‹ Un architecte français: au commencement du XVIIe siècle: Salomon De BrosseChapitre 14 sur 92 · ENFANCE ET ÉDUCATION · texte numérisé non relu

ENFANCE ET ÉDUCATION

rendre plus consommé, plus plein de courage, moins arrogant, traitable, modeste, juste, loyal et libéral. Nul architecte ne pouvant rendre une œuvre parfaicte s’il n’est fidèle et libre de sa conscience. » Outre la musique, la médecine, les Lois, il faut aussi qu'il sache « quelque chose de l’Astrologie »…, et l’auteur, se rendant compte qu'il est bien exigeant pour le « parfait architecte », conclut : « Ce n’est pas qu'il n'y en puisse avoir sans toutes ces sciences, mais je t'asseure qu'ils le seroient (sic) encores davantage les ayans, ou au moins quelque peu d'intelligence de chacunes ». S. de Brosse acquit peu à peu ce quelque peu d'intelligence pour plusieurs, et, pour le dessin, par exemple, il était certainement doué d’une manière exceptionnelle.

De bonne heure il dut manier l’équerre et le compas, en même temps qu'il voyait extraire la pierre des carrières voisines. Dans le milieu social où il était né, l'instruction théorique et l'éducation pratique étaient menées de front. Le développement professionnel et artistique se faisait tout naturellement. Outre les Androuet du Cerceau et les Brosse il y avait alors à Verneuil d’autres familles où, souvent de père en fils, on était à la fois maçon, entrepreneur, architecte : les du Ry, les Métivier, les de la Fons (1) ; comme tant d’autres artisans et artistes ils sont, vers cette époque, devenus protestants, et la communauté de religion est une raison de plus qui explique les alliances contractées entre ces diverses familles.

J'ai pu compulser à la mairie de Verneuil le plus ancien document que possèdent les archives municipales (2) : c'est un « registre des baptesmes de l'Eglise de Verneuil sur Oize commençant le premyer : jour de janvyer mil cinq cens quatre vingtz », c'est-à-dire à l’époque même où d’autres pièces renferment le nom de Jean Brosse. Je ne l'ai pas relevé sur ces registres, mais on y voit plusieurs fois, à partir

(1) On trouve sur les registres ce nom écrit de toutes les façons possibles, en un, deux et trois mots : Delafons, dela Fons, de la Fons.

(2) Voir pièces justificatives, p. 257. M. Read avait fait ou fait faire de ces registres quelques extraits, déposés après sa mort à la Bibliothèque de la Société de l’histoire du protestantisme français. À la fin de 1587 seulement j'ai, sur les registres de Verneuil, relevé la signature du curé : Boucher.

du 27 octobre 1588, « Salomon Brosse » comme parrain, tantôt seul, tantôt avec un autre parrain ; de même à partir de 1580, celle qui devint — plus tard semble-t-il — la femme de S. de Brosse, Florence cu plus souvent Fleurence Métivier ou Mestivier est marraine, et cela presque toujours avec une autre personne ; nous ne savons S'il faut en conclure que l’autre parrain ou l’autre marraine étaient catholiques, et que S. de Brosse et F. Métivier, protestants, avaient besoin d'être suppléés, où au contraire si Salomon de Brosse, à cette époque, était, pour quelques années, devenu catholique. A la date du 9 novembre 1588, sur un second acte de baptême où Salomon Brosse figure comme parrain, et Fleurence Métivier comme marraine, M. Réad avait lu après ce nom'« dame Brosse », expression tout à fait inusitée dans ce registre, et du reste inexacte, car il y a deux « marrines » : Fleurence Métivier « et Anne Brosse » (sœur de Salomon). M. Ch. Read et d’autres après lui concluaient que Salomon Érosse s'était marié entre 1585 et 1588, et plus près de 1588 puisqu’'en 1585, Salomon n'était pas encore majeur. Cette date parait en effet d'une approximation assez satisfaisante, mais demanderait à être établie avec d’autres preuves, que nous n'avons malheureusement pas encore trouvées.

Fleurence Métivier, pendant plusieurs années consécutives, est toujours marraine, une ou plusieurs fois par an, comme une personne évidemment notable, à laquelle on était bien aise de donner toujours de nouveaux filleuls ; et la même remarque, pour une période un peu postérieure, s'applique — quoique moins souvent — à Salomon Brosse.

Fleurence était vraisemblablement sœur d'Antoine Métivier, architecte du roi, qui eut pour successeur Jean Androuet du Cerceau, fils de Baptiste (1). Un autre futur architecte, « Salomon de la Fons »

(1) Brevet du 30 septembre 1617 (France prot., 2° éd. t. III, col. 197). Dans le terrier de Verneuil conservé aux archives de Chantilly, on trouve un « Nicolas Métivier, laboureur ». J'ai vu sur les registres de Verneuil Nicolas et Antoine Métivier figurer comme parrains dès février 1581 (chacun avec un autre parrain).

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