrog, ils exerçaient dans tout le pays une influence sans rivale. Le père avait longtemps pratiqué le rite grec, comme ses ancêtres ; mais en se convertissant à la foi catholique, il avait embrassé le rite latin et l'avait fait suivre k son fils. Alexandre Zaslawski avait reçu une de ces fortes éducations, qui préparaient les jeunes seigneurs polonais aux affaires publiques presque dès le berceau. Il avait étudié dans sa jeunesse les lettres, la philosophie, la politique, la théologie, et la pratique des hommes ayant ajouté l'expérience à ce vaste savoir, ce seigneur passait à bon droit pour une des lumières du sénat polonais. L'extinction de la postérité masculine du prince Constantin Ostrogski l'avait rendu héritier d'une grande partie de l'immense fortune qui avait servi, durant de longues années, k battre en brèche l'Union naissante ^ Fervent catholique, Zaslawski eût rougi de faire un pareil abus de sa puissance ; mais il ne comprenait pas que Dieu lui avait mis en main cette autorité et ces trésors pour réparer, autant qu'il était en lui,

1. Alexandre Zaslawski avait épousé une des deux fiUes de Janus Ostrogski, fils du prince Constantin, adversaire de TUnion.

le grand crime dont le souvenir pesait sur sa famille comme un signe de malédiction. Etranger aux questions qui s'agitaienl en Ruthénie, il ne pensait pas qu'il eût le moindre intérêt à y prendre part. Bien plus, il avait obtenu de saint Josaphat une faveur signalée, et il restait indifférent à la cause de TUnion.

Zaslawski était tourmenté par la goutte depuis longnes années. Réduit à un état d'infirmité presque complet, il recourut h Tinlercession de saint Josaphat et fut guéri de sa pénible maladie ; mais un nerf de la jambe restait paralysé, et le duc ne pouvait marcher qu'avec l'aide de deux bâtons. Il se recommanda de nouveau à saint Josaphat et recouvra aussitôt la liberté de ses mouvements. « J'ai passé toute une semaine * auprès de lui, écrivait le métropolite quelque temps après « cette guérison, je l'ai toujours vu debout, toujours allant et n venant. Il ne s'asseyait absolument que pour manger. » Afin de témoigoer sa reconnaissance au saint martyr, Zaslawski se mit à porter, contre l'usage du pays, des guêtres très étroites et toujours de couleur rouge ; et comme cette singularité frappait tous ceux qui l'approchaient : c Josaphat, s'empressait-il a de leur dire, le saint martyr des Ruthènes, m'a guéri par la « grâce de Dieu, et je m'habille comme vous voyez pour alm lester à tout le monde le bienfait qu'il m'a accordé ' ». Cet homme si droit et si simple ne s'était jamais dit qu'il pouvait témoigner mieux encore sa reconnaissance, en secondant la sainte entreprise pour laquelle Josaphat avait donné sa vie.

Rutski et Zaslawski s'étaient connus dans leur jeunesse, pendant qu'ils étudiaient à l'étranger. Aussi le métropolite reçot le plus honorable accueil, quand il se présenta au château de Dubno, oCileduc résidait. Profitant des favorables dispositions de son hôte, Rutski l'exhorta avec une généreuse franchisée remplir des devoirs sur lesquels sa conscience s'était trop longtemps endormie. « Vous êtes tenu, lui dit-il, à propager la foi « catholique parmi les Ruthènes. Vous êtes l'héritier des ducs « d'Oslrog,autrefois les princes les plus puissants du royaume, « et les promoteurs du schisme en Ruthénie. Ce sont leurs 0 efforts qui l'ont maintenu. Si vous ne voulez pas qu'on vous m accuse de marcher dans la voie de vos pères» il faut, dans

j. SuBïa, Curs, vit. p. 116. — J. Rutscu, De miraculis S. V. Josaphat atUsiatw.

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