CHATEAU DE VERSAILLES. FAÇADE ORIENTALE
Reproduction réduite d’une gravure d'I. Silvestre (1) $ 3. — Château de Versailles.
Si l’on fait abstraction de notre hypothèse relative à Fontainebleau, Monceaux avait été la première résidence royale à laquelle avait travaillé S. de Brosse ; Versailles fut la dernière (2). Ce sont deux types exquis de châteaux de moyennes proportions, au plan simple, à l’aspect agréable. Versailles était plus modeste : « picciola casa », disait un Vénitien en rapportant une conversation du roi lui-méme (3) ; & un petit château de gentilhomme », disait un grand seigneur français (4). Un autre, Saint-Simon, a entendu son père, logé dès les premières années à Versailles, décrire le « petit château de car-
(1) Vue reproduite avec l'aimable autorisation de l'éditeur et de l’auteur, d'après le cliché du Château de Versailles, par G. BRIÈRE, librairie centrale des Beau- Arts, E: Lévy, 13 rue Lafayette, Paris.
(2) Elles figurent, avec l’aqueduc d'Arcueil, autour du plan de Gomboust en 1652 : c’est-à-dire trois œuvres de Brosse sur quatorze « maisons royalles et remarquables des environs de Paris ».
(3) G. Pesaro, dépêche du 11 juillet 1624, Bibl. nat, ms. italien 1782, p. 376, cité par M. Batiffol, Louis XIII à vingt ans, p. 650.
(4) Marquis de Sources, Mémoires, édition Cosnac, 1882, t. 1. De
tes que Louis XIII avait fait pour ne plus coucher sur la paille », ce n'était que « la contenance étroite et basse autour de la cour de marbre qui en faisait le tour, et dont le bâtiment du fond n'avait que deux courtes et petites ailes. » (1)
Les bâtiments primitifs sont aujourd’hui encore assez reconnaissables, beaucoup plus, croyons-nous, qu'on ne l'a dit jusqu’à présent. Et ce n'est pas l'effet d’un simple caprice des architectes. Pendant trente ans (1669-99) ils ont entouré l’œuvre de leur prédécesseur de constructions nouvelles, mais ils ont respecté autant que possible le chàteau de Louis XIII, et cela conformément à un ordre formel de Louis XIV. Félibien, dès 1674, l’a constaté : « Sa Majesté a eu cette piété pour la mémoire du feu roi son père de ne rien abattre de ce qu'il avoit fait bâtir ; tout ce que l’on y a ajouté n'empêche point qu'on ne voie l’ancien palais tel qu'il étoit autrefois (2). » A cette époque on voyait encore, littéralement, une grande partie des façades élevées un demi-siècle auparavant, car les seuls angles du bâtiment primitif avaient été masqués par les premières additions de Levau (1669) ; depuis lors, ces façades — sauf celles de la cour de marbre — ont presque entièrement disparu sous les additions de Mansart à l’ouest (1679), au nord (1690) et au sud (1699). Et pendant deux siècles, en présence de la masse imposante du palais nouveau, visiteurs et historiens ont oublié l'existence — la préexistence — du château ancien : « Louis XIV enveloppa si bien de ses constructions le Versailles de Louis XIIT qu’i le fit disparaître en le conservant, et qu'il n’y eut plus pour les contemporains ou la postérité qu’un Versailles : ie sien » (3).
Avant d'essayer de reconstituer avec quelque détail le Versailles primitif, citons la description savante et gracieuse faite par M. de Nolhac : « Le château était formé d’un corps de logis au fond d’une petite cour carrée dont deux ailes de bâtiment faisaient les côtés, et que fermait, du côté de l’arrivée, un portique à sept arcades. Quatre
(1) Mémoires, éd. Chéruel, XII, 8r ; cf. édition A. de Boislisle, t. 1, p. 156, 431, 496, 501.
(2) Description sommaire du château de Versailles, Paris, Desprez, 1674, p. 3.
(3) Guirrrey, Comptes des bâtiments du roi, Paris, 1881, t. I, p. 20.
petits pavillons s’adjoignaient aux quatre angles du château, dont les façades intérieures avaient seulement cinq à six fenêtres. La construction était toute de pierre et de brique, et des tables de pierre s’appliquaient, pour tout ornement, au milieu des surfaces de brique. Les toits étaient percés alternativement de mansardes et de lucarnes correspondant aux fenêtres... C’est dans la cour de marbre, dont deux côtés sur trois paraissent avoir conservé, sauf pour l’ornementation, l'aspect architectural primitif, qu'on peut se faire quelque idée de la construction, de l’élégante disposition de la brique et de la pierre, et de l’heureuse coloration qu’elles présentaient aux yeux » (1).
Pour nous représenter ce château primitif nous possédons quelques documents essentiels : le plus vieux est un inventaire de 1630 (2). En fait de gravures, aucune ne correspond à un état aussi ancien : celle qui figure dans un angle du plan de Gomboust, dûe à A. Bosse, date probablement de 1647-1652 : le « petit château » de 1624 avait déjà pu, en un quart de siècle, recevoir quelques additions ou modifications. À Israël Silvestre nous devons un précieux plan du rez-dechaussée en 1667 (3) et une série de quatre gravures représentant le
(Gi) P. pe Nozuac, La Création de Versailles, p. 205 (voy. ci-dessus, 1° partie, $ 5). Cf. G. BRiÈRE, le Château de Versailles, Introd., p. III : « il ressemblait aux demeures élevées alors par les Clément Métézeau et les Le Muet… constructions de structure logique, de lignes élégantes et sobres égayées par l'alliance heureuse des tons rouges de la brique aux blancheurs de la pierre. » Je remarque que Métézeau et surtout Le Muet sont nés vers 1381 et 1591 et sont morts en 1652 et vers 1660, l’un et l’autre longtemps après S. de Brosse et que s’il y eut imitation c’est eux qui ont été les imitateurs.
(2) E. Coüarp, archiviste de Seine-et-Oise : L'intérieur et le mobilier du chäàteau royal de Versailles (1630), Mémoire et recueils, etc. des archives de Seineet-Oise, XII, p. 46, etc. (Versailles, in-8°, 1906), d'après un inventaire après décès du concierge du château François Monjay (Arch. de Seine-et-Oise, réserve, série B, Bailliage de Versailles, 1630). Cf. Petit Temps du 7 juillet 1906, conférence de M. Coüard devant la commission des antiquités et des arts de Seine-et-Oise.
(3) Chalcographie du Louvre, n° 3321. Nous reproduisons (p. 208) la partie qui nous intéresse, avec les dimensions de l'original, en ajoutant seulement des lettres et des chiffres pour désigner les pièces correspondantes. En face (p. 209) est représenté à la même échelle l’état actuel des lieux, avec la numérotation officielle,
château de trois côtés différents : celui du nord seul manque (x). Pérelle a représenté postérieurement à 1661 la façade sur les jardins, enfin dans la salle « des résidences royales », une peinture de Patel extrêmement minutieuse représente le château en 1667.
D'autre part il subsiste nombre de murs intacts ou remaniés, d’embrasures ouvertes ou condamnées, qui constituent dans le Versailles actuel des documents encore trop incomplètement consultés.
Pour retrouver le château Louis XIIT sous le palais Louis XIV, il est utile de comparer les dispositions qui lui sont communes avec le prototype : Verneuil, et les autres œuvres de Brosse, notamment le Luxembourg qu'il venait d'achever. C’est, pour les lignes générales du plan, toujours à peu près la forme de la lettre grecque x : une cour intérieure limitée par trois « grands corps d’hostel » comme dit Malingre, avec quatre pavillons aux angles, et du côté opposé au bâtiment principal du fond, un portique à sept arcades avec portail au milieu, plus ou moins décoré ; au Luxembourg il y avait un mur le long de la rue de Vaugirard ; de même à Fontainebleau à droite et à gauche de la porte du baptistère ; dans l’un et l’autre cas il n'y a qu'une rangée de colonnes, du côté de la cour. A Versailles au contraire il n’y a aussi qu'une rangée de colonnes, mais sans mur parallèle. Seulement la base et les chapiteaux de ces colonnes étaient assez larges pour supporter le promenoir qui, plus large, surmonte aussi au Luxembourg les arcades (2) : par là on passait de plain pied de l’extrémité d’une aile à l'extrémité de l’autre.
Les dimensions étaient à Versailles, en mesures actuelles, les suivan-
(1) Veuë et perspective du Chasteau de Versailles de dedans l’anticourt, 1664 ; Veuë et perspective du chasteau de Versailles du costé de l'entrée, 1664 ; Veuë ci perspective du chasteau de Versailles du costé de l'Orangerie, 1664 (Chalcographie, n°° 2870, 2880, 2881). Veuë du chasteau royale de Versaille où le Roy se va souvent divertir à la chasse ; cette dernière gravure est sans date et nous ne savons pourquoi p. ex. M. BRIÈRE (le Château de Versailles, introduction, p. 1 et III) pense qu’« on peut la dater de Ia même époque » non que les autres gravures de Silvestre, mais que le plan de Gomboust, c'est-à-dire « vers 1652 ».
(2) C’est la « haute allée » dont parle Malingre en 1640.
tes (1) : environ 38 mètres pour la façade sur le jardin, 32 de profondeur, y compris le portique, 21 de largeur pour la cour intérieure carrée, tandis que la cour de marbre est un rectangle plus allongé. Cette harmonie des proportions est bien conforme à ce que nous savons du goût de Brosse.
Cherchons à faire le tour extérieur du bâtiment primitif. Pour cela une remarque préliminaire est nécessaire relativement aux quatre pavillons « décrochés » qu'on voit sur le plan d'I. Silvestre (page 208, 1
qu
- À # / 1 # Da y ) ur ne = = |