PORTAIL DE SAINÏ-GERVAIS
aux églises de France le genre de décoration qui dès la fin du XVI*' siècle avait prévalu en Italie ». Mais cette façade des Carmes est beaucoup moins majestueuse, et plus semblable en effet à l'église de Gesù (i).
La plupart des églises de Paris dont on peut comparer — de très loin — le portail à celui de Saint-Gervais, sont, de même, plutôt semblables au Gesù et n'ont, comme la façade romaine, que deux étages de pilastres : Ainsi Saint-Etienne-du-^Iont (la reine Marguerite posa la première pierre du portail en 1620) (2), Sainte-Elisabeth, (la première pierre fut posée en 1620 par Marie de Médicis) (3), portail à pilastres doriques et ioniques; Notre-Dame des Victoires (Louis XIII posa la première pierre en 1629), le portail est de Cartault (4) ; Saint- Roch (première pierre en 1653), le portail est de Robert de Cotte (5) ; Saint-Thomas d'Aquin etc.
Il n'y a à Paris, à vrai dire, qu'une seule église dont la façade soit une imitation directe de l'œuvre de S. de Brosse, mais la copie est bien inférieure au modèle ; c'est l'église Saint-Paul-et-Saint-Louis, 99, rue Saint-Antoine, construite pour le noviciat des Jésuites dans un quartier tout proche de Saint-Gervais par le P. François Dcrrand (1627). « Le portail fut élevé en 1641 aux frais du cardinal de Richelieu d'après les plans du Jésuite Marcel Ange (6). n L'abl)c Fétivy disait que « c'est un ouvrage monstrueux, où l'on a eu soin de n'oublier aucune des fautes grossières qu'on peut faire en architecture (7) » ; sans porter un jugement aussi sévère on doit cons-
(i) Voir illustration ci-dcs.su.s p. l8.^
(2) ViOLLKT-LE-Duc, Paris-Guidc, p. 718.
(3) Ihid., p. 717.
(4) Ihid., p. 738.
(5) Ihid., p. 740. On peut aussi comparer le portail (avec colonnes saillantes) de la Sorbonnc (Lemercier 1622), le Va!-dc-Grâce (Mansart et Lemerdcr 1645-1665), Les Invalides (Mansart), l'Oratoire (commencé en 1621 par Lemercier, achevé en 1630 par Métézeau ; le portail ne fut bâti qu'en 1745 par Pierre Caqué),
(6) Vioi.LKT-LE-Duc, Paris-Guide, p. 730. Cf. Lkmonnier, L'ùrî français
(7) Cit»'- par >î RrafI (t-r "- f •' c<\ . t lîl. col. 304).
tater combien à Saint-Paul, la superposition trois fois répétée de colonnes corinthiennes produit moins bel effet que l'emploi de trois ordres différents à Saint-Gervais (i).
Sauvai nous a conservé les noms des collaborateurs de S. de Brosse : le portail dessiné par lui, avait été « fait par Monart : les figures hautes — c'est-à-dire les statues décorant les étages supérieurs ■ — étaient de Guilain (2), les basses de Boudin [ou plutôt Boiirdin],.. Le modèle du portail sert [il a disparu aujourd'hui] de retable à l'autel de la grande chapelle de la Vierge. Ce contretable est en bois, fait par de Hanci (3). »
Avant d'arriver au chef-d'œuvre dessiné pour Saint-Gervais nous avons déjà relevé l'importance d'autres portails dans les œuvres de S. de Brosse : au Luxembourg, à l'hôtel de Soissons. Comme celui-ci a disparu une autre construction « dans la rue Pavée, derrière l'église des Grands Augustins » (laquelle se trouvait à l'angle du quai et de la rue des Grands Augustins (4).
Il y avait là « une grande porte d'ordre rustique, ornée de bossages vermiculés selon les proportions du fameux Vignole (5). »
Nous avons noté également que pour le château de Coulommiers S. de Brosse avait établi un projet de porte monumentale qui n'a jamais été exécuté. D'autres projets de portails se trouvent dans l'album de 1607.
(i) Il y a aussi trois ordres de colonnes superposés à Saint-Sulpice dont la façade principale date de 1733 seulement ; le portail septentrional, sur la rue Saint-Sulpice, n'a que deux rangs de colonnes.
(2) Peut-être le même qui collabora en 1612 avec S. de Brosse aux premiers travaux de l'aqueduc d'Arcueil (voir ci-dessus, p. 67).
(3) Antiquités de Paris (1724), t. I, p. 453.
(4) Voir ci-dessus, ch. I, § 4, p. 84.
(5) Brice, Description nouvelle de ce qu'il y a de plus remarquable dans la ville de Paris, édition posthume de 1752, t. II, p. 109.