‹ Un architecte français au commencement du 17e siècle: Salomom de BrosseChapitre 35 sur 102 · MAISONS ET TERRES A VERXEUIL · texte numérisé non relu

MAISONS ET TERRES A VERXEUIL

Le nouveau seigneur fit hommage au roi par acte du 30 août

161 7, mais — fait rare et tout .

à l'honneur de S. de Brosse — le roi tient à donner une preuve de l'estime qu'il a pour son architecte en faisant remise des droits seigneuriaux payables par celui qui se rendait acquéreur du fief (i).

« A'eu par la chambre (des comptes) les lettres patentes du roy données à Paris le 2^^ juillet, signées Louis, et plus bas par le roy : Potier, par lesquelles et pour les causes y contenues ledict seigneur désirant gratifier et favorablement traicter Salomon de Brosse, architecte ordinaire de ses bastimens, en considération de ses bons et agréables services luy a fait don et remise de tous et chacun les droictz de lodz et ventes, quintz et requintz et autres droits seigneriaulx a au de uls à cause de l'acquisition par luy faite d'une pièce de bois nommé Largilicre en la forest de Hallate près Senlis relevant de sa Majesté à cau-

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lis,.. Enjoinct à ladicte chambre qu'elle fasse tenir quicte et deschargé ledit de Brosse desditz droictz, etc. »

Enfin nous avons trouvé trace d'une autre acquisition encore faite par S. de Brosse pendant les dernières années de sa vie, toujours dans la même région, et dans des circonstances analogues à celles qui entouraient naguère la cession du Plessis-Pommeraye par la marquise de Verneuil. A la rencontre des chemins qui vont de Montlaville à Apremont et du Plessis à l'Argillière — c'est-à-dire à l'intérieur du triangle aux angles duquel se trouvaient déjà les propriétés de S. de Brosse, la marquise possédait la terre de Malassise (i). Elle la céda à S. de Brosse (( en échange de créances qu'elle ne pouvait solder », et en 1620 ledit nouveau seigneur fait « aveu pour la Maison blanche », arrière fief relevant de la seigneurie de Malassise (2).

Ainsi, à la fin de sa vie, S. de Brosse possédait une fortune immobilière d'une certaine importance :

A Paris une maison et deux terrains, l'un grand, l'autre petit, rue des Saints-Pères (rue des Vieux-Augustins ce n'était probablement cm'un appartement loué, et rue de Vaugirard un logement fourni par la reine) ;

A Verneuil : la maison paternelle rebâtie et agrandie, « Hôtel » ou '( Tour de Saint-Quentin » à Montlaville, avec jardin, verger, champs, prés, etc. ; une maison (ou ferme) au Plessis-Pommeraie, trois autres fiefs au moins, au Coulombier, à l'Argillière — ce dernier consistant furtout en bois taillis — et à Malassise, peut-être encore des terres à Royaumont, Heumont et Maubuisson. A sa mort, ces biens furent partagés entre sa veuve et ses enfants dont nous dirons maintenant quelques mots.

(i) Une ferme de ce nom, sur la commune d' Apremont, se trouve près de la route de Creil à Senlis.

(2) D"" Boursier, Histoire de Creil, Paris, Picard, in-8% 1883, p. 50-51.

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§ i>. — Les Enfants de S. de Brosse. — Le partage de la succession.

Florence Métivier, dame Brosse, mourut vers 1634.

Elle avait eu au moins sept enfants entre lesquels existait une grande différence d'âge ; le seul fils Paul, était déjà depuis plusieurs années collaborateur de son père et chef de famille lui-même dès 161 7, tandis que la dernière des six filles, Judith, était encore mineure à la mort de son père. Tous contractèrent des alliances très honorables avec des familles de la bourgeoisie ou de la petite noblesse, dont plusieurs domiciliées dans le Valois, et les autres en diverses parties de l'Ile de France (i). Quelques-uns de ces mariages furent bénis au temple de Charenton construit par leur père, ou à celui d'Aumont entre Verneuil et Senlis, où se réunissait l'Eglise de Senlis. Il ne pouvait en effet y avoir de temple dans la ville épiscopale ; (au commencement du règne de Louis XIII, l'évêque était le cardinal de la Rochefoucault). Deux des petits-enfants de S. de Brosse s'appellent Salomon et Florence comme leurs grands parents.

Paul a épousé (avant 161 7), Anne Bourrée ou Bourse ; nous donnerons ci-après sur lui quelques détails.

Anne (morte avant 1634) a épousé Jean de Gravelle, sieur de Bauterne ;

Marthe a cpoii^c [cu 1<>19) Henri Laumosnicr, sieur de \ .iieimes, Vaulx et la Chapelle, capitaine de cent hommes de pied du prince de Condé ;

Madeleine était en 1620 la femme de Pierre Le Blanc, sieur de lîeaulieu, avocat au parlement de Paris ; devenue veuve elle se remaria en 1634 avec François lîotman, sieur de la Tour. En 1627, au temple de Charenton, son fils avait pour parrain un frère de son mari : Etienne Le Blanc de Beaulieu, (|ui était pasteur à Senlis (2).

archives du Musée Condé à Chantilly renferment un certain nombre

ce iiicccs relatives à Paul de Brosse et autres enfants de S. de Brosse. CC 6^®

(1639- 171 2) Cntitrnls ru Ire f'nrtirulicrs. cens et rentes , CC 42, déctaratious de cens.

C'est au temple de Senlis qu'une autre fille de S. de Brosse, Catherine, a épousé en 1623 Gédéon de Petau, sieur de Maulette (i). Une cinquième, Marie, a épousé René de Saint-Martin, écUyer, sieur de Torcy, avec lequel elle demeurait en 1629 au Moulinet, paroisse de Garancières près de Monlfort l'Amaury, au sud-ouest de Paris (2). L'acquisition de cette terre du Moulinet avait été faite en 1622 par Paul de Brosse au nom de son beau-frère. En 1661 celui-ci était mort, et sa veuve demeurait à Houdan.

Judith, la dernière fille, n'était pas encore majeure lorsque mourut son père. Elle eut pour curateur Jean de Rucquidort, écuyer, dont la famille était également apparentée aux Du Cerceau (3). Elle épousa d'abord (après 1632) Jean de Sorbière, sieur de Tayrac, « capitaine de la ville et chasteau de Bojancy, escuyer ordinaire de Mgr l'évesque de Metz » — c'est-à-dire du fils d'Henri IV et de la marquise 'de Verneuil — demeurant en 1637 au château de Saint-Germain des Prés, puis en secondes noces (1639), François de Brouilly, dont la famille possédait avant S. de Brosse le fief de l'Argillière.

Paul de Brosse, né dans les dernières années du xvi^ siècle, figure pour la première fois sur Vétat des officiers du roi en 161 5 comme étant « aussi architecte, retenu par brevet de sadite Majesté dudit XXV^ septembre 161 5 à pareils gages : 800 livres (4) ».

De même en 1618. Mais en 1625, « attendu la nécessité des affaires du roy », ces gages sont réduits de moitié. C'était une mesure générale, et nullement une disgrâce personnelle, car aussitôt après la mort de son père Paul de Brosse est chargé avec son oncle à la mode de Bretagne, Jean Androuet du Cerceau, d'une grosse entreprise : la construction (1626- 1634) de la nouvelle enceinte de Paris entre la porte Saint-Honoré, élevée par S. de Brosse, et la porte Saint- Denis. C'est sur la rive droite que la capitale s'agrandissait au milieu

(i) France prof., 2* édition, t. III, col. 199.

(2) Bull. hist. Paris, novembre-décembre 1882.

(3) C'est à tort qu'on a imprimé dans le Bulletin de h Soc. d'hist. de Paris, 1883, p. 91 : Rueoquiers, et dans la France protestante, t. I, col. 251 : Ragnidier.

(4) Nouvelles archives de l'art français, 1872, p. 14, et Bulletin de la Société de l'hist. de Paris, 1882, p. 103.

(lu règne de Louis XIII (i) ; au commencement, l'extension avait eu heu sur la rive gauche, et Salomon de Brosse y exerçait alors son talent après avoir débuté lui aussi sous les auspices de son oncle. Son fils a maintenant ses chantiers et son domicile de l'autre côté de la Seine, mais continue à exploiter sur la montagne Sainte-Geneviève des carrières qui ont peut-être servi précédemment à son père (2).

Dans cette petite corporation d'architectes-entrepreneurs venus du Valois à Paris on continuait à faire des affaires en famille. Un an après la mort de S, de Brosse ses cousins J. du Cerceau, son neveu Charles du Ry, et son fils P. de Brosse, tous trois « architectes ordinaires des bastimens du roi », et demeurant rue de \^augirard, font

(i) Voir ci-après, II' partie, introduction, p. 141. En février i6jo le roi fait à son « premier médecin » (longtemps protestant) J. Héroard don d'un terrain à bâtir « à prendre sur toute la place et espace de terre estant entre nostrc grande gallerie du Louvre et la porte Saint-IIonoré le long des remparts de cestre nostre bonne ville » {Arch. nat., Z If 565, fol. 99 v°, pièce citée par M. Hamy, /. Héroard, dans le Bulletin du Muséum d'hist. uat.. 1896, n° 5). Il faudrait peut^tre placer vers cette époque de 1620, c'est-à-dire plus tôt qu'on ne le faisait jusqu'à présent, la construction de cette porte. Celle de la Conférence était toute semblable.

(2) M. Guiffrey a publié dans le Bulletin de l'hist. de Paris, 1882, p. 107 et de nouveau en 1909, p. 191, ce document du 26 octobre 1632 :

« Furent présens en leurs personne Guillaume Adam et Anthoine Doublet son gendre, voituriers par terre, demeurant savoir ledit Adam à Sainct-Gcrruain-des-Prez, rue Cassette, paroisse Sainct-Sulpice, et ledit Doublet, rue des

Vaches, paroisse susdite. Lesquels promettent à noble homme Jean Androuet

du Cerceau et Paul de Brosse, architectes ordinaires des bastimens du roy dc- Hicurans sur le quay de la Mégisserie, à ce presens et acceptans, pour culx et pour leurs associez, de voiturcr et mener toutes et chacuncs les pierres de tailles, etc. provenues d'une carrière appartenant ausdits sieurs du Cerceau et de Brosse et leurs associez qui se fouille et fouillera, size au terrouer Sainte- Geneviève, au lieu dict le petit royaulme, et ce depuis ladicte carrière jusques ?ux astcliers que feront faire lesdits sieurs Brosse et leurs associez depuis la porte Saint-Honorc jusques à la porte Saint -Denis le long des fosscz jaulnes à cause de la nouvelle enceinte et closturc que lesdits sieurs du Cerceau, de Brosse et leurs associez ont entreprise, etc. Laquelle carrière lesd. du Cerceau cl <le Brosse ont dict avoir acquise de Jacques Duvai, carrier. »

une vente à un neveu de S. de Brosse, Salomon de la Fonds, demeurant (( rue de Poitou aux marais du Temple » (dans les nouveaux quartiers avoisinant la place Royale). Il s'agit de « toute la pierre et moellon qui se trouvera rester et pourra tirer de dessoubz deux pièces de terre sizes audit terrouer Saint Germain des Prez, l'une contenant deux arpens tenant d'une part à la reine mère de sa majesté et d'autre part à Denis Baude », c'est-à-dire dans le voisinage immédiat du Luxembourg et probablement dans une carrière exploitée aussi précédemment par S. de Brosse ; S. de la Fonds est autorisé en même temps à prendre « deux chables qui ont servi auxdites carrières et qui sont de présent au bastiment neuf du chasteau du Louvre » (20 mai 1627) (i).

Après ces grands travaux P. de Brosse semble s'être trouvé dans une situation financière embarrassée. En 1642 il est de passage à Paris « rue Saint Denis, à l'image de Saint Roch, paroisse Saint Leu (2) ». Deux ans plus tard ses deux filles nommées, comme leurs tantes, Anne et Florence, étaient mariées le même jour, à deux frèles, de la famille de Montdésir et la double cérémonie a lieu dans l'église catholique de Verneuil (3). Il serait intéressant de savoir si P, de Brosse lui-même avait abandonné l'Eglise réformée : il faisait en 1638 baptiser par le curé de Verneuil un fils illégitime ; on a des raisons de penser qu'il travaillait avec Le Mercier, cette même année à la cathédrale de Troyes, comme son père avait travaillé à Saint- Gervais (4). Il était en tout cas très inférieur à S. de Brosse et n'a laissé aucune œuvre considérable.

Tandis que Paul de Brosse avait eu dans sa part une maison à

(i) Copie d'un acte des registres de l'étude de M" Simon. Papiers Ch. Read. EJbl soc. hist. prot. M. Tisserand, à propos de l'acte du 26 octobre 1632 cité plus haut, dit n'avoir rien trouvé concernant P. de Brosse, de 1626 à 1634, dans les Registres du Bureau de la Ville {Bull, de la Soc. des Antiquaires, IX, p. 147).

(2) Bull. soc. hist. de Paris, 1883, p. 89 à 95.

(3) Cf. Registres paroissiaux de Verneuil ; Notes communiquées par M. le chanoine Muller, à Chantilly ; Cf. France prot., 2' édition, t. III, col. 198.

(4) Lance leur attribue les deux lanternons de la tour nord.

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Veriieuil où il habitait en 1635, et la seigneurie du Plessis-Pommeraye, Catherine de Petau avait hérité à \^erneuil d'une maison contiguë, et de 63 arpents de terres que Paul, au nom de sa sœur et de son beau- frère, vendit à cette date de 1635 au seigneur de Beaurepairt, Charles de Lameth. Dix ans après, par son testament, celui-ci fit donation de ce bien à la chapelle de son château (i).

Tous les enfants de S. de Brosse furent d'abord, comme lui, membres de l'Eglise réformée. Sur les registres de baptêmes de Charenton on a relevé les actes suivants : en 1609 Elisabeth Brosse (peut-être une sœur ou une fille de S. de Brosse) marraine ; dans Tété de 161 7 : « Anne de Brosse, fille de Salomon de Brosse, architecte et intendant des batimens du roy et de la royne mère, » marraine, avec Christophe Juste! (savant écrivain de ce temps) (2).

Après la mort de S. de Brosse plusieurs membres de la famille devinrent catholiques.

En 1663 « Judicq de Brosse » résidait « en l'abbaye de Montcel », c'est-à-dire chez les religieuses de Saint-Claire, près de Pont Sainte- 2^1axence dans les environs de Verneuil. Elle est en 1637 appelée — ayant probablement été rebaptisée — « Judith-Cecille » (3).

Dans l'église catholique de Verneuil-sur-Oise, en 1677, la petitefille de ^ladeleine de Brosse avait pour marraine Claire de Trossy (Torcy), veuve de Françoi*^ ITotman, sieur de la Tour de Saint-Quentin.

Cette même année 1677 en l'église Saint-Sulpice abjuraient deux enfants ou plutôt petits-enfants de Catherine de Brosse : Anne et Gédéon

(i) Acte de vente du 12 septembre 1635 cl testament du 2 avril 1645 ainiabiement communiqués par M. le marquis de Luppé, et reproduits dans nos pièces justificatives, appendice IX et X. p. 267 et 268.

(2) Ihtll. Itist. trot., 1872, p. 266 et 276. Il faudrait phitôt lire : « archit(< ingénieur ».

(.1) Acte du 17 février iC.i; par kqurl l'rançois liotninn et Madeleine de Brosse lui vendent leur pan du fief de r.Argillière {Bull. hisl. Paris, i88j. p 91).

de Petau ; ils demeuraient (comme, plus d'un demi-siècle auparavant, leur aïeul), à l'hôtel d'Orléans, c'est-à-dire au Palais du Luxembourg (i).

H semble que les enfants de S. de Brosse ne purent s'entendre pour le partage de la succession ; la présence d'une mineure — Judith — compliquait les choses ; en outre le père avait stipulé pour tel fief qu'il de- \ait être partagé entre tous ses enfants sans aucun droit d'aînesse ni prérogative, attendu que autrement « il n'eiàt fait icelle acquisition )),et i:ous voyons l'estimation faite à Verneuil par quelques parents et voisins dont les noms nous sont déjà connus : un Du Cerceau, haut fonctionnaire, figure à- côté des Tirlct, laboureurs (2), le partage n'a lieu que sept ans après la mort de S. de Brosse ; depuis quatre ans déjà une des héritières, Marie de Saint-Martin, avait renoncé à sa part dans la succession (3). Ce fait a surpris, non sans raison, M. Guifïrey ;

(i) France prot., t. III, col. 199.

(2) « Partage de la succession de S. de Brosse entre ses enfants, le 24 décembre 1633 ; Entre noble homme Paul de Brosse, architecte du roi, seigneur du Plessis-Pommeraie, fils et héritier de deffunt noble homme Salomon de Brosse, vivant architecte du roi, et de damoiselle Flourence Metivier ses père et mère » et ses frères y sœurs, y comprise « Judicq de Brosse fille émancipée et procédante soulz l'autorité de Jean Rucquidor aussy escuier son curateur aux causes, etc.. exécutans l'estimacion faite desdicts biens par M** Jacques Charpentier, Mouise Androuet du Cerceau, commissaire de l'artillerie de France, Jean Thirlet l'aisné et Jean Thirlet le jeune, laboureurs, et par Guillaume Héni tous demeurans audict Verneuil, etc. » (Archives dép. de l'Oise, Bull. hist. Paris, 1883, p. 89).

Au Plessis Pommeraye « on voit succéder, avec M. de la Brosse indiqué comme habitant Verneuil en 1636 Michel Dumont, écuyer » (D' Boursier, Histoire de Creil, Paris, Picard, in-S", 1883, p. 47).

(3) Minutes de M' Brault, notaire à Montfort l'Amaury, 1629, t. II, fol. VIII XX v° ; acte publié par M. A. de Dion dans le Bull. soc. hist. Paris de nov.-déc. 1882 : « Elle renonce purement et simplement à la succession de feu noble homme Salomon Brosse {sic) son père, qu'elle avoit appréhendée sous bénéfice d'inventaire ; jure et affirme... que tous les biens d'icelle succession sont demeurés entre les mains de dame Florence Mestivier veuve dudit feu sieur Brosse, sa mère, etc.. Fait au Moulinet, le 27 novembre 1629. »

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