CHAPITRE m. — GOMTBRSION DS MÉlItIUS SHOTRYGKI i
M dans Féternité à ceax qui instruisent leurs frères dans la « justice, qu'arrivera-t-il à ceux qui les instruisent dans Tini- « quitô?
« Vous n'avez voulu qu'une chose^vous concilier la vile mul- € titude et lui inspirer la haine de l'Église romaine. Il ne vou» « en reviendra rien de plus. S^il est honorable d'être loué par «c les hommes sages, il est honteux de l'être par une populace « mobile et insensée. Sa haine contre TËglise romaine est « comme Faboiement des chiens contre la lune. La lumière de « cet astre n'en est pas obscurcie ni son mouvement arrêté. € Il y a seize ans, dites-vous, que vous voyez la profondeur c de votre chute, que vous en gémissez ; que vous pleurez le « sort de ceux que vous avez entraînés dans votre ruine. « Cependant, à plusieurs reprises, vous avez avalé les mêmes c poisons et vous avez parlé hautement, comme si vous triom- « phiez dans le mal.
c Puisque la volonté de Fhomme est, au dire des jurisconc suites, mobile jusqu'à la mort, je voudrais avoir par écrit c l'assurance de la conversion de Votre Paternité. Autrement c je me demanderai toujours en tremblant si j'obtiendrai c le résultat qui. Dieu m'en est témoin, m'est plus cher que « la vie. »
Le duc rappelait ensuite le crime que Smotrycki avait commis contre le roi. Jamais les schismatiques n'avaient songé à se donner des évêques contre la volonté du prince, jamais ils n'avaient cherché à soulever la populace. Après le sacre de Smotrycki,on eut à redouter une guerre servile; les champs de la Pologne furent arrosés de sang; et les gentilshommes furent contraints de tourner contre les paysans de leurs domaines ce fer, dont ils auraient dû se servir ensemble pour la défense de la patrie. Ce sont les lettres de Smotrycki qui ont mis toute la Ruthénie en feu, et dirigé les coups sous lesquels le saint archevêque Josaphat a péri. Un sénateur ne peut admettre parmi ses clients un homme aussi gravement compromis envers le roi.
« Votre Seigneurie va me dire, conclut Zaslawski : c Vous « voulez donc que je sois Uniate? » Sans nul doute, Uniate et « rien autre chose, comme vous me l'avez promis vous-même « devant le P. Cassien et M. Bojarski. Et si Votre Seigneurie « ajoute: « Voulez- vous même que je sois Uniate déclaré? • je
SAINT JOSAPHAT. — tlVRB VI
* l'aimerais mieux. Que vous servira, en eflfet, de connaUreli V vériié si vous ne la défendez, si vous ne la suivez pas? « Cependant je considère que vos écrits seraient en ce ets M moins bien reçus des schismaiiques ; je désirerais donc « qu'après avoir fait une sincère profession de foi catholique, « vous vous cachiez durant quelque temps sous le vêtement
• des schismatiques. Vous agiriez ainsi non par crainte, mais tt parce que vous pourrez amener par ce moyen plus d'âmes « dans la voie du salut. » Le moment viendrait bientôt de se déclarer. Des bruits circulent déjà dans le pays, et danstiB souper chez Tévêque de Luck, le palatin de Kiew disait, devant plus de deux cents personnes, que Smotrycki apportait d'Orîeni la paix tant désirée par les Ruthènes.
Zaslawski terminait sa lettre par les plus pressantes exhortalions, que sa foi et son cœur pouvaient lui suggérer. îl expédia son message le 19 février. Le 23,Smotrycki arrivait à Dubûo4 ses larmes disaient assez quel changement s'était opéré daai son cœur. Il avait passé un jour et une nuit entiers à médilêr les paroles de Zaslawski, et foulant aux pieds les dernières résistances de l'orgueil : « Lève-toi, s'était-il dit comme le pr<h ft digue, et rentre dans la maison de ton père ». Il remercia le duc avec efTusion de Tardente charité qui lui avait inspiré sa lettre, et reconnut la vérité de tout ce qu'elle contenait. 11 a von* de nouveau ses crimes avec toutes les marques d'une contrilion sincère. La plus cruelle mort n'eût pas été à ses yeux uw sactisfaction suffisante pour acquitter sa dette envers la majesté divine. 11 pria le duc de lui servir d'intermédiaire auprès de Rutski, et de déterminer ce prélat à le recevoir au plus nU dans le sein de l'Ëglise romaine.
Transformr par la grâce, Smolrycki avait hâte de se mettre sous la conduite de son pasteur légitime, et de calmer eula par cette soumission les remords, contre lesquels il avait lutté trop loDgtemps. Zaslawski se chargea de lui ménager uoe entrevue avec le métropolite ; mais il fallut attendre quelque mois. Eutski était déjà loin de Dubno, et Smotrycki était appelé k Kiew par le métropolite schismatique Borecki. 11 fallMt obéir k cette invitalioQ, sous peine de passer pour rebelle et tje fairt soupçonner trop tôt un changement qui devait rester ^ret.
Celte conférence de Smotrycki et de son métropolite se rattachait du reste à un plan de négociations que Zaslawski \"mait
GBAPITRK III. -* CONVERSION DE KÉLÉTIUS SXOTRYGKI 185
d*adopter avec enthousiasme. Le conTerti partit doac pour Kiew, mais en promettant de revenir par Dubno, où Rutski se trouverait pour recevoir son abjuration.
Zaslawski s^était empressé d'annoncer au métropolite la conversion de Smotrycki. Le prélat écrivit au duc, le 3 mars, de Bialopol, domaine de l'évéché de Chelm, pour lui témoigner sa reconnaissance et sa joie, c J'espère fermement, lui disait-il, « que la fin de cette affaire répondra à nos désirs. Mais je ne « puis ni ne veux rien ajouter, sinon que je me tiendrai prêt à « tous vos ordres et que je me rendrai auprès de vous aussitôt <c que vous m'y inviterez. » LMntention du métropolite était d'exiger de Smotrycki une profession de foi catholique, et de l'admettre ensuite sans retard à la communion de TËglise. Il était même disposé à lui laisser tous les honneurs de Tépiscopat, jusqu'à décision contraire du Saint-Siège.
Smotrycki ne fut de retour à Dubno qu'au mois de juillet. Rutski était alors à Lublin, pour l'assemblée du tribunal suprême des pays de la couronne. Zaslawski lui envoya un carrosse fermé, afin qu'il put voyager sans être reconnu,et l'avertit de faire diligence. Le 6 juillet, le métropolite arrivait à Dubno, accompagné seulement d'un moine et d'un domestique. Il fut introduit si secrètement dans le château, que les serviteurs eux-mêmes de Smotrycki ne s'aperçurent pas de sa présence.
L'entrevue de Rutski et de son ancien adversaire fut courte et décisive. Smotrycki n'était plus ce théologien, fier de sa réputation et ébloui par, une demi-science, avec lequel le métropolite discutait autrefois à Vilna, mais un pénitent que la grâce avait terrassé. Dès les premières paroles, Rutski lui proposa de faire la profession de foi imposée aux Grecs par Grégoire XV. Smotrycki demanda quelques explications d'un ton humble et docile ; et aussitôt que Rutski les lui eut données, il fit immédiatement entre ses mains profession de la foi catholique* Rutski l'interrogea ensuite sur son ordination, et lui demanda si Théophane, qui l'avait consacré, était revêtu du caractère épiscopal. Smotrycki affirma, sous la foi du serment, que cet homme était réellement évéque, et que sa propre ordination, quoique illégitime, était cependant valide. Puis il se confessa au métropolite avec des signes d'une vive contrition. Rutski le délia des censures qu'il avait encourues, et le reçut dans le sein de l'Église catholique. Smotrycki écrivit
186 SAINT JOSAPHAT. — LlTftE
ensuite et signa de sa main sa profession de foi, qui fut remise au duc et déposée par lui dans les archives de sa maisoa, comme un monument de ce triomphe inespéré de la grâce.
Smotrycki avait hâte d'implorer le pardon du Souverain Pontife qu'il avait tant offensé. Il lui écrivit le jour même : « Tiré d*un abtme de misères, me voici, lui disait-il, prosterné, X pieds et mains liés, aux genoux de Votre Béatitude, lut bai- (t fiant humblement les pieds. Sans plus chercher de détours, « abjurant le schisme et Thérésie, je vous rends obéissance. « n'ayant qu'une parole à vous dire : « Mon père, fax pécld « contre le ciel et contre votis I Je ne suis pas digne d'être appeU « voire fils*. » Mais vous, Très Saint Père,pardonnez^mDÎ tout t ce que j'ai pensé, tout ce que j'ai dit, tout ce que j'ai écrit « contre vous, contre le siège de Pierre, contre !a foi catho- € lique romaine. Je veux tout rétracter sans honte, avec Taids tf de Dieu, afin d'effacer mon péché et d'obtenir la grâce, et la « vie qui vient de Dieu par vous, Très Saint Père. Daignez mf m traiter comme un de vos mercenaires. Mon seul désir es^ « que, disant comme David pécheur, du fond de T&me : m J'ai péchiy Seigneur », j*entende comme lui et de votre 41 bouche, Très Saint Père : « Le Seigneur a enlevé de toi ion péché* ».
Smotrycki écrivit en môme temps au cardinal Bandini, prolecteur des Ruthènes. « Je vous supplie, lui disait-il, de m'ac- « cueillir au nombre de vos clients ; et je promets en vot re per- « sonne, au Saint-Siège apostolique, de réparer, avec tont li M zèle dont je serai capable, les maux que j'ai causés à TÊgUse ff de Dieu. Plaise au Ciel qu'il me soit donné de jeter en e!l4 « quelque bonne semence, ne serait-ce que par l'efiTusion ûb 4 mon sang 1 »
Le métropolite voulut que Zasiawski annonçât lui-même lu Pape cette conversion, à laquelle le pieux duc avait travaillé avec tant de zèle. • J'amène à Votre Sainteté, disait le prince, a un trophée de ma chasse, une béte féroce que j'ai domptée. « Prosterné avec elle aux pieds de Votre Sainteté, je la prie « de recevoir Mélétius Smotrycki dans les bras de la sainte m Ëglise, comme un fils prodigue revenu d^un pays lointain,
!> Luc.XT, 18.