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CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME

Les grandes tribus sauvages et les métis du Nord- Ouest canadien: caractère distinctif des indiens. — Les Cris. — Les Pieds-Noirs: leur origine. — Les Assiniboines. — Les Mont agn aïs. — Les métis: leur origine.

Nous avons parlé plusieurs fois déjà des sauvages et des métis du Nord-Ouest canadien. Cependant afin de mieux faire comprendre au lecteur la position dans laquelle s'est trouvé le père Lacombe en évangélisant ces peuples, nous avons cru bon de consacrer un chapitre à faire connaître quelques-uns des caractères distinctifs des différentes tribus initiées au catholicisme et à la civilisation par l'apôtre des indiens au cours de sa carrière apostolique. Nous parlerons seulement des quatre grandes tribus qui se partagaienfc autrefois la souveraineté de la prairie : les Cris, les Pieds-Noirs, les Assiniboines et les Montagnais. Nous dirons aussi quelques mots des métis qui eurent une part si importante de la sollicitude du grand missionnaire.

Voici ce que rapportent les mémoires du père Lacombe.

les cris: kinistinok

Les Cris occupaient et occupent encore la vallée de la Saskatchewan et les tributaires de cette rivière jusqu'au

petit lac des Esclaves, le lac Labiche et les environs de Cumberland.

Ces sauvages, descendants des Algonquins, ont toujours été les amis des blancs, surtout des Canadiensfrançais.

A notre arrivée, ils nous racontaient avec plaisir la première rencontre de leurs frères avec les Wemistikoyinok, c'est-à-dire les hommes aux canots de bois, qui leur ont montré à se servir du calumet et à user du tabac. — Ces blancs, disent-ils, ont aimé tout de suite les sauvages et se sont faits à leur manière de vivre. Ils mangeaint sans répugnance notre nourriture. Bientôt, ils surent, comme nous, faire la chasse et vivre du bout du fusil. Nous consentîmes sans crainte à leur donner nos filles en mariage, et ils devinrent ainsi incorporés à notre nation.

Telle fut l'origine de la race métisse dans le pays.

Les Cris se divisent en deux catégories: ceux de la forêt et ceux de la plaine.

Les premiers, plus pacifiques et plus doux, vivent par petites bandes; ils furent les premiers à embrasser le christianisme. ' Les familles converties par les missionnaires sont restées fidèles, et leurs descendants racontent aujourd'hui la piété et les vertus de leurs pères.

Les Cris des prairies, plus farouches et plus indépendants, vivant par groupes nombreux, dans l'abondance, avec leurs chers buffalos, ont été plus lents à se rendre à la prédication de l'Évangile. Sans cesse aux prises avec leurs cruels voisins les Pieds-Noirs, ils ne rêvaient que guerres et combats. Les dépouilles enlevées à l'ennemi étaient pour les deux nations une partie de l'existence. Une chevelure, un calumet, un fusil, un cheval, une femme excitait la convoitise du jeune guerrier et suffisait pour déterminer des luttes sanglantes.

Après les rapines et les exploits des braves, les jeunes filles faisaient la danse de guerre et chantaient en cadence le glorieux retour de leurs amants. Au milieu d'une telle vie d'agitation, d'idolâtrie et de superstitions, les missionnaires eurent de grandes difficultés à vaincre pour leur faire accepter une religion de paix, de charité et d'abnégation. Cependant, les Cris se sont convertis au catholicisme.

Les missionnaires ont aimé les Cris à cause de leur docilité et de leur politesse à leur endroit. Un jeune missionnaire passait des saisons entières parmi ces infidèles sans être molesté. On le traitait, au contraire, avec respect et charité.

Les Cris comptaient autrefois plusieurs milliers d'individus. Aujourd'hui — il en est de même pour toutes les autres tribus — leur nombre a bien diminué; la cause en est attribuée à la petite vérole, à la disette et à leur contact avec les blancs. Leur langue est douce et agréable: c'est la langue fashionable du Nord-Ouest.

les pieds-noirs: sikxikakowea

Une curieuse légende sur l'origine des Pieds-Noirs, conservée par les Gens-du-Sang, a été ainsi racontée par eux au père Lacombe :

Un vieux chef des montagnes Rocheuses avait trois fils. Le premier s'appelait Kêna-Kowân, Gens-du-Sang. Il était chanceux à la chasse et à la guerre. Il était heureux et ne désrait rien de plus. Le second fils s'appelait Piêganew-Kowan, Gens-du-Butin. Il réussissait et était aussi heureux que son frère aîné. Quant au troisième enfant, il n'avait pas de nom et rien ne lui réussissait. Ses malheurs le rendaient envieux du sort de ses frères et il passait une grande partie de son temps

à gémir et à pleurer. Cet état de choses malencontreuses provenait, croyait-il, de ce qu'il n'avait pas de nom. Un jour, il vint trouver son père et lui fit cette plainte: "Mon père, vous ne me traitez pas sur un pied d'égalité avec mes autres frères; je suis malheureux parce que je n'ai pas de nom!" Le vieux chef, trouvant justes les réclamations de son jeune fils, se prit à pleurer! Mon fils, dit-il avec une autorité paternelle : assieds-toi ici. Prenant alors un charbon, il lui en frotta les jambes et les pieds en disant: Sixsika-Kôwan, Pieds-Noirs sera désormais ton

nom!. A partir cte cette époque, le plus grand succès

tourna vers ce troisième fils. Ses descendants devinrent les plus populeux et les plus influents: Voilà, robe-noire, le secret du nom favori resté à la tribu.

La nation des Pieds-Noirs, continue le père Lacombe, était la seule maîtresse des grandes prairies . bornées au nord par la rivière Labiche, au sud par le Missouri, à l'est par le bras sud de la Saskatchewan et à l'ouest par les montagnes Rocheuses.

Comme nous l'avons vu plus haut, les Pieds-Noirs forment une nation renfermant trois tribus: les Pieds- Noirs proprement dits, Sixsika-Kôwan, les Gens-du-Sang, Kêna, et les Piégans, Pieganikowex. Tous ont la même langue, le même genre de vie et le même caractère. Cependant, les Pieds-Noirs étaient les plus féroces et les plus barbares, non seulement envers leurs ennemis, pour qui ils se montraient sans pitié, mais même envers les blancs qui ont eu à souffrir de leur part et n'ont pas toujours été en sûreté au milieu d'eux. A l'instar des descendants d'Ésaû, la main de tous étaient contre eux, comme eux-mêmes levaient le bras contre tout ce qui n'était pas Pieds-Noirs. Leur nombre, comme celui des Cris et pour les mêmes causes, a sensiblement diminué. C'est à peine s'il reste aujourd'hui 3000 individus.

La langue des Pieds-Noir s, moins riche que celle des Cris, est plus énergique et plus propre au caractère de ceux qui la parlent. Elle semble cependant venir de la langue algonquine, mais d'une manière moins rapprochée que celle des Cris. En étudiant ces dialectes, Ton reste convaincu, qu'à une époque plus ou moins éloignée, ils ne formaient qu'un seul idiome.

Les Pieds-Noirs, en général, ne sont pas chrétiens. Malgré les efforts des missionnaires, malgré leur vie sédentaire sur des réserves, ils sont peut-être, à l'heure qu'il est, plus éloignés de la foi qu'ils ne l'ont jamais été. Ils se disent les grands amis des missionnaires; ils ont confiance en eux, et les respectent, mais là se borne à peu près leur religion. De l'autre côté de la frontière, les Piégans se montrent plus dociles aux enseignements de la religion et ils paraissent plus disposés que les deux autres tribus à abandonner la polygamie et à suivre les pratiques du christianisme.

LES ASSINIBOINES

Les Assiniboines, alliés des Cris, sont une branche de la redoutable race des Sioux qui habitent aux États- Unis et dont ils parlent la même langue. Ils faisaient leurs campements et la chasse dans les environs de la montagne aux Cyprès, de la montagne du Bois et depuis la rivière Souris jusqu'au haut de la rivière Àthabaska. Ils venaient traiter à Carlton. Une autre bande de cette nation résidait au pied des monts Rocheux. Ces derniers sont peu nombreux; ils sont doux et pacifiques. Une partie de ces sauvages a été accaparée par les Wesleyens, l'autre partie est catholique. Ces derniers habitent les environs du lac Sainte-Anne. Ceux qui sont à l'est, dans les grandes prairies, sont peu nombreux, farouches et misérables.

LES MONT AGN AIS: TCHIPPEWEYANS

Les Montagnais vivent au lac Caribou et à l'île à la Crosse. Ces sauvages sont les plus doux et les plus honnêtes du Nord-Ouest. Ils ont embrassé la foi dès que les missionnaires se sont présentés à eux. Ils vivent des produits de leur chasse et se tiennent par petites bandes de quelques familles. A certaines saisons, ils se réunissent autour de la mission et y restent quelques semaines pour y accomplir leurs devoirs religieux. Ne connaissant pas la guerre et n'ayant pas d'ennemis à proximité, ils vivent en paix et en sécurité. Sous la tente ou dans un canot d'écorce, l'enfant des bois jouit du peu de bien que le Seigneur lui a donné en partage. Leur langue, tout à fait différente de celle des autres tribus, est très difficile à apprendre: ses sons gutturaux sont de nature à exercer la patience d'un débutant.

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