CHATEAU DE VERSAILLES. FAÇADE OCCIDENTALE
Agrandissement d’une gravure d’A. Bosse, sur le plan de Gomboust (2)
4). Ce plan comporte trois pièces et deux escaliers dans l'aile méridionale, cinq pièces dans le bâtiment principal, quatre pièces et un escalier dans l'aile septentrionale, en tout douze pièces, sans. compter ies pavillons décrochés. Si le premier étage renfermait le même nombre de pièces, cela faisait vingt-quatre. Or l'inventaire de 1630 en signale vingt-six.
Mais si l'on déduit un cabinet exigu au rez-de-chaussée ét une pièce
lui faisant pendant au premier, on arrive précisément au chiffre des
(1) L. BarirroLr, Revue de Paris, 1000, p. 856 ; Louis XIII à vingt ans, p. 655. (2) À comparer avec la réduction de la gravure d'I. Silvestre, ci-dessus p. 93.
douze pièces de Silvestre : il semble donc que l'inventaire ne parle pas des pavillons d'angle (comme il ne parle pas de chambres et débarras situés sous les combles, incontestablement existant en haut du bâtiment principal et des ailes d’après toutes les gravures d'I. Silvestre). Ces pavillons ne sont pas figurés sur la gravure la plus ancienne, celle de Bosse (1).
On pourrait donc se demander si les quatre petits pavillons « décrochés » ont été construits dès l’origine, ou si — prévus peut-être dès le plan primitif de S. de Brosse — ils n'ont été construits que plus tard, entre 1630 (date de l'inventaire) et 1647-52 (dates du plan de Gomboust gravé par A. Bosse). Il est très facile de se représenter dans sa simplicité rudimentaire le x du premier château sans pavillons, ceux-ci ne touchant aux bâtiments essentiels que par une surface commune tout juste assez large pour y percer une petite porte. On conçoit même assez bien que, pour répartir les crédits, comme nous dirions aujourd’hui, sur plusieurs exercices, on n'ait d’abord construit que le bâtiment du fond et les deux aïles, puis quelques années plus tard, les quatre pavillons d'angle : ce qui ajoutait huit pièces aux vingt-six énumérées sur l'inventaire de 1630, soit une augmentation du tiers ; et dans les combles il y avait aussi place pour de nouvelles chambres de domestiques et débarras. Peut-être même ceci expliquerait-il l’intervention de Le Roy achevant l'exécution du plan de S. de Brosse et liquidant les comptes de 1631 à 1636 (postérieurement à l'inventaire de 1630). À Verneuil et au Luxembourg on a agrandi par ce même artifice consistant à flanquer de pavillons additionnels les bâtiments primitifs.
Retrouver d’abord l’emplacement de ces quatre pavillons décrochés facilitera notre tâche en ce qui concerne les bâtiments contigus formant le noyau primitif à Versailles. Ceux-ci entouraient et entourent aujourd’hui encore la « cour de marbre ». Un peu à l'est de la marche qui sépare la cour de marbre de la cour royale, on voit sur les façades qui bordent cette dernière au nord et au sud deux saillies (2) : ce sont les pilastres qui étaient jadis à l'angle des pavillons décrochés. Leur
(1) Voir la gravure ci-dessus (à laquelle s'applique la note Tr, p. 192). (2) Tout près du bord inférieur du cliché employé p. 200.
superficie exacte est occupée par deux pièces (1) attenant au vestibule de marbre (ou de la Reine) et au vestibule des ambassadeurs (ou de Louis-Philippe).
Au premier étage le pavillon nord-est est représenté exactement aujourd'hui par la salle n° 132, le pavillon sud-est occupait l'espace compris entre l'escalier de marbre ou de la Reine (n° 119) et la cour royale.
Du côté de l’ouest, au rez-de-chaussée, l'un des pavillons décrochés est représenté par la salle n° 50 jusqu'aux portes qui communiquent avec les salles en tanneten?
pr. lassalle ns an contraire, n'est plus tout à fait sur l'emplacement du pavillon nord-est, mais, en gros, la « galerie basse » (51) donne idée de l’espace qui séparait les deux pavillons du côté du jardin. Au premier étage dans la galerie des glaces 1 n’est plus pos-
sible de trouver aucun PALAIS DE VERSAILLES, MUR DE LA COUR VERTE vestige des anciens paparallèle et probablement analogue au mur primitif villons occidentaux Le gravure du plan de Gomboust montre sur les côtés des bâtiments un fossé assez
large, avec fausse braye ou basse enceinte bordée d’une balustra-
(1) Sans chiffre dans la numérotation actuelle des plans officiels, entre les
n°° 26 et 27 d'une part, 36 et 38 d'autre part (voir page 209).
de et servant également de promenoir au rez-de-chaussée (p. 196). Les quatre petites cours situées aujourd’hui à droite et à gauche de la cour de marbre (p. 209) occupent une partie de ces anciens ouvrages, mais elles ne longent plus immédiatement les anciens murs, sauf sur deux points que nous déterminerons, au nord ; contre ces anciens murs, les séparant des fossés, il y avait un rebord que Levau et Mansart ont utilisé pour leurs constructions postérieures : ils ont ainsi agrandi certaines salles, pratiqué des corridors, cabinets, etc. Le fossé occidental était à la place de la « galerie basse » longtemps appelée « Louis XIII », à tort, puisqu'elle a été construite après la mort du premier possesseur.
Du côté oriental tout au moins, la profondeur du fossé était égale ou supérieure à la hauteur des déblais qu’on a retirés, sous Louis-Philippe, en abaissant le niveau de la cour intérieure, soit 1 m. 75. D’après le niveau du pied des colonnes et des pilastres, ainsi que d’après les assises inférieures en pierres de taille, on voit parfaitement où commençaient jadis les parois en briques avec tables de pierre blanche.
Tout ceci posé voici comment on peut reconstituer le pourtour du chàteau primitif. Au rez-de-chaussée d’abord, si nous partons de la salle 36, nous nous trouvons dans une pièce dont les murs nord et est appartiennent au pavillon primitif. Au sud il s'étendait plus loin, jusque vers le milieu de la salle 37. Le mur de cette salle qui la sépare des salles 36 (à l’ouest de la porte) et 35, date de l'origine du château. La largeur de ce premier château est exactement celle de la salle 35. De ce côté par conséquent, le mur (1) qui longe actuellement la cour verte et la cour de la Reine, du Dauphin ou de l'Œil de Bœuf n’est pas le mur extérieur primitif (2), mais a été élevé parallèlement à celui-ci, et en reproduisant son aspect général, par Mansart (16009). C’est le même architecte qui a construit l’escalier et la petite pièce qu'on voit dans l’angle de la cour de la Reine (3). Maïs le mur nord de cette petite pièce est à sa pla-
(1) Représenté page 198, et situé au-dessus de la lettre M du plan à la page 207.
(2) B des plans, p. 200 et 201 ; C, autre mur primitif renforcé postérieurement à l’état représenté par le plan de Silvestre (p. 208).
(3) Voir je plan page 201. Sur la figure p. 203 cet escalier est vers la lettre E.
ce où finissait au sud le bâtiment principal de l'ancien château (salle 33 actuelle). La salle 50 ayant encore pour murs de tous côtés, sauf vers la terrasse, ceux de l’ancien pavillon décroché, il y a entre cette salle d'une part, la cour de la Reine et la pièce en arrière de l'escalier extérieur actuel, d'autre part, une étroite tranche de constructions qui remontaient déjà à Levau (1669). Mais touchant à la salle 50 d'une part, à la salle 33 d’autre part, un petit réduit se trouve encore à la place d'un des petits escaliers qu’on voit sur le plan et les gravures de Sil- | vestre ; accolés aux pavillons décrochés et aux pavillons voisins, ils étaient surmontés d’une sorte de toit arrondi qui apparaît seul, vu d'en haut, sur le ta-
33 bleau de Patel' (1).
Et c'est dans cet espace aujourd’hui inutilisé qu'il faudrait peut-être placer l'escalier par lequel Richelieu serait mon-
té chez le Roi lors de la journée des duhe pes (11 novembre 1630). C'est à quelques
angle nord-ouest mètres plus au sud, dans la partie ajou-
RQ Re LD nn Ne tée par Levau, que se trouve un esca-
des lieux vers 1669 C < 2 e lier à vis auquel on a souvent donné par
erreur la qualification d’ « escalier des .. , . . , . N . \ dupes » (2). Soit le réduit, soit l'escalier à vis manque sur beaucoup de
(1) Sur un plan de 1747 extrêmement précis et détaillé (album ayant appartenu au roi Louis XV) que M. de Nolhac a eu l'extrême amabilité de nous communiquer, nous avons constaté qu'un escalier du même genre a existé pri-. initivement en un point absolument symétrique, formant saillie de l’autre côté du château, contre le pavillon nord-ouest. Mais tandis que sur ce plan de 1747, le cercle représentant l'escalier sud-ouest est rayé de traits indiquant les marches, le cercle représentant l'emplacement de l'escalier nord-ouest est blanc, indiquant qu'au xvirr siècle il n’y avait plus d'escalier. Et MM. de Nolhac, Brière et moi, en nous rendant sur les lieux mêmes, nous avons pu constater qu'en effet il y a là au 1° étage, près de l'escalier de la Forge un petit réduit garni de boiseries blanc et or qui, par lui-même, n’a pas de raison d’être.
(2) Pour cette page et la suivante nous avons grandement profité des observations techniques qu'a bien voulu faire à notre intention M. Robert Schlæsing,
plans, et on a fait au sujet de l’ « escalier des dupes » plus d’un raisonnement sans fondement.
architecte. Il a dressé pour nous, outre le plan général reproduit page 209, les deux petits plans de détail ci-contre, qu'il faut comparer aussi avec le plan d'I. Silvestre reproduit page 208. Ils représentent, entre le plan primitif et le plan actuel, deux états intermédiaires de cette partie de la cour, après les travaux de Levau et après ceux de Mansart.
Le mur élevé par Levau sur le bord occidental de la cour de la reine (L) comporte trois arcades reposant sur d'épais massifs. C’est dans le massif au nord de Ti l’arcade du milieu que se trouve l'escalier à vis (V) d’une structure qui étonne ici : il ressemble étrangement à ceux qui sont pratiqués dans l'épaisseur des murs ou dans une tourelle auprès du clocher de mainte cathé- L drale gothique ; comme eux souvent, il finit, à la dernière marche du haut, par un arrêt brusque, sans prolongement du pilier central. Nous avons dit que cet escalier à vis ne mérite pas le nom d'escalier des dupes, à moins d'appliquer ce mot à d'autres personnes qu'à celles de 1630 ; il convient guère plus de l'appeler escalier dérobé : qualification qu'il ER mérite seulement pour un observateur pla- des lieux vers 169 cé aujourd'hui dans la salle de l’Œil de Bœuf ; mais au rez-de-chaussée l'existence et