‹ Un apôtre du Nord-Ouest CanadienChapitre 20 sur 57 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

Louis Riel: son rôle dans le soulèvement des Métis. — Mgr Taché ne veut pas se laisser jouer. — Le père La combe refuse d'intervenir.

— La cure de Sainte-Marie de Winnipeg. — La première locomotive. — Les amis du père Lacomre: M. Hill, lord Strathcona, M. Luxton.

— Une exécution capitale.

Après de longs mois passés en Europe, le père Lacombe, dont la santé un peu compromise lors de son départ donnait quelques inquiétudes, reparaissait à Montréal plein de vigueur, de force, et encouragé par les grâces que Dieu s'était plu à répandre sur les oeuvres confiées à sa sollicitude.

Cependant, il ne pouvait cacher sa joie en remettant le pied sur la terre natale, et il lui tardait de revoir ses amis et ses "chers sauvages" du Nord-Ouest.

En arrivant à Montréal, il eut le plaisir d'y rencontrer son vénérable et vieil ami, Mgr Taché, archevêque de Saint-Boniface, venu pour conférer avec le gouvernement au sujet de l'amnistie promise aux agitateurs de 1869-70; et plus particulièrement pour traiter de l'affaire de Riel, chef du gouvernement métis, qui s'était porté candidat au siège vacant au Parlement fédéral pour le comté de Provencher.

Cette affaire est connue de tous. Néanmoins nos lecteurs nous permettront de la rappeler brièvement en nous servant de l'ouvrage du révérend père A. G. Morice, o.m.i. Dictionnaire historique des Canadiens et des Métis français de VOuest.

"Le chef des métis de la rivière Rouge et du Nord- Ouest est Thomme le plus remarquable de sa race. Il naquit à Sain t-Bonif ace, le 22 octobre 1844 de J. L. Riel et de Julie Lagimodière, fille de la première canadienne de T Ouest. Mgr Taché remarqua de bonne heure les qualités d'esprit et de cœur du jeune métis; et, grâce à la protection de madame Masson, mère de l'honorable L. R. Masson, plus tard gouverneur de la province de Québec, il l'envoya, en 1858, au collège de Montréal, où il fit ses humanités. Louis eut le malheur de perdre son père en 1864, au moment où il commençait son cours de philosophie. Comme il était l'aîné de onze enfants, dont neuf vivaient encore, il dut rentrer dans ses foyers l'automne de cette même année, après avoir passé quelques mois à Saint-Paul et à Saint- Joseph (États-Unis). Il s'établit à Saint- Vital, sur la ferme de son père qu'il remplaça comme chef de la famille jusqu'en 1869.

"C'est alors que commença sa carrière publique qui fut mouvementée et eut un dénouement si tragique. Les anciennes provinces du Canada venaient de s'unir sous un gouvernement central, et elles ne cachaient pas leurs intentions de s'adjoindre tous les territoires adjacents de l'Amérique anglaise. La nouvelle confédération avait même acheté de la compagnie de la Baie d'Hudson les districts de la rivière Rouge et du Nord-Ouest, sur lesquels celle-ci avait jusque-là exercé sa juridiction, et cela, sans prendre la peine 'de consulter les habitants. Elle y avait déjà envoyé des agents qui arpentaient pour les colons qu'on se proposait d'y amener d'Ontario, les terres

des métis que l'on devait, disait-on, chasser du pays, ou réduire au rôle de charretiers pour les émigrants anglais. Un gouverneur avait même été nommé, dans la personne de M. William MacDougall, ancien ministre du gouvernement fédéral, lequel ne devait pourtant entrer en fonctions qu'au transfert du pays au Canada qui se fit en juillet 1870.

"Il fut donc résolu de mettre un terme aux opérations de ses représentants, et d'empêcher MacDougall lui-même de se rendre à son poste avant d'avoir reçu des garanties sérieuses de justice et de bon vouloir de la part des autorités d'Ottawa. Le premier acte de protestation contre les empiétements du Canada eut lieu le 11 octobre 1869; et, dès l'origine, ce fut Riel qui en assuma la responsabilité. A la tête d'un parti de 18 métis non armés, il intima à M. Webb l'ordre de discontinuer l'arpentage des terres appartenant aux métis. Le 17 du même mois, il éleva près de la rivière Sale, dans la paroisse de Saint-Norbert, une barrière sur le chemin public; il la fit garder par des hommes armés qu'il chargea d'arrêter tout représentant d'Ottawa qui voudrait la franchir. Puis, comme on savait que MacDougall s'était fait accompagner par une quantité d'armes et de munitions pour ses partisans, qui l'avaient devancé dans l'Assiniboia, on lui fit défendre, quatre jours après, de pénétrer dans la colonie. Celui-ci envoya alors son secrétaire, M. J.-A.-N. Provencher dont le- nom, pensait-il, devait lui servir de passeport. Mais il fut arrêté à la barrière de Saint-Norbert le 1er novembre 1869, ainsi que le fougueux capitaine Cameron, qui avait tenté vainement de franchir l'obstacle, et dut retourner à Pembina, où se trouvait son maître.

"Le lendemain, Riel s'empara du fort Garry, d'où il lança une proclamation invitant la population de langue anglaise à élire une convention de 12 membres pour aviser,

avec un nombre égal de représentants français, à ce qu'il y avait à faire dans les circonstances. Cette assemblée se réunit au fort Garry le 16 novembre; et, comme le 22, le délégué d'une paroisse anglaise proposait de laisser venir MacDougall, quitte à lui poser ensuite les conditions qu'on jugerait équitables, Riel s'opposa vivement à cette proposition qui cachait un piège, en sorte que, par suite de la différence des intérêts en jeu, le résultat des délibérations fut médiocre.

"Pourtant, Riel fit constamment son possible pour amener l'union de la population des deux langues dans une même protestation digne ei ferme, contre les agissements des envoyés du Canada. Malheureusement, d'autres influences étaient à l'œuvre, qui travaillaient la colonie dans un sens contraire. Se laissant guider par l'antique adage diviser pour régner, le soi-disant gouverneur des nouveaux territoires s'efforçait, par ses agents, d'empêcher les deux races d'en venir à un accord parfait en ce qui concernait sa mission. Un parti d'étrangers, ou de nouveaux colons anglais," de connivence avec MacDougall, resté à la frontière, s'était même fortifié dans la demeure du Dr Schultz, en attendant de pouvoir coopérer avec les recrues que le colonel Dennis levait au nom du pseudo-gouverneur qui venait d'usurper l'autorité royale dans une proclamation publiée au nom de la souveraine, alors que rien ne l'autorisait à pareille mesure. Le 7 décembre, Riel les fit prisonniers au nombre de 45.

"D'un autre côté, comme MacDougall s'était proclamé gouverneur du Nord-Ouest, M. William MacTavish, ci-devant gouverneur de l'Assiniboia, admit lui-même sa propre déchéance, en sorte que, la première autorité étant nulle par le fait de la prématurité, Riel se trouva le seul dépositaire du pouvoir légitime.

"Il en profita pour proclamer son gouvernement provisoire dans un document au ton grave et tout à fait approprié à la circonstance. Puis il songea à grouper et à formuler les réclamations de la population. Il fit une liste des droits dont il exigeait la reconnaissance par Ottawa, comme condition d'entrée dans la confédération canadienne. Ce fut seulement alors, le 25 décembre, qu'il assuma ostensiblement l'autorité suprême qu'il avait en réalité exercée depuis le commencement des troubles. Jusque là, il n'avait voulu agir qu'en qualité de secrétaire général sous -un nommé John Bruce, président nominal du gouvernement provisoire.

"Deux jours après, M. Donald A. Smith, membre influent de la compagnie de la Baie d'Hudson, arrivait en qualité de représentant du pouvoir fédéral, avec mission de s'assurer des aspirations réelles de la population de la rivière Rouge et de la tranquiliser sur les intentions d'Ottawa. Son séjour dans le pays donna lieu à une assemblée générale du peuple, les 19 et 20 janvier 1870. Elle fut aussi l'occasion d'une nouvelle convention composée cette fois de 40 membres, élus en nombre égal par les Français et les Anglais de la colonie. Inaugurée le 25 janvier, elle siégea jusqu'au 11 février suivant. Craignant un piège, Riel se tint toujours sur la plus grande réserve à l'égard de M. Smith. Par moments, sa patience fut aussi mise à une rude épreuve par des députés qui n'avaient pas sa pénétration d'esprit, et il dut parfois se montrer assez autoritaire, ce qui indisposa quelque peu les Anglais contre lui.

"Le résultat des séances quotidiennes de l'assemblée fut l'envoi de trois délégués à Ottawa, où se trouvaient les autorités qui pouvaient seules tout régler. Disons de suite que la presque totalité des demandes formulées par le jeune président et son parti furent accordées, circons-

tance qui devait, à elle seule, lui assurer la reconnaissance du peuple manitobain. Le lendemain de la clôture des sessions, 12 février 1870, Riel fit relâcher 16 prisonniers. Schultz et quelques autres s'étaient évadés auparavant.

" Cependant, bien qu'il n'y eût plus dès lors, d'autre autorité régulière à la rivière Rouge que celle du gouvernement provisoire, des Canadiens anglais, pour la plupart nouveaux venus au pays, ne cessaient de comploter contre son existence. On apprit bientôt qu'une centaine d'entre eux venaient du Portage-de-la-Prairie, sous la conduite du major Boulton, pour se joindre aux Anglais du bas de la rivière, qu'on avait fini par suborner, et attaquer le fort Garry, où se trouvait Riel. Le 15 février, la troupe improvisée passait au travers de Winnipeg, pendant que l'un de ses membres, Thomas Scott, prisonnier qui s'était échappé et s'était fait remarquer par son insubordination dans la captivité, autant que par la violence de ses conseils quand il était libre, cherchait Riel pour le tuer ou en faire un otage. Il le cherchait là où celui-ci avait coutume de se rendre journellement.

"De peur d'être pris ' au dépourvu, le président installa une garnison dans l'évêché de Saint-Boniface, et augmenta le nombre des défenseurs du fort Garry. Ce que voyant, les Anglais se dispersèrent sans bruit, et les métis, se mettant à leur poursuite, en firent 48 prisonniers, entre autres Thomas Scott.

"Exaspéré par ces menées hostiles, qui étaient le fait d'étrangers venus pour tout bouleverser, Riel voulut en finir en frappant un grand coup. Il avait déjà gracié 4 prisonniers condamnés à mort pour trahison par un conseil de guerre; il laissa semblable sentence s'exécuter sur la personne de Scott, qui était connu comme un perturbateur invétéré de l'ordre public, 4 mars 1870. Si ce fut

une faute de la part de Riel, personne ne soutiendra qu'elle eût été sans provocation.

"Cette exécution eut pour effet de désarmer les adversaires, et les choses reprirent alors leur cours normal, d'autant plus que cinq jours après, Mgr Taché, revenu tout exprès du Concile du Vatican, apportait des conseils de paix et assurait la population des bonnes intentions du gouvernement fédéral. Puis, le 20 juillet, le capitaine Butler arrivait à la rivière Rouge, avec le texte d'une proclamation du colonel Wolseley, commandant des troupes, envoyées pour l'installation du nouveau gouverneur, M. Archibald, qui remplaçait M. MacDougall, devenu impossible. Riel fit lui-même imprimer ce document; puis, peu après, comme on lui faisait remarquer que les volontaires d'Ontario en voulaient à sa vie, il quitta le fort Garry un quart d'heure avant leur arrivée et se retira aux États-Unis.

"Sur cette première action politique de Louis Riel, il ne peut y avoir qu'une seule opinion parmi les gens non prévenus. A part la malheureuse exécution de Scott, les résultats en furent pleinement satisfaisants. On peut même s'étonner, à bon droit, qu'un jeune homme de 25 à 26 ans, d'une nature ardente et un peu autoritaire, ait pu guider le pays sans plus de fautes, à travers une crise de laquelle ceux-là seuls étaient responsables qui en avaient voulu vendre les habitants comme un vil troupeau.

"Aussi, ses compatriotes se montrerent-ils reconnaissants de son intervention. Bien qu'il fût proscrit par suite des menées des Ontariens, et malgré les services qu'il avait rendus en levant une troupe de deux à trois cents métis, pour s'opposer aux féniens des États-Unis, en octobre 1871, service dont le nouveau gouverneur lui sut gré, dans une circonstance publique, il fut plusieurs fois élu pour les représenter à Ottawa. Par déférence pour

les conseils de Mgr Taché, il se désista généralement en « faveur de quelque Canadien influent. Une fois même, il procura de cette façon l'élection de Sir Georges-Etienne Cartier, qui avait été battu dans son propre district électoral.

"Si, au lieu de se prononcer en 1871 en faveur de l'autorité établie au Manitoba, Louis Riel avait pris parti pour les Féniens qui voulaient annexer le pays aux États- Unis, il est moralement certain que tout l'ouest canadien, que cette puissance convoitait secrètement, eût passé aux mains des Américains. Agissant de concert avec les étrangers, dont près de deux mille devaient prochainement être congédiés par les entrepreneurs de chemins de fer, à la construction desquels ils travaillaient, et qui auraient été heureux de se mêler à pareille aventure, les métis français n'eussent rencontré qu'une résistance absolument ineffective. C'est ainsi que l'on peut dire que, sous l'nnuence de Mgr Taché qui l'avait sondé à ce sujet, Riel sauva près des deux tiers du Canada actuel à la couronne britannique.

"Mais les sectaires en voulaient à sa vie. Dès le 31 décembre 1870, un juge de paix de la nouvelle province, n'avait pas eu honte de signer un mandat d'arrêt où il était enjoint de lui amener le corps de Riel "mort ou vivant". Puis le gouvernement d'Ontario avait offert une prime de $5000.00 à quiconque procurerait son arrestation et celle d'Ambroise Lépine, pour la part qu'ils avaient prise à l'exécution de Scott. Le 17 septembre 1873, il dut donc de nouveau s'enfuir pour éviter d'être arrêté avec son ex-adjudant, ce qui ne l'empêcha pas d'être élu en janvier de l'année suivante par la circonscription de Provencher. Bien que sa tête eût été mise à prix, il eut alors le courage de se rendre à Ottawa et de signer son nom comme député sur les registres des Communes du Canada. Il en fut officiellement expulsé le 15 avril

1874 et le 24 février 1875, il fut même déclaré "Hors la loi".

C'est un peu avant ces derniers événements que Mgr Taché, accompagné du père Lacombe, se rendit aux bureaux du gouvernement. Le pouvoir redoutait la présence de Riel à la Chambre des Communes à cause de l'agitation qui en résultait dans la province d'Ontario.

Pour prévenir de nouveaux conflits, sir John Mac- Donald et sir Hector Langevin sollicitèrent une entrevue avec l'archevêque de Saint-Boniface, dans l'espoir d'obtenir par son influence que Riel abandonnât la lutte électorale. Ils savaient fort bien l'autorité de l'homme de Dieu sur les métis, et ils ne doutaient pas que Mgr Taché, qui était regardé par Riel et les métis du Manitoba comme leur meilleur ami parmi les blancs, n'eût le pouvoir de les détourner de leur entreprise.

Cependant le zèle et la prévoyance de l'archevêque ne lui firent pas voir les choses sous le même jour, et il crut devoir informer les deux ministres qu'il ne pourrait pas les aider attendu qu'on l'avait trop souvent trompé. Il déclara néanmoins que si le gouvernement lui accordait définitivement l'amnistie pour les métis, au lieu de toujours la différer sur de belles promesses, il se ferait un devoir de tenter ce qu'on lui demandait mais à cette condition seulement.

Cette réponse prit sir John de court: — "Eh! mais les prochaines élections!. . ."

Mgr Taché, peu intimidé par l'épouvantail à politique lui dit nettement :

"Je ne ferai rien pour vous jusqu'à ce que sir John MacDonald m'ait signé une garantie de ce qu'il avance."

Y eut-il jamais requête plus explicite et plus nettement formulée? Le ministre essaie pourtant de tergiverser encore et de gagner sa cause au prix de promesses

dont il ne peut garantir l'accomplissement. Mgr Taché redoute un piège et se montre inébranlable dans sa résolution. Sir John n'osa pousser plus loin. Il se retira confus, se promenant de long en large par les vastes corridors du palais du Parlement, et ne pouvant s'empêcher d'admirer la fermeté de l'archevêque, il se rapprocha de son collègue pour lui faire part de sa déconvenue.

Sir Lange vin à son tour aborda le vénérable prélat, multipliant les promesses et l'assurant pour le cas où sir John ne tiendrait pas sa parole, que lui, sir Langevin, quitterait le cabinet et entraînerait Québec à sa suite pour atteindre son but. Mgr Taché, ferme comme un roc, fit cette seule réponse: "Je ne veux pas votre démission, mais je veux l'amnistie."

Les deux ministres se retirèrent pendant que Mgr Taché et le père Lacombe, le cœur plein de tristesse, reprenaient le chemin de Saint-Boniface avec l'appréhension de nouveaux malheurs, conséquence inévitable de la politique gouvernementale.

Le gouvernement qui succéda sur ces entrefaites à celui de sir John fit les mêmes ouvertures à Mgr Taché, qui répondit encore une fois:

"Donnez-moi l'amnistie promise en 1870 en faveur des métis agitateurs."

Mêmes tergiversations de la part du gouvernement, même persistance de la part du prélat.

Plus tard, l'honorable A. Dorion vint à son tour en appeler au père Lacombe dont il connaissait l'influence sur les métis et les sauvages. Le missionnaire, alors à Montréal, ne voulut pas se mêler de cette grave affaire. Voici ce qu'il écrivait à ce sujet à un ami:

"J'ai réfléchi à ce que vous m'avez dit hier de la part de l'honorable Dorion, sollicitant mon intervention près de Riel pour l'engager à ne pas se présenter aux pro-

chaines élections générales, attendu que ses agissements et son influence seraient très nuisibles au nouveau gouvernement, et que cela lui ferait perdre 25 circonscriptions électorales dans le Haut-Canada, et que d'un autre côté, l'élection de Riel, dans le comté de Provencher, compromettrait de plus en plus sa propre cause et celle de ses compatriotes. Étranger à toutes les révolutions politiques, et ne m' occupant que des intérêts de mes pauvres indiens du Nord-Ouest, je ne m'attendais guère à ce que l'on jetât les yeux sur moi pour accomplir semblable mission. Malgré tout l'intérêt que je vous porte, j'ai pensé que le parti le plus sage pour moi, comme prêtre et missionnaire de ces pays du Manitoba, était de m'abstenir de toute intervention dans les élections. Pour sauvegarder les droits d'une juste cause et les intérêts qui sont en jeu à l'heure qu'il est, j'ai cru que je ne pouvais accepter cette mission sans me compromettre et sans compromettre le clergé auprès des deux partis.

"Il me paraîtrait plus facile pour quelqu'un d'entre vous d'arranger cette affaire avec l'élu du comté de Provencher; dans ce cas, je pourrai, si vous le voulez, vous faciliter une entrevue avec ceux des métis que vous désirerez rencontrer. En agissant ainsi, je suis persuadé que vous réussiriez mieux que moi. Cependant je crains que Riel ne vous réponde ce qu'il m'a répondu dernièrement: — Quel candidat trouverait-on dans toute la confédération qui, élu par acclamation dans son comté, consentirait à se retirer pour ménager les intérêts de ses collègues? Et pourtant, ce candidat ne représenterait pas comme moi un principe de nationalité.

"Certain de ne pas réussir dans la mission dont vous voulez me charger, j'ai cru bon de ne pas l'accepter malgré tout le désir que j'aurais de vous être utile.

"Veuillez ne pas m'en vouloir pour ce refus."

Lorsqu'en 1874, le père Lacombe rencontra Riel à Montréal, il constata avec peine que le pauvre malheureux se trouvait dans un état déplorable d'hallucination mentale. Il avait la crainte continuelle de tomber entre les mains de ses ennemis politiques et d'être assassiné.

Le malade avait été interné à l'hôpital Saint-Jean de Dieu et y demeurait sous une surveillance continuelle. C'est là que le père Lacombe, envoyé pour affaires par son évêque, vint visiter l'infortuné métis. Il va sans dire que l'apôtre des indiens lui accorda toute sa sympathie. Il le fit même transporter un peu plus tard à Plattsburg, N.Y. L'esprit de Riel, clair et lucide par certains côtés, s'obscurcissait complètement à d'autres moments, toujours sur les questions politiques et religieuses, à tel point que, dans ses crises, il s'imaginait être le Saint-Esprit. Son état alors était lamentable. Il n'en fallait pas davantage pour émouvoir de pitié 1' "homme au bon cœur".

Malgré son grand désir de retourner au plus tôt parmi ses Pieds-Noirs, le père Lacombe se soumit encore au désir de son archevêque qui, dans ce moment, appliquait toute son énergie à promouvoir et à encourager la colonisation dans l'Ouest. Le prélat ne pouvait trouver un meilleur agent que le père Lacombe. Sa parfaite connaissance du pays et sa parole véhémente ne laissaient aucun doute dans l'esprit de ceux qui étaient disposés à aller s'établir, avec leurs familles, dans ces pays nouveaux de l'Ouest. Ses efforts furent donc couronnés de succès.

De retour à Winnipeg, le 22 juillet 1874, Mgr Taché lui confia la paroisse de Sainte-Marie dans la banlieue de la ville, où la population augmentait sans cesse. Il lui adjoignit comme vicaire le R. Père Beaudin. Son presbytère était un grand bâtiment à deux étages en solives. L'étage supérieur, auquel on parvenait par un escalier extérieur, tenait lieu d'église.

Le père Lacombe ne trouva pas chez ses nouveaux paroissiens la soumission et le respect qu'il avait toujours rencontrés chez ses sauvages qui, malgré leur profonde ignorance, montraient beaucoup de déférence pour la robe-noire. Ainsi que dans beaucoup de villes, la population mixte de sa paroisse se composait de gens de croyances différentes. Quelques-uns s'étonnaient qu'il portât continuellement la soutane. Comme on lui en fit la remarque, il répondit avec indignation:

"Et pourquoi ne la porterais-je pas? Est-ce que les Oblats n'ont pas assez travaillé à civiliser cette contrée, pour mériter de porter leur costume religieux, et montrer par là qu'ils sont les soldats du Christ ? . . . Est-ce que les hommes de police et les soldats de la reine ne portent pas leur uniforme? Pourquoi ne pourrais-je porter le mien sans qu'on me fasse des remarques ? Oui, mes amis, je le porterai, et personne ne saurait m'en empêcher. Je le porterai parce que c'est mon titre, c'est ma gloire; je le porterai parce que je suis prêtre et religieux."

Malgré les absorbantes sollicitudes de sa nouvelle charge le père Lacombe continuait à s'occuper activement de ses colons. L'année 1875 en vit un grand nombre à la rivière Rouge et dans les autres régions de l'Ouest. L'enthousiasme des nouveaux venus portait les échos au loin, et déterminait des familles entières à venu- prendre possession de ces terres nouvelles qui promettaient tant de richesses. Tous ceux qui ont été assez courageux pour vaincre les difficultés des débuts et continuer quelque temps l'exploitation ne s'en sont jamais repentis.

"Mes compatriotes et amis, disait le père Lacombe, ceux qui constituent la vraie noblesse de notre nouveau pays sont ceux qui défrichent les prairies."

En 1876, aidé de M. l'abbé Fillion et de deux autres prêtres séculiers, le père Lacombe continuait avec la même ardeur son importante œuvre de colonisation. Le succès répondit encore à leurs efforts, puisque, en deux ans, ils parvinrent à fixer 1000 familles canadiennes-françaises venues de la province de Québec et du Massachussets ; toutes s'établirent dans le Manitoba. Ces courageux colons se mirent à l'œuvre avec une énergie vraiment admirable, n'oubliant pas toutefois que leur premier devoir était l'observance de leurs obligations de bons chrétiens.

Un peu malgré son désir, le père Lacombe continuait son ministère dans la paroisse Sainte-Marie de Winnipeg. Un jour, las, accablé, il ne put s'empêcher de déverser le trop plein de son cœur dans celui de son vénérable ami, Mgr Taché:

"Ce travail d'apostolat est bien ingrat, et tous les jours je me prends à regretter mes chers sauvages."

Pendant dix ans, le bon Dieu devait lui demander ce sacrifice de renoncement.

Nous sommes en 1877, et l'œuvre de colonisation continue à progresser dans le Manitoba. Il ne faut pas croire pourtant que les colons s'attachent immédiatement à leur nouveau pays. Au début de toutes les entreprises de ce genre, il y a toujours plus ou moins de déboires inévitables. L'ennui, le désœuvrement, la fatigue des voyages, et quelquefois le découragement rendent le colon quelque peu impatient; de là des plaintes et des murmures, partie de la croix que doit porter le missionnaire au milieu de son troupeau. Quelques-uns, du premier coup d'œil, sentent peu d'attraits pour la solitude de ces immenses prairies, leur nudité, l'absence d'ombrage; d'autres sont déconcertés par la fréquence des averses; ces terres fécondes et fertiles se détrempant comme de la pâte sous la pluie, leur paraissent incultivables et stériles.

— Nous allons nous en retourner, disaient-ils au père Lacombe: nous ne pourrons jamais nous faire à ce pays.

— Patience ! répliquait le missionnaire ; attendez au moins un an et vous ne vous repentirez pas d'être venus.

Quelques-uns s'écriaient: — Bah! vous nous avez menés dans une triste contrée. Il y. pleut constamment . . . il semble que le soleil ne doive jamais paraître. . . Oh! comme nous regrettons de vous avoir écouté !

Le dévoué missionnaire, comme un autre Moïse dans le désert, impatienté de les entendre ainsi murmurer, leur répondait :

— C'est bien ! Puisque vous persistez à juger des choses avant de les connaître, allez . . . retournez dans les sables et les roches de votre cher Massachussetts ; allez y travailler dans vos manufactures, allez ruiner votre santé dans la fumée et la poussière des usines!

— Eh bien! père, nous allons essayer encore et nous verrons plus tard.

Ce plus tard fit leur bonheur; ils ne tardèrent pas à comprendre le grand avantage qu'il y avait pour eux et leurs familles à s'établir sur ces terres pleines de promesses et d'avenir.

Au dire du père Lacombe, l'année 1877 ne fut pas Tune des moins importantes pour la rivière Rouge. L'on se1 rappellera toujours la joie délirante que causa dans le pays l'arrivée de la première locomotive, qui fut amenée sur une goélette, magnifiquement décorée, à la remorque du bateau à vapeur, le Selkirk. Sur une distance . de plusieurs milles, le sifflet du bateau ne s'arrêtait que pour laisser entendre les hourras de l'équipage auxquels se joignaient les acclamations de la foule groupée sur le rivage. Bientôt le carillon de la cathédrale de

Saint-Boniface vint unir sa note mélodieuse à cette mani-

festation spontanée, et saluer l'arrivée du progrès qui, au nom de la science, venait définitivement se fixer dans les pays d'en haut. Une ère nouvelle commençait pour le Nord-Ouest et surtout pour r immense région de la rivière Rouge.

Au cours de ses travaux de colonisation, le père Lacombe sut se créer un cercle d'amis influents qui, plus tard, devaient lui rendre d'inappréciables services. Ce fut d'abord à Saint-Paul de Minnéapolis, M. J.-J. Hill, jeune homme qui ne laissait pas encore soupçonner le futur fondateur du Canadien-Nord. Le missionnaire remarqua cependant en M. Hill deux qualités primordiales qui, jointes à tant d'autres, devaient faire de lui un homme populaire et très utile au pays.

"Ce qui domine en lui, dit-il, ce sont ses bonnes manières dans ses relations avec tout le monde et son génie des affaires. Il fera quelque chose de grand."

Ce même hiver, durant son séjour à Saint-Paul, le père Lacombe fit une autre connaissance plus intime et peut-être plus utile encore, celle de M. Donald Smith, plus tard lord Strathcona. Le père, observateur sagace et bon physionomiste, vit tout de suite qu'il avait devant lui un homme de caractère. M. Smith, qui avait entendu vanter les œuvres et l'activité du missionnaire, se sentit attiré vers lui.

"Mon père, lui dit-il, je suis très heureux de faire votre connaissance; car vous et moi, nous aimons le Nord-Ouest canadien, et nous travaillons, chacun à notre manière, à sa prospérité."

"Quelle fermeté, dit le père Lacombe, cachaient les airs polis et les manières distinguées de ce grand personnage ! Il était bien le représentant idéal de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Jamais il n'a dévié de sa devise: Pro pelle cutem. Tout réussissait entre ses mains. Je

n'ai jamais rencontré d'homme d'affaires plus chanceux, ni d'un abord plus agréable."

C'est de cette première rencontre que date une amitié qui s'accrut avec les années.

Un autre personnage occupa une large place dans le cœur du missionnaire : le fondateur du journal The Free Press de Manitoba, M. Luxton.

M. Luxton crut comme bien d'autres, dès la fondation de son journal, qu'il lui serait avantageux d'adopter une attitude agressive contre l'élément catholique et canadien-français de la population. Le père Lacombe s'en fut le trouver dans son cabinet directorial, et sans plus de façon, lui tint ce langage :

"M. le directeur, je vous préviens que si vous voulez réussir dans votre entreprise, vous n'en prenez guère les moyens en vous permettant de diffamer la religion catholique et les prêtres, ceux même qui ont façonné le pays que nous habitons. Soyez loyal, ne souffrez sur votre journal aucun article qui blesse la morale et la religion, et je vous promets le succès. Si vous ne m'écoutez pas, vous courez à la faillite."

Après cette entrevue, le directeur de la Free Press fut toujours très aimable. Dès ce moment, le journal furibond se radoucit et n'eut plus que des louanges à l'adresse de ceux qu'il avait essayé de flétrir.

Combien de fois, après cette entrevue, M. Luxton a loué l'audacieuse hardiesse du père Lacombe qui, sans le connaître, était venu lui donner pareille leçon.

"Depuis, dit M. Luxton, que le bon père Lacombe m'a donné ces avertissements, je vis dans une tout autre atmosphère, et mon plus grand plaisir est de jouir de son aimable compagnie."

Le père Lacombe, qui avait trouvé tant de docilité

et de loyauté dans cet homme disait de lui: "J'admire M. Luxton parce qu'il est honnête, sincère et droit."

Environ dix ans plus tard, les circonstances obligèrent M. Luxton à quitter Winnipeg pour Saint-Paul de Minnéapolis. Il n'oublia pas son vénérable ami comme le prouve la lettre qui suit, écrite à l'occasion des noces d'or sacerdotales du missionnaire. Nous traduisons de l'anglais.

Saint Paul, Minnéapolis, 23 septembre 1899

"J'ai vu dans les journaux de Winnipeg, que la fête de vos noces d'or de prêtrise et de votre entrée dans la carrière de vos saintes œuvres, allait être célébrée. Quoique n'appartenant pas aux mêmes croyances, j'ose croire que ce n'est pas témérité de ma part de venir vous offrir mes hommages et félicitations en cette joyeuse et radieuse occasion.

"Vos œuvres d'humanité, pour ne pas mentionner seulement le côté chrétien, ont été d'une telle importance que tout homme de bien, capable d'apprécier, ne saurait s'empêcher de les admirer, non plus que tout le bien que vous avez fait.

"Mon cher et vénérable père, permettez-moi de vous assurer de mes plus ardentes espérances, pour que vous soyez longtemps laissé à votre troupeau, et que vous puissiez consacrer encore bien des années de votre précieuse vie à prendre votre part, dans la mesure de vos forces, des bonnes œuvres qui restent encore à faire, avant que d'aller jouir du prix des travaux réservé au plus saint des hommes, et c'est, je le sais, ce qui vous attend.

"Respectueusement et affectueusement vôtre,"

W. F. Luxton.

Durant son ministère à Winnipeg, le père Lacombe faisait les fonctions de chapelain au pénitencier. Angus Morrison, un métis âgé de 20 ans, fut accusé du meurtre d'un Écossais près de Qu'Appelle, meuitre qui avait eu le vol pour mobile. Comme ce gaiçon, qui d'ailleurs protestait de son innocence, avait toujours eu une bonne conduite, l'opinion publique lui était favorable.

Le chapelain lui faisait de fréquentes visites pour l'encourager et fortifier son âme dans la foi et la prière. Enfin, la sentence de moit fut prononcée contre lui.

Alors, se tournant avec une confiance absolue vers son bienfaiteur, Angus le supplia d'essayer d'obtenir des autorités une commutation de peine. Ne pouvant rejeter cette supplique, le prêtre se fit appuyer par une pétition qu'il envoya à Ottawa. Il lui fut répondu que la justice suivrait son cours et que le jeune homme subirait son châtiment . . . Jour et nuit, le condamné vivait dans l'attente de la grâce. Aussi quel ne fut pas son désespoir lorsqu'il apprit que la sentence était irrévocable! Le missionnaire, chargé de l'avertir, partageait sa douleur. A cette terrifiante nouvelle, le condamné eut une longue syncope.

Les adieux de la pauvre mère à son fils furent déchirants. Voici ce que dit à ce sujet le père Lacombe:

"Je croyais savoir ce qu'est la douleur, mais je me trompais. A la vue de cette scène navrante, je compris jusqu'où peuvent aller les tortures angoissantes dont est capable le cœur humain.

"Mon pauvre Angus!. . . Je me suis efforcé de lui mettre de la force et du courage au cœur avant d'arriver au jour fatal de l'exécution; mais pour moi, je ne pouvais me décider à être témoin du terrible spectacle. J'allai trouver Mgr Taché, le priant de vouloir bien me permettre d'aller prêcher une mission chez les métis. C'était le seul moyen de me soustraire à mon lugubre ministère.

— Mais, dit l'archevêque, vous oubliez donc votre cher captif . . .

— Monseigneur, permettez qu'un autre prêtre aille l'assister, car je me sens défaillir en pensant à cette horrible scène qui se prépare.

— Non, non, vous l'avez dirigé, il vous aime comme un père, c'est vous qui l'assisterez ... Si vous l'abandonnez, il se découragera. C'est bien là votre ouvrage, mon père; et, comme prêtre, c'est votre devoir.

— Ah! me suis-je dit alors, il n'y sl plus à regimber, mais cela va me tuer. Plus j'y songeais, plus je sentais augmenter ma crainte et ma faiblesse.

"Un jour, pendant que je célébrais la sainte messe, je me sentis un tout autre homme: la force du ciel était descendue sur moi! — Oui, c'est bien mon devoir, je suivrai mon infortuné Angus jusque sur l'échafaud!

"Je passai la nuit qui précéda l'exécution dans la cellule du prisonnier. Le pauvre garçon était d'une nature aimante, timide et d'un termpérament nerveux : il se mourait de peur. Je demandai au geôlier de ne pas lui mettre les fers cette nuit-là, disant que j'en prenais sur moi toute la responsabilité. Il se rendit à mon désir.

"Alors je dis au condamné: — Maintenant nous allons faire notre prière et nous dormirons ensuite.

"Oh! elles ont été bien ferventes, ces prières en face d'une telle mort!. . . Angus s'endormit presque aussitôt et sommeilla tranquillement toute la nuit. Pour moi, je ne pus fermer l'œil; je ne me lassais pas de le regarder et de prier pour lui. Il me semblait qu'il était déjà dans son agonie. A quatre heures, je l'appelai. Il se réveilla en sursaut et se mit à crier de façon lamentable. Je le laissai pleurer. — Maintenant, lui dis-je, c'est assez! Sois brave, mon fils, unis tes souffrances à celles de Jésus en croix, et je vais offrir pour toi le saint sacrifice de la messe; la sainte communion te donnera force et courage.

"En effet, ce viatique le réconforta d'une façon extraordinaire. Cependant, il ne voulut accepter aucune nourriture. La journée était belle mais froide. L'échafaud était en face d'une fenêtre du second étage. En allant vers ce lieu néfaste, je me sentis presque défaillir. J'apercevais dans le long et sombre corridor l'exécuteur, drapé de noir, qui se préparait à remplir son triste mandat.

Toute la population de Winnipeg semblait être sur le théâtre de l'exécution; ce n'était que le deuxième supplice de ce genre à la rivière Rouge.

"Hélas! je craignais pour mon pauvre Angus.

"Mon garçon, lui dis-je, pensez au Dieu bon et miséricordieux qui vous attend, et montrez à ce peuple de blancs que vous êtes un brave.

"On permit au prisonnier de parler, mais il n'en eut pas la force. Alors je pris la parole à sa place, et déclarai, devant la multitude, que ce jeune homme mourait en grâce avec Dieu et demandait pardon à tous ceux à qui il avait pu causer des dommages ou de la peine.

"Ce fut alors que, Dieu aidant, ma faiblesse se changea en force; je ne me sentais plus nerveux. Au-dessus de nous flottait un large pavillon noir, et non loin de là, la tombe attendait sa victime.

"De l'autre côté de la rivière, l'on entendait le glas lugubre des cloches de Saint-Boniface. Il était neuf heures — l'heure fatale.

"Angus s'agenouilla, et je prononçai sur lui une dernière absolution ... ce fut la fin ! .

"Le corps du supplicié fut rapporté le même jour à la cathédrale de Saint-Boniface, où le vénérable Mgr Taché, en présence d'une foule émue, commenta de la manière la plus touchante ces paroles du Dies irœ : Tantus lahor non sit cassus! "Pour moi, Seigneur, que le sang du calvaire ne soit pas vainement versé!"

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