‹ Un architecte français: au commencement du XVIIe siècle: Salomon De BrosseChapitre 6 sur 92 · PRÉNOM : JACQUES OU SALOMON · texte numérisé non relu

PRÉNOM : JACQUES OU SALOMON

On s'est demandé quelle était l’origine de cette substitution : les uns l’ont attribuée à un simple lapsus calami (1), les autres à la signature « S. de Brosse », où « l’initiale est mal conformée et allongée comme un J (2). » L’S est petit et barré d’un trait oblique, mais suffisamment distinct. Il y a peut-être eu là confusion avec quelque autre architecte : par exemple, le père et l’oncle de S.

de Brosse dont les prénoms commencent par un J : Jean de 3rosse et Jacques du Cerceau ; ou même avec le maitre italien SIGNATURE DE S. DE BROSSE dont le prénom est Jacques et dont le nom, en outre, ressemble à celui de Brosse : Giacomo Barozzio da Vignola (3).

Enfin ce prénom biblique Salomon sentait fort son huguenot, et, en effet, S. de Brosse était protestant ; les protestants de cette époque avaient, en général, qu'un seul prénom (4), et je ne pense pas que, s’il a été baptisé par un pasteur, notre architecte se soit appelé Salomon-Jacques ; mais s’il a été baptisé par un curé, (nous verrons son

ques de Brosse « bien que de récentes recherches semblent établir que son véritable prénom était Salomon (p. 575) ».

(1) Rap, Mémoires des Antiquaires (tirage à part, p. 11).

(2) JAL, Dictionnaire critique, loc. cit.

(3) M. Read, dans la France prot., 2° éd., t. III, col. 208, a remarqué que dans une édition hollandaise (Amsterdam, 1642, in-folio) de la Regola de Cinque ordini d'Architettura, les premières planches sont bien de Barozzio, mais les quatre dernières sont signées : de Bros.

(4) L'auteur des Observations sur la Discipline ecclésiastique (édition de La Haye, P. Gosse, 1760, p. 377) remarque ceci : « Au synode de Saumur (1596), les députés de la province de Poitou demandant si on peut imposer deux noms à un enfant, il a été jugé que c’est une chose indifférente ; mais on exhorte les parents de se tenir à la simplicité », c’est-à-dire, en l'espèce, à un seul nom. De fait, sur les registres de Charenton et d'autres églises, que j'ai examinés en assez grand nombre, les enfants ne reçoivent presque jamais qu’un seul nom. Mais la règle ci-dessus citée est postérieure à la naissance de S. de Brosse,

Le

nom et celui de ses parents sur des registres catholiques), il peut s'être d'abord appelé Jacques, ou avoir eu un parrain de ce nom, et avoir pris plus tard le prénom de Salomon que lui auraient primitivement destiné ses parents. Peut-être aussi la reine-mère, les seigneurs catholiques et les prélats qui employèrent ses services, ne tenaient-ils pas à montrer qu'ils s'adressaient à un artiste protestant et l’appelaient-ils volontairement de ce nom de Jacques qui n'était pas le sien, mais paraissait moins compromettant (1).

Toujours est-il que l’on peut aujourd’hui encore lire ce faux nom « Jacques de Brosse » imprimé dans nombre d'articles (2), frappé sur une médaille (de 1836), gravé sur le socle de deux statues et derrière la fontaine Médicis ; de 1838 à 1881, il a figuré au coin de la rue qui aboutit à la place Saint-Gervais, et lorsqu'on obtint un arrêté rectificatif, le préfet refusa de rétablir le prénom exact : la rue s'appelle rue de Brosse tout court. Aïlleurs on a trouvé un autre expédient : ainsi parmi les noms des grands artistes inscrits sur le palais du Trocadéro, au coin de la place et de l'avenue du Trocadéro, on lit Jacques ct Salomon de Brosse, comme si les deux prénoms avaient appartenu à deux personnages distincts.

(1) Parmi les personnages du XVII siècle qui ont ainsi porté deux prénoms, l'un d’allure plus catholique, l’autre d'allure plus protestante, je citerai par exemple un contemporain de Brosse : Cayer., Lorsqu'il était pasteur, ‘aumônier de la princesse Catherine de Bourbon, il s'appelait Pierre ; après son arrivée à Paris et son apostasie (1505), il devint Pierre Victor (France prot., 2° éd. t. III, col. 044). Plus tard, un aventurier qui se prétendait &lleul de Benjamin de Rohan-Soubise s'appelait Benjamin lorsqu'il avait à tirer parti de ses belles relations protestantes, et & il signor Bencdetto » quand il se disait parent du doge Priuli (mort en 1624; cf. E. Réveillaud, Véritables faits et gestes du seigneur Benjamin Prioleau etc. La Rochelle, Texier, 1909).

(2) Ainsi M. Lechevalier-Chevignard, professeur à l’école nationale des arts décoratifs (Les styles français, Paris, 1802) écrit : « Jacques Debrosse ». De même, M. H. Bourdonnay (Le Palais de justice de Rennes, 1902, p. 5) : M. Banéat (Mémoires de la Société archéol. d'Ille-et-Vilaine, t. XXXVI, Rennes, 1907, p. 39) : & Jacques Desbrosses ; » M. L. Décout (L'Histoire de L'art apprise bar des promenades dans Paris, Paris, 1910, p. 267 : « Jacques de Brosse. »

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