REL
PORTAIL DU LUXEMBOURG D'après un dessin de Blordel
couplez, excepté aux principales entrées du côté de la cour et du côté üu jardin, et sur le corps du milieu qui sert de chapelle, où l'on a mis des colonnes à la place de pilastres. Les ordres qui règnent partout sont le Toscan et le Dorique avec un Attique au-dessus ; et sur les quatre gros pavillons aux angles, au Toscan et au Dorique des autres on a de plus ajouté l’Ionique pour troisième ordre ; ce qui rend ces pavillons plus élevez que le reste. Les entablemens autour des combles sont chargez d’une balustrade soutenue de piédestaux qui règne également partout, avec des frontons aux faces principales, sur lesquels il y a des statues couchées qui sont d’une misérable exécution quoiqu'elles aient été faites par des Italiens que l’on fit venir exprès. Ce qui enrichit encore beaucoup cette belle architecture est le bossage, lequel n'ôte point aux ordres la simplicité qu'ils doivent avoir, parce que l’on a observé très sagement de donner à chaque ordre le bossage qui luy convient, avec des mesures assez justes qui enrichissent cette architecture au lieu de l’offusquer comme quelques gens peu entendus se le sont imaginez mal à propos. »
L’appréciation de Sauval, un peu plus tard, complète sur quelques points cette description (1) : « Toutes les faces de ce palais sont riantes ; tout y rit de tous les côtés ; la face est riante, la cour avec les bâtiments riants, le corps de logis vers le jardin et toutes ses parties séparément, et tout cela de plus très majestueux. Il n'y a point, dans toute l’Europe, de maison qui paroisse avec plus d’orgueil et plus de faste ; tout en est grand et majestueux, le portail est bâti d’une manière grande et toute superbe ; le dôme et les deux gros pavillons lui donnent une majesté royale. L'ouvrage rustique fait un effet aussi surprenant que merveilleux, et si l’on en considère en gros l’architecture, soit du dedans de la cour soit du dehors, partout on la trouve grande et admirable. » ;
En critiquant telle partie de l'édifice, d’Argenville, un siècle plus tard, remarque qu’elle n’est pas dûe à l'architecte primitif : « On prétend que le grand escalier si massif et si sombre est du dessin de Marin de la Vallée. Il est indigne de la magnificence d’une maison royale (2). »
Qi) Hist. et antiquités de Paris, t. III, p. 7. (2) Vie des fameux architectes, 1787, p. 320.
Un détail pour terminer. Aujourd'hui on aperçoit d'une assez grande distance l’entrée du Luxembourg en haut de la rue de Tournon ; il n’en a pas toujours été ainsi : la rue de Tournon existait bien: dès le xvri® siècle, mais son prolongement — la partie de la rue de Seine comprise entre la rue des Quatre-Vents et le Boulevard Saint- Germain — n’a été percée qu'à une date tout à fait moderne. Marie de Médicis (d'accord sans doute avec S. de Brosse), aurait voulu tracer une avenue plus magnifique, comme celles qui aboutissent aujourd'hui au palais de Versailles : « Dans toute l’Europe il n’y a point de maison qui paroisse avec plus d'orgueil et plus de faste [que le Luxembourg] », disait Sauval, et il ajoutait avec regret : « Si le Pont-Neuf et la rue Dauphine eussent conduit en ligne droite à la face de cette belle maison comme la reine en avoit bien envie, il n'y eût point eu d’avenue au monde ni plus longue ni plus magnifique, ni de portail plus superbe (1). »
Quant aux abords du palais de l’autre côté, c’est-à-dire aux jardins du Luxembourg, on a dit qu’ils avaient été dessinés par De Brosse lui-même « bien que son plan ait été souvent remanié (2) ». C’est une erreur (3). Ces travaux ont été confiés dès les premiers temps à un coreligionnaire de S. de Brosse, Jacques Boïiceau, sieur de la Barrauderie ou de la Béraudière (près la Rochelle), gentilhomme ordinaire de la chambre du roi et intendant de ses jardins (4).
(1) T. III, p. 7. Sur le plan de Turgot la rue du Brave, prolongement de la rue de Tournon au nord de la rue du petit Bourbon, se continue elle-même par une sorte d’impasse, la cour des quatre vents à l'est de la foire Saint-Germain.
(2) LasTEvRIE, Paris-Guide, 1867, t. I, p. 570.
(3) Provenant sans doute d’une confüsion entre S. de Brosse et Guy de la Brosse, médecin du roi, à qui Bullion (le châtelain de Wideville) donna le moyen de créer le jardin des plantes médicinales (Cte de Gararp, Wideville, p. 40).
(4) On a de lui un « Traité de jardinage selon les raisons de la nature et de Part, divisé en trois livres. Ensemble divers dessins de Parterres, Pelouzes, Bosquetz et aultres ornements servans à l'embellissement des Jardins », où se trouvent entre autres des parterres à la française dessinés pour le Luxembourg, Versailles, les Tuileries, le Louvre et Saint-Germain. Cet ouvrage fut publié après la mort de Boiceau, en 1638, à Paris, in-folio, chez Michel van Lochom.