‹ Un architecte français au commencement du 17e siècle: Salomom de BrosseChapitre 59 sur 102 · DE LA COUR OE LA REINE · texte numérisé non relu

DE LA COUR OE LA REINE

toiture en question se trouve ver» remplacement de la lettre T.

l'extérieur la pente actuelle est assez raide, comme celle de la toiture du Luxembourg ou du palais de Rennes. A l'intérieur une sorte de chemin de ronde actuellement pratiqué dans ce qui était jadis une large gouttière (une balustrade la bordait au Luxembourg et à Rennes ; on n'en voit pas à Versailles sur les gravures de Silvestre). En suivant cet étroit passage on a à main gauche la surface intérieure du toit actuel et à main droite la surface extérieure de l'ancien toit, tout du long de la salle de l'Œil de Bœuf dont on voit, au bout, la cheminée. Le toit primitif a été coupé en cet endroit. L'arête, d'autre part, a été rasée tout du long, et (fait tout à l'honneur de la solidité de la charpente primitive) la section ainsi produite supporte les poutres grossièrement équarries qui soutiennent le toit actuel.

Ainsi le rez-de-chaussée et le premier étage du château Louis XIII,. dans toutes leurs parties, et sur certains points (ailleurs elle a été rasée) la toiture même, se trouvent recouverts par les murs et les toits du palais Louis XIV, un peu comme la petite maison de pêcheur de Pierre le Grand à Saardam est soigneusement mise en boîte sous une construction moderne édifiée pour la protéger.

Après avoir fait le tour extérieur de l'ancien château, on peut essayer de reconstituer aussi, à l'intérieur, quelques-unes des dispositions primitives. Le plan de Silvestre et l'inventaire de 1630 seront nos principaux guides pour cette partie de la visite. Pour les raisons ci-dessus énoncées, nous ferons abstraction des quatre pavillons décrochés figurés sur le plan de 1667. Nous possédons une donnée précise quant à la situation respective des pièces du rez-de-chaussée et du premier étage : « sous la chambre du roi » (au premier) il y avait « une chambre où l'on avait coutume de loger M. le Comte de Soissons », fils du client de S. de Brosse à Paris (i). Et Ton a supposé, non sans raison, que Richelieu put monter de là (2) au cabinet de Louis XIII, après lequel venait sa chambre (oii eut lieu la scène publique de la journée des Dupes), puis la salle de billard « correspondant

(i) Ch. Bernard, Histoire du roi Louis XIII, 1646 et Anecdotes du ministère du cardinal de Richelieu, tirées du Mercurio de SiRi, 1717, t. i", p. 243.

(2) Par un escalier aujourd'hui disparu, comme nous l'avons indiqué cidessus, et non par l'escalier à vis, comme on l'a supposé.

peut-être à la chambre actuelle de Louis XIV. Les autres pièces destinées aux personnages qui accompagnaient ordinairement le roi, se placeraient dans les ailes et les pavillons d'angle. Il n'y a pas de chapelle (i). »

Il nous a semblé qu'on pouvait préciser davantage la répartition des pièces, voir comment S. de Brosse avait aménagé les appartements de son royal client et de la suite très restreinte qui l'accompagnait lorsqu'il venait chasser. M. Couard, à qui nous avons soumis un premier essai, a bien voulu déclarer nos hypothèses « très séduisantes », en ajoutant certaines observations dont nous avons tenu compte dans ce qui suit.

Louis XIV avait manifesté expressément la volonté que le château bâti par son père fût conservé autant que possible (2) : Levau et Mansart ont donc utilisé les murs, surtout les murs extérieurs, supprimant certaines cloisons, en ajoutant quelques autres, modifiant la décolation de ce qui devint la cour de marbre, surélevant la toiture, etc., toutes modifications qui affectent plutôt les parties de l'ancien édifice soudées au nouveau, mais ne concernent pas la disposition intérieure.

La partie la plus intéressante à reconstituer est l'appartement du roi. Il se composait presque partout, à la fin du xvi*" siècle et au commencement du XVI 1% de quatre pièces. En 1609 Henri IV écrit à Sully de « faire accommoder une salle, une chambre, une garde robe et un cabinet pour luy dans l'Arsenal » {3).

Pour Versailles, en 1634, la duchesse de Savoie donne au roi son frère, « pour mettre en son château, quatre ameublements de velours » (4). Ces quatre pièces étaient évidemment côte à côte dans le corps de bâtiment principal, au fond de la cour, et au premier étage (au-dessus de lî, C. D, E) ; d'après le passage du Mercurio de Siri cité plus haut, le cabinet du roi est (à l'une des extrémités probablement) contigu à la chambre du roi. et d'après le dessin d'.Xbr. Ros-

(1) ( oinKi), L'inti'ricur du chàtcav

(2) ( i (IcsMjs, p. 19J.

(^) Mémoires de Sully, H, j;

(4)Gn--"- ■' ' /■•.••...••• •<-., • ' .,, ,,v<.<, , ,■ |, ,,

note).

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se (i) il y avait devant la pièce du milieu, sur la façade donnant du côté du parc, un petit balcon.

Nous savons d'autre part que la disposition actuelle des salles 123, 124, 125, (au-dessus de 33, 32, 30) remonte seulement à 1701. A cette époque la salle de l'Œil de Bœuf fut formée en réunissant deux pièces : le salon des Bassan (ainsi appelé à cause de plusieurs tableaux de ce peintre) et la chambre à coucher du roi. La pièce n° 124 ne mérite que depuis 1701 le titre de « chambre de Louis XIV ». C'était auparavant un grand cabinet que Dangeau appelle « le salon où le roi s'habille ». Enfin la pièce 125 dite aujourd'hui salle du Conseil, était précédemment aussi séparée en deux : le cabinet du roi et le cabinet des perruques (2).

D'autre part sur le plan d'Israël Silvestre on voit au milieu de chaque aile un grand escalier : les entrées se font vis-à-vis sur la cour centrale ; en outre dans l'aile sud, mitoyen au grand escalier, un autre plus petit (qui peut-être descend dans les caves) est séparé du corps de bâtiment principal par une pièce très étroite. Enfin dans les angles de la cour, entre le bâtiment principal et chacune des ailes, s'élèvent les petites tourelles en encorbellement dont nous avons parlé, surmontées de petits toits ronds, très visibles sur la gravure d'Israël Silvestre et le tableau de Pierre Patel ; par là on pouvait, sans doute, au premier étage, passer d'une première pièce dans une troisième sans traverser la seconde occupant le pavillon d'angle (3).

Sur le «tableau de Patel, où l'intérieur de la cour est vu de plus haut, ces deux tourelles sont plus visibles que sur les gravures d'I. Silvestre. Mais sur le plan de Silvestre les indications portées dans les deux angles de la cour correspondent bien à la projection d'une construction de ce genre, fixée seulement aux murs du premier étage, et sans fondations.

Telles sont les données que nous allons maintenant essayer de combiner avec celles de l'inventaire de 1630 pour déterminer d'une

(i) Ci-dessus, page 196.

(2) DussiEux, p. 222, 230, 244.

(3) Par exemple d'une pièce située au-dessus de celle qui est marquée A sur notre reproduction du plan de Silvestre, dans une pièce située au-dessus de la pièce C, sans passer par la pièce B. De même au-dessus de E et G sans passer au-dessus de F.

façon plus précise la répartition des pièces comme, peu d'années auparavant, S. de Brosse l'avait établie.

Le bailli qui fait l'inventaire se rend d'abord dans les appartements du roi, en y montant tout droit par l'escalier de l'aile sud ; il traverse une sorte d'antichambre attenant au cabinet, mais par où on pouvait aller aussi directement à la chambre du roi (i). Aujourd'hui c'est la partie occidentale de l'antichambre du roi (121, au-dessus de 34).

On parcourt ainsi successivement, du sud au nord, le cabinet et la chambre du roi (correspondant exactement à l'CEil de Bœuf), la salle du roi avec petit balcon (chambre de Louis XIV, 124, au-dessus de 32), la garde-robe y attenant ; puis viennent, sur le côté nord, cinq pièces occupées par des gentilshommes attachés à des titres divers à la maison du roi : la chambre de M. de Saint-Simon (« M. le premier ») qui a déjà occupé une autre chambre également contiguë à Tappartement du roi (au-dessus de 35) avant de remplir ces fonctions (2). C'était, à î'angle du château, la partie nord-ouest du cabinet du conseil actuel ; un cabinet complète ce petit appartement. Venait ensuite la chambre de M. de Nogent (au-dessus de 29) : avec addition d'une alcôve, c'est la chambre dite « de Louis XV » (126) (3). Le salon des pendules (127) oc-

(i) E. Couard, L'intérieur, etc., p. 29 ; les mots « gallcrie allant à la chambre du roy », entre crochets dans cette publication, paraissent avoir été rajoutés après coup comme pour réparer un oubli, A Wideville « l'escalier d'honneur, étroit et un peu roide, a conservé ses voûtes de pierre et de brique alternées » (Comte DE Galard, IVidcvillc, p. 96). Il y avait de même « une longue galerie ornée de niches et de statues » dont la duchesse d'Uzès fit au xvill* siècle une orangerie. La bibliothèque (nous n'en voyons pas à Versailles) qui occupait le 1" étage fut alors divisée en chambres, et « des cloisons rendirent plus indépendants des appartements qui n'étaient composés sous Louis XIII que de vastes salles peu confortables » {ibid., p. 51).

Ce sont bien là des dispositions analogues à celles que nous nous figurons pour le plan primitif du château de Versailles.

(2) E. Couard, p. 45.

(S) C'est peut-être de cette chambre que M. Hatiffol dit (art. cité, p. 857) : '< Il n'y aurait peut-être qu'une pièce ayant gardé ses quatre murailles de 1624 : ce serait une petite salle sur la cour de marbre, à droite au fond » (ce qui ne ferait pas tout à fait exact à cause de l'alcôve ajoutée), à moins qu'il s'agisse plutôt de la salle 29, au rez-de-chaussée, ce qui cnt rigoureusement vrai.

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