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CHAPITRE DOUZIÈME

RÔLE DU CALUMET CHEZ LES SAUVAGES. La BlBLE

DES INDIENS. NeNABO JU. Le DELUGE. La

chute. — La confusion des langues. — L'homme DANS LA BALEINE. La MANNE DE VIANDE. —

La fête du soleil. — Le sommeil de la Vestale.

Souvent déjà, nous avons parlé du fameux calumet de paix, dont le rôle est le même chez les différentes tribus indiennes. Les sauvages préfèrent se priver de nourriture plutôt que de la fumée du tabac: c'est le plus goûté de leurs passe-temps. Si la maladie contraint l'un d'eux à laisser le calumet, on peut le dire condamné et personne ne s'attend plus à sa, guérison. Si le tabac manque, à son défaut, on se sert de certaines écorces et de racines broyées.

Dans toutes les cérémonies des sauvages infidèles, le calumet joue un rôle important, et dans le calumet, c'est le tuyau qui possède la vertu supérieure. Ce tuyau est un tube de deux à trois pieds de long que l'on a soin d'orner de plumes d'oiseaux et qui s'adapte à un grand vase de pierre rouge ou noire. Lorsque le calumet n'est pas en service, on l'enveloppe d'une étoffe précieuse et il est porté dans les processions par les chefs les plus anciens. On ne l'exhibe que dans les grandes circonstances et lors-

qu'il s'agit de conclure la paix. Quand, dans une grande assemblée, on présente le calumet, on l'encense d'abord de la fumée d'herbes odoriférantes et après l'avoir tourné vers les quatre points cardinaux, on en fait hommage au soleil, puis on le tourne vers la terre qui a la vénération seconde du peuple. Viennent ensuite les discours pompeux relatifs au calumet et aux dieux. Enfin, chacun des assistants tire à son tour quelques bouffées du précieux talisman.

A ce propos, nous rapporterons quelques légendes traditionnelles qui sont le fond des croyances indiennes au sujet des premiers temps de l'humanité. Les titres en sont déjà caractéristiques : Nenaboju, ou le premier homme; le déluge, et ses variantes; les diverses personnifications de Noé; la chute de l'homme; la tour de Babel; Jonas; la manne de viande; Y homme-nature . . .

Chez tous les peuples on trouve ainsi des poèmes, des légendes, des traditions, restes évidents d'une croyance primitive découlant de celle que la Bible nous a transmise dans son intégrité . Comme on va le voir, les indiens ne diffèrent point des autres peuples infidèles.

Selon la Bible, le monde a commencé une première fois avec Adam, puis une seconde fois avec Noé après le déluge universel. Or, les sauvages ont des légendes typiques de ce double fait. La première création est enveloppée d'obscurité et se fond avec la seconde qui est une reproduction à peine défigurée de l'histoire de Noé, s'il faut en croire les récits de Mgr Laflèche et du père Lacombe, reproduits dans l'excellent ouvrage de M. le juge Routhier: "De Québec à Victoria". Les deux grands apôtres des indiens tenaient ces récits de la bouche même des conteurs sauvages.

Voici d'ailleurs le texte même de M. Routhier:

"Le premier homme, qui se nommait Nenaboju, était dans une loge, sur les eaux. Il n'y avait pas de terre; il avait avec lui, dans sa loge, tous les animaux.

"Mais il s'ennuyait fort dans cette maison flottante et il aurait bien voulu voir la terre. Il fit donc venir le rat musqué et lui dit: Tu vas plonger jusqu'au fond de la mer, et tu vas me rapporter un peu de terre.

"Le rat musqué plongea, mais il fut suffoqué avant d'arriver au fond. Revenu à la surface, et ravivé par Nenaboju, il lui raconta qu'il n'avait pu atteindre le fond de la mer.

"Alors Nenaboju demanda au castor de plonger à son tour et quand l'industrieux amphibie revint sur l'eau, il avait perdu connaissance, comme le rat musqué, mais il tenait un peu de terre dans ses pattes.

""Nenaboju prit cette terre et souffla dessus. Alors cette poignée de terre se mit à grandir et devint une île très étendue ; et le souffle mystérieux continua de la dilater jusqu'à ce qu'elle fût aussi vaste qu'un continent.

"Alors Nenaboju mit un loup hors de la loge, et lui dit de faire le tour de la terre, et de constater si elle était assez grande.

"Après une absence plus ou moins prolongée, le loup fit rapport que la terre était encore trop petite. Nenaboju continua donc à souffler sur elle, et quand le loup fut renvoyé en observation, il ne revint pas.

"Alors Nenaboju ouvrit la loge et fit sortir tous les animaux.

"Il y a là, continue M. Routhier, une histoire à peine altérée du déluge; mais en même temps, le souffle de Nenaboju semble être une simple variante du souffle de Dieu créant l'homme, ou de l'Esprit de Dieu flottant sur les eaux dans les jours de la création."

"Le père Petitot, ancien missionnaire du Nord-Ouest, a raconté la même histoire dans son livre des " Traditions anciennes du Canada-Nord-Ouest". Les variantes sont légères.

"L'homme s'appelle Kanian le Sensé et c'èst un grand radeau qu'il a construit pour sauver de l'inondation sa femme, son fils, et des couples de tous les animaux. Les plongeurs, envoyés pour ramasser un peu de terre au fond de la mer, sont le rat musqué et le castor; mais c'est un renard et non un loup que Kunian envoie explorer la terre.

"Cet actif quadrupède fait sept fois le tour de la terre, et ce n'est qu'au septième tour qu'il fait rapport que la terre est complète.

" Les sauvages du Grand-Lac-des-Ours ont une autre version dont le début est plus original :

"C'est un vieillard qui a chassé ses deux enfants de sa présence, et qui habite un détroit unissant deux mers, vers le nord — évidemment le détroit de Behring — L'abîme gronde, une pluie torrentielle tombe et l'eau des mers envahit la terre.

"Le vieillard se tient debout sur le détroit, chacune une de ses jambes posée sur l'une et sur l'autre rive; il repêche les animaux qu'il replace sur la terre ferme. Mais l'eau montant toujours, il fait faire un radeau, et y place un couple de chaque espèce d'animaux. Après des plongeons infructueux de la loutre et du castor, c'est le rat musqué qui rapporte un peu de terre. Sous le souffle du vieillard, la poignée de terre grandit et devient un monde dont le corbeau va mesurer l'étendue.

"Chez quelques tribus, l'histoire du déluge est plus ou moins mêlée à d'autres faits consignés dans la Bible, et plus ou moins dénaturés par les légendes. Au début de l'une d'elles, le conteur décrit un île au milieu de la-

quelle s'élève un grand arbre où sont suspendus les biens et les maux. C'est évidemment l'arbre de la science du bien et du mal. Puis vient la description du déluge à la fin duquel Etsié. — le grand-père — envoie la tourterelle à la recherche de la terre. Après une première course infructueuse, elle s'envole de nouveau, et revient portant dans ses pattes un bourgeon de sapin vert.

"Une autre légende du déluge commence par l'histoire de Jonas :

"Un jeune homme a été avalé par une baleine, et sa sœur, restée sur le rivage, se lamente et pleure. Au bout de trois jours, le monstre reparaît, et du fond de ses entrailles, une voix lui crie: O ma sœur, jette au gros poisson un de tes souliers; retiens-en les cordons dans tes mains et tire moi d'ici ... -

"La jeune fille lance un de ses souliers que le monstre avale, et, en tirant les cordons à elle, sauve son frère qui s'y était accroché. Mais la baleine courroucée, frappe la mer de si formidables coups, que des vagues immenses se soulèvent et submergent toute la terre.

"Le merveilleux événement de la Tour de Babel est consigné dans un autre récit des sauvages montagnards:

"Après que le vieillard eut refait la terre, les hommes, dit la légende, se réfugièrent sur une montagne, et ils y construisirent quelque chose de rond et de tubulaire, semblable au tuyau d'un poêle, mais très vaste et très haut.

"Si l'inondation arrive encore et envahit la terre, nous nous réfugierons dans ce fort élevé, se dirent-ils. Mais des voix terribles, qui sortaient de la montagne, se moquaient d'eux et disaient: Voilà que votre langage n'est plus le même! Puis la montagne s'entr'ouvrit, s'affaissa, et il n'y eut plus qu'une plaine vaste et morne.

"Nous retrouvons encore dans ces légendes recueillies par le père Petitot des récits plus ou moins incohérents

de la chute de nos premiers parents, du meurtre d'Abel, de la manne tombée du ciel.

Voici comment est décrite la douleur qui suit la chûte :

" L'homme et la femme jouent au bord du ciel; ils sont joyeux. Tout à coup, ils se prennent à gémir: Nos enfants ! Hélas ! . . . Nos enfants ! Hélas ! Hélas ! . . .

"Depuis lors, on meurt sur la terre, et c'est parce qu'ils surent que l'homme allait mourir, que l'homme et la femme se mirent à pleurer.

"Quant à la manne tombée du ciel, ce n'est pas une farine dont on puisse faire du pain: les sauvages n'ont connu le pain et la farine que par leurs relations avec les blancs. Ce sont de petits morceaux de viande dont une mesure pleine tombait chaque matin et que la tribu ramassait pour se nourrir.

La chute de l'homme est racontée de bien des manières plus ou moins absurdes. Celle qui se rapproche le plus du récit biblique raconte "qu'au commencement, le vieillard Tchapervi avait deux enfants mâles auxquels il avait dit: Voici devant vous une quantité prodigieuse de fruits, dans ce pays, que je vous donne. Vivez heureux et croissez, multipliez-vous, chassez où bon vous semblera. Mais prenez bien garde d'observer ceci: Ne mangez jamais de fruits blancs -verts-. Or le frère cadet porta la main aux fruits blancs, et ils en mangèrent tous les deux.

" Alors le vieillard les chassa loin de lui et les relégua dans cette petite île qu'on appelle Nau, - la Terre, - pour qu'ils y vécussent malheureux.

"Suivant une vieille tradition indienne, recueillie par Mgr Taché, la faute originelle aurait été commise par la première femme, et aurait consisté dans le vol d'une vessie pleine de graisse de moelle. Cette graisse de moelle est très appréciée par les sauvages et sert à plusieurs usages.

"A cause de ce larcin commis par la première femme, les sauvages se croient justifiables de maltraiter leurs femmes et de les condamner aux travaux les plus durs.

"Un jour, dans une fête religieuse, Mgr Taché, s'adressant à un auditoire sauvage, leur parla de la sainte Vierge et de la grande part qu'elle a prise dans l'œuvre de la rédemption du genre humain. Après le sermon, un vieux chef vint le trouver et lui dit: Ainsi donc, tu veux que nous traitions mieux nos femmes ?

— Je ne vous ai pas parlé de vos femmes du tout, dit l'évêque un peu étonné.

— Mais oui, reprit le chef, si la seconde femme a réparé la faute de la première, il n'y a plus de raison pour nous de traiter durement l'autre sexe.

"Il y a encore dans l'œuvre du père Petitot d'autres légendes qui rappellent, plus ou moins vaguement, au milieu de beaucoup de fables absurdes, la création, le serpent séducteur de la femme, la circoncision, la Trinité divine, diverses incarnations bizarres et ridicules, quelques mythes de l'ancien polythéisme asiatique et d'étrange métempsycoses.

"Comme on le voit, il y a en tout cela d'importants témoignages de l'origine commune et unique des hommes, ainsi que des croyances et des traditions primitives.

" Comment seraient venus d'Asie en Amérique leurs premiers ancêtres ? . . . les indiens de l'ouest ne répondent à cette question que par des fables et des légendes. D'après l'une d'elles, la première mère de leurs pères aurait passé à gué le détroit de Behring; suivant une autre, ce serait une femme-castor qui aurait traversé la mer à la nage.

"Une coïncidence assez curieuse. Le long du fleuve Mackenzie, certaines tribus du nord se nomment les hommes-chiens; et il y a dans une île du Japon une race

qu'on appelle les Aïnos et qui racontent avoir un chien pour premier ancêtre.

"Mais ce qui est un problème difficile pour les indiens n'en est pas un pour nous; et, dès les âges les plus reculés, la navigation était assez développée pour que les mers n'aient pas été un obstacle infranchissable à la diffusion des races."

Tout le monde sait que les indiens se figurent le ciel comme un beau pays de chasse où abondent le buffle et les autres animaux. L'enfer, ils le voient comme une région froide, inculte, sans gibier, où l'on a toujours faim sans pouvoir jamais se rassasier, toujours soif, sans pouvoir se désaltérer, et où l'on ne peut mourir.

Ceci dit assez qu'ils croient à l'immortalité de l'âme comme ils croient à deux principes ou esprits: l'un bon, l'autre mauvais. S'ils souffrent, c'est à l'esprit mauvais qu'ils s'en prennent et s'efforcent de le mieux disposer par des sacrifices quelquefois sanglants. S'ils sont heureux, c'est à l'esprit bon qu'ils le doivent, et ils guident leurs sacrifices selon l'action du bon ou du mauvais esprit. Leur morale est fort simple et ne contient guère que trois préceptes fondamentaux : ne pas tuer, ne pas voler, ne pas se mettre en colère.

Ces pauvres enfants des bois et des plaines ne sont pas dépourvus de qualités physiques et intellectuelles; on trouve parmi eux des hommes superbes, pleins de noblesse et de fierté, aux yeux brillants d'intelligence, aux membres musclés d'athlètes.

Puisqu' aussi bien nous avons été entraîné à parler des coutumes des sauvages, terminons ce chapitre par le récit de leur fête du soleil, tel que nous l'a fait le père Lacombe qui la vit plusieurs fois célébrée chez les Pieds- Noirs.

Chaque année, durant la belle saison, toute la tribu s'assemble dans un lieu solitaire, désigné à l'avance par le chef, pour y exécuter la danse du soleil: cette danse n'est qu'une suite de cérémonies symboliques et superstitieuses que nous passerons sous silence pour leur peu d'intérêt. Seule, au temps du père Lacombe, la tribu des Pieds-Noirs avait conservé, dans leur intégrité, ces cérémonies aux rites étranges considérées chez eux comme obligatoires.

A l'époque fixée, les sept ordres de la hiérarchie militaire et sacerdotale prennent en main le gouvernement du camp sous l'autorité du grand-prêtre du soleil. Dès lors, nul ne peut abandonner le camp avant que la fête soit terminée. Cette fête dure plusieurs jours, et un temps considérable est employé aux préparatifs de la grande solennité, pendant lequel tout le monde est mis à contribution pour l'apprêt des nombreux festins qui vont se succéder.

Quatre jours avant la nouvelle lune de juillet, la tribu suspend sa marche et l'on campe dans un endroit propice; pendant ces jours toute chasse est interdite. Des détachements de soldats veillent jour et nuit pour faire observer les ordres du grand-prêtre qui va jusqu'à prescrire force jeûnes et bains de vapeur. Pendant ce temps de pénitence, lui-même, avec son conseil, désigne la vestale qui doit représenter la lune à la fête du soleil.

Cette vestale est choisie parmi les vierges, ou parmi les femmes qui n'ont eu qu'un mari, et dans ce cas, celle qui est nommée a dû s'abstenir de cohabiter avec son époux depuis un certain temps. Si, après la fête, on venait à s'apercevoir qu'elle a rempli les fonctions de vestale sans être dans les conditions requises, elle serait mise à mort, et toute sa famille exposée aux justes représailles de la nation.

Le troisième jour des préparatifs, après la dernière purification terminée, on construit le temple du soleil, pendant que le grand-prêtre lie le fagot sacré, Ekestokisim. C'est un faisceau composé d'une centaine de petites branches de bois sacré recouvert d'une peau de buffle. Le temple est une hutte circulaire de branchages de 150 à 200 pieds carrés. Au centre le poteau sacré qui soutient le toit et tout au haut de ce poteau, le fagot sacré. L'entrée du temple est à l'orient et la sortie au couchant. Au fond, est le sanctuaire appelé terre sainte. C'est là qu'on élève l'autel, d'un pied carré environ, tout entouré de plantes odoriférantes. Sur cet autel, et tout près de la place réservée à la vestale, on dispose une tête de buffle peinte en rouge et en noir.

Le moment venu de la fête, le grand-prêtre, la vestale, et toute la nation se rendent processionnellement au temple au son des instruments de musique en usage chez les indiens. On plante le poteau sacré à grand renfort de cérémonies burlesques, et on allume le feu sacré. Dès que le soleil se montre à l'horizon, tout le monde se jette à terre en poussant de grands cris. Alors la vestale allume au feu sacré le calumet, et le grand prêtre offre ses hommages d'adoration au soleil auquel il demande protection pour tout son peuple. Il impose ensuite les mains sur les mets qui doivent servir au repas de l'assemblée et présente au soleil une des langues de buffle qui doivent être servies à ce festin. Il la dépose sur l'autel, pendant que la vestale sort du temple et distribue à chaque sauvage sa part de victuailles. Cette tâche accomplie, elle quitte ses mocassins, se jette sur le lit préparé et dort le sommeil de guerre, Okân, ou du moins fait semblant de dormir. Dès ce moment, un vacarme épouvantable se fait entendre: Ce sont des chants, des cris, des hurlements qui augmentent d'intensité jusqu'à ce que tous aient pris place dans le

temple. Les génies, sorciers ou hommes de médecine, s'avancent à tour de rôle et commencent solennellement les harangues disant les hauts faits d'armes de la nation. Chacun vient ensuite faire au soleil l'offrande de ce qu'il a de plus précieux. Les sept ordres de soldats exécutent leurs danses et racontent leurs exploits. On les applaudit à outrance, cela va de soi. Lorsque le dernier a rempli son office, les musiciens entonnent le chant du départ, battant la mesure à coups redoublés sur les tambours de combat.

Alors apparaît le chef, monté sur son coursier de guerre, le visage horriblement tatoué, la tête couverte d'un diadème fait de plumes d'aigle, la taille ceinte de trophées de chevelures enlevées aux ennemis. Il frappe le poteau sacré et fait quatre fois le tour du temple, en exécutant son chant de triomphe. Ses guerriers redisent sa bravoure. On l'applaudit, on lui offre des présents. D'autres chefs viennent à leur tour recevoir les mêmes hommages.

Ces sortes de cérémonies durent plusieurs jours pendant lesquels les offrandes faites au soleil sont exposées en ex-votos. Les tortures et les supplices que s'infligent ces pauvres sauvages en l'honneur du dieu-soleil surpassent tout ce que l'on peut imaginer. Ils vont jusqu'à se couper un doigt de la main. Ils se font sur le corps des incisions larges et profondes dans lesquelles ils passent des courroies liées au poteau sacré. Ils se suspendent ainsi ou dansent jusqu'à ce que les lambeaux de chair se déchirent. Malgré les plaies affreuses et le sang qui ruisselle, ils semblent ravis de joie et adressent au soleil cette prière:

"Mon père et mon ami, tu vois que je ne suis pas avare de mon corps; mais de ton côté, fais que je sois heureux et fortuné dans le chemin de la vie ! Je te demande de m'accorder de longs jours et de me conduire à la

vieillesse!. . . Daigne aussi penser à mes enfants: ne les fais pas mourir jeunes!. . . Accorde-nous à tous de gros troupeaux de chevaux et de buffles, afin que nous puissions faire la chasse et nous nourrir de tes dons."

Le sommeil de la vestale, qui a duré tout le temps des sacrifices, cesse au temps fixé. Elle active le feu sacré au moyen d'herbes odoriférantes, en présentant de temps en temps le calumet au eoleil, son époux, car elle, la lune, est considérée comme l'épouse du soleil. Le grand-prêtre quitte sa place et vient trouver la vestale qui lui communique le rêve qu'elle est censée avoir fait pendant son sommeil. Ce rêve est considéré comme un oracle et solennellement rendu public au son du tambour.

Sur le soir du quatrième jour des fêtes, lorsque le soleil est sur le point de disparaître à l'horizon, le tout se termine par de longues prières et des chants variés . . .

"En étudiant les usages et la religion des indiens, deux choses m'ont toujours frappé, dit le père Lacombe. La première est de voir comment le démon, qui domine et règne en maître sur eux, prend soin de leur laisser ignorer les peines de l'autre vie. En second lieu, c'est de voir qu'une sorte de malédiction semble peser sur eux, surtout sur les Pieds-Noirs, qui conservent, en dépit de tous les efforts des missionnaires, une manière de vivre et des mœurs si grossières."

" Malgré tout, ajoute-t-il, on les aime, ces pauvres Pieds-Noirs; ils sont si dignes de pitié, avec leurs absurdes superstitions et leurs pratiques idolâ triques ! Le grand obstacle qui semble s'opposer le plus à leur conversion, est leur attachement frénétique au culte de leur grande divinité, le soleil, lequel donne lieu à des fêtes païennes qu'ils ne veulent pas sacrifier."

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