‹ Un architecte français: au commencement du XVIIe siècle: Salomon De BrosseChapitre 74 sur 92 · A ROME · texte numérisé non relu

A ROME

Au Musée du Dôme, à Florence (1), dans la salle consacrée aux divers modèles proposés pour la façade de la cathédrale (Santa Maria del Fiore), figure un projet de Jean Bologne assez semblable à la façade de Saint-Gervais. I] est sans date mais peut être placé aux envi-

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tons de 1388 (démolition de l’ancienne façade ; Jean Bologne est mort en 1608). Le portail comporte six pilastres corinthiens encadrant deux à deux une porte au rez-de-chaussée et une fenêtre au premier étage ; (pour la partie centrale la fenêtre est remplacée par une niche, il y a aussi des niches entre les colonnes 2° et 3°, 4° et 5°, au rez-de-chaussée et au premier étage). La porte principale est surmontée d’un fronton courbe, les portes latérales de frontons triangulaires avec emplacement pour un médaillon ou un buste, ménagé au sommet. Au premier étage au contraire, les frontons des fenêtres latérales sont courbes, le fronton que surmonte la niche centrale est triangulaire. An second étage où il n’y a que la partie centrale, comme à Saint-Gervais, la fenêtre entre deux petits pilastres corinthiens est flanquée de deux niches, à droite et à gauche desquelles est encore un autre petit pilastre. Plusieurs autres modèles exposés dans la même salle emploient exclusivement les pilastres et les colonnes d’ordre corinthien : ainsi deux projets de 1586, l’un de don Giovanni de Medici (n° 128), l’autre de Bernard Buontalenti (n° 132).

A Paris même M. L. Vaudoyer a fait un rapprochement entre le portail de Saint-Gervais et celui de la petite église dont le dôme s'éleva, de l’autre côté de la rue de Vaugirard, quelques années ou seulement quelques mois avant celui de la porte du Luxembourg : « Le portail de Saint-Gervais, dit-il, suivit de près (1616) (1), la construction de l’église des Carmes » ; (il est peut-être plus exact de dire que les deux portails étaient en construction à la même époque d’après les principes pris à une école commune) ; « déjà dans l’ordonnance de cette façade [des Carmes] on peut reconnaitre les efforts faits généralement alors par les architectes français pour adapter

(1) Nous avons vu (ci-dessus p. 70) que d'après Le Maire et Sauval la première pierre du portail de Saint-Gervais fut posée dès 1609 ; « celle de l’église des Carmes fut posée par Marie de Médicis, le 20 juillet 1613. Elle ne fut achevée qu’en 1620. Le nom de l'architecte est resté inconnu. Peut-être est-ce un des religieux venu d'Italie qui en fut l’auteur » (L. VAUDOYER, Magasin pittorcsque, 1846, p. 107).

aux églises de France le genre de décoration qui dès la fin du xvI° siècle avait prévalu en Italie ». Mais cette façade des Carmes est beaucoup moins majestueuse, et plus semblable en effet à l’église de

Gesù (1).

La plupart des églises de Paris dont on peut comparer — de très loin — le portail à celui de Saint-Gervais, sont, de même, plutôt

semblables au Gesù et n’ont, comme la façade romaine, que deux étages de pilastres : Aïnsi Saint-Etienne-du-Mont (la reine Marguerite posa la première pierre du portail en 1620) (2), Sainte-Elisabeth, (la première pierre fut posée en 1620 par Marie de Médicis) (3), portail à pilastres doriques et ioniques; Notre-Dame des Victoires (Louis XIII posa la première pierre en 1629), le portail est de Cartault (4) ; Saint- Roch (première pierre en 1653), le portail est de Robert de Cotte (5) ; Saint-Thomas d'Aquin etc.

Il n’y a à Paris, à vrai dire, qu'une seule église dont la façade soit une imitation directe de l’œuvre de S. de Brosse, mais la copie est bien inférieure au modèle ; c’est l’église Saint-Paul-et-Saint-Louis, GO, rue Saint-Antoine, construite pour le noviciat des Jésuites dans un quartier tout proche de Saint-Gervais par le P. François Derrand (5627). « Le portail fut élevé en 1641 aux frais du cardinal de Richelieu d’après les plans du Jésuite Marcel Ange (6). » L’abbé Pétivy disait que « c’est un ouvrage monstrueux, où l’on a eu soin de n’oublier aucune des fautes grossières qu'on peut faire en architecture (7) » ; sans porter un jugement aussi sévère on doit cons-

(1) Voir illustration ci-dessus p. 183.

(2) Vrozret-Le-Duc, Paris-Guide, p. 718.

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(4) Ibid., p. 738.

(5) Ibid., p. 740. On peut aussi comparer le portail (avec colonnes saillantes) de la Sorbonne (Lemercier 1622), le Val-de-Grâce (Mansart et Lemercier 1643-1665), Les Invalides (Mansart), l'Oratoire (commencé en 1621 par Lemercier, achevé en 1630 par Métézeau ; le portail ne fut bâti qu’en 1745 par Pierre Caqué).

(6) Vrozet-LEe-Duc, Paris-Guide, p. 730. Cf. LEMONNIER, L'art français, p. 225.

(7) Cité par M. Read (Fr. prot., 2° éd., t. III, col. 204).

tater combien à Saint-Paul, la superposition trois fois répétée de colonnes corinthiennes produit moins bel effet que l'emploi de trois ordres différents à Saint-Gervais (1). |

Sauval nous a conservé les noms des collaborateurs de S. de Brosse : le portail dessiné par lui, avait été & fait par Monart : les figures hautes — c’est-à-dire les statues décorant les étages supérieurs — étaient de Guilain (2), les basses de Boudin [ou plutôt Bourdin] Le modèle du portail sert [il a disparu aujourd’hui] de retable à lautel de la grande chapelle de la Vierge. Ce contretable est en bois, fait par de Hanci (3). »

Avant d'arriver au chef-d'œuvre dessiné pour Saint-Gervais nous avons déjà relevé l'importance d’autres portails dans les œuvres de S. de Brosse : au Luxembourg, à l’hôtel de Soissons. Comme celui-ci a disparu une autre construction « dans la rue Pavée, derrière l’église des Grands Augustins » (laquelle se trouvait à l’angle du quai et de la rue des Grands Augustins (4).

Il y avait là « une grande porte d'ordre rustique, ornée de bossages vermiculés selon les proportions du fameux Vignole (5). »

Nous avons noté également que pour le château de Coulommiers S. de Brosse avait établi un projet de porte monumentale qui n’a jamais été exécuté. D'autres projets de portails se trouvent dans l’album de 1607.

(1) Il y a aussi trois ordres de colonnes superposés à Saint-Sulpice dont la façade principale date de 1733 seulement ; le portail septentrional, sur la rue Saint-Sulpice, n’a que deux rangs de colonnes.

(2) Peut-être le même qui collabora en 1612 avec S. de Brosse aux premiers travaux de l’aqueduc d’Arcueil (voir ci-dessus, p. 67).

(3) Antiquités de Paris (1724), t. 1, p. 453.

(4) Voir ci-dessus, ch. I, $ 4, p. 84.

(s) Brice, Description nouvelle de ce qu'il y a de plus remarquable dans la ville de Paris, édition posthume de 1752, t. II, p. 100.

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$ 4. — Temple de Charenton.

Pour le temple de Charenton nous ne connaissons, en fait de document original, antérieur à la construction, qu'un plan du second temvle (2). La planche du recueil de Marot est aussi faite, d’après la légende, « du dessin du S' de Brosse (3) ».

On ne sait presque rien du premier temple de 1606 que nous attribuerions volontiers déjà à S. de Brosse. Il n’en reste plus que les fondations : une vaste voûte en berceau solidement et élégamment

(x) Cliché prêté par la Société de l’histoire du protestantisme français.

(2) Gille SALVÉ, Reigle des cinq ordres d'architecture, 1662 (collection Destailleur, Bibliothèque nationale) plan « paraphé le seizième jour de juin 1623 « par les pnts (présents ?) Marbault, Hureau et Noretz entrepreneur » ; reproduit dans un spécimen d’un ouvrage projeté par M. de Geymüller et qui n’a, croyons-nous, pas paru : © Photographic thesaurus of architecture » (Bibl. soc. hist. prot.).

(3) Bull. hist. prot., 1856, p. 174 et suivantes, cf. 1885 p. 307 : estampes de A. et B. de Hoog, Seb. le Clerc et un anonyme. Voir ci-dessus page 88.

construite sous le jardin à l’est de l’établissement des sœurs de la Providence de Saint-Vincent-de-Paul. à Saint-Maurice (1) ; quant à la superstructure on peut en avoir une idée par une petite gravure de Tean Marot que nous reproduisons (2). Le temple s'élevait sur le penchant du côteau, en haut d’une côte assez raide. Un visiteur allemand de 1613, Neumayr, précepteur du duc de Saxe, lui consacre trois lignes peu flatteuses mais qu'il faut reproduire parce que c’est la seule description que nous possédions : « C’est une méchante bâtisse à un seul étage haute d'environ huit aunes, recouverte au lieu de voûte d’un simple plafond de poutres. L'intérieur est revêtu tout à l’entour d’une large galerie garnie de chaises et de bancs (3). »

Il faut nous rappeler qu’en 1606 les protestants n'étaient admis à célébrer leur culte à Charenton que par simple tolérance ; les catholiques protestaient contre la construction d'un temple ; ils n'auraient pas permis qu'on lui donnât la forme ordinaire d'une église, les protestants eux-mêmes, à cette époque, en France, n'étaient pas bien fixés sur les dispositions à donner à leurs édifices religieux. S. de Brosse devait, ici plus que nulle part ailleurs, faire œuvre créatrice. S'il fut l’auteur du premier temple, ce n'était en tout cas qu’une simple ébauche ; lorsqu'en 1623, après la destruction, il fut appelé à reconstruire un nouveau bâtiment, il adopta bien les mêmes disposi- PE Parole de Dieu étant le centre de la foi et du culte dans le protestantisme, S. de Brosse, avant tout, chercha le moyen de réunir autour

tions générales mais sur de beaucoup plus vastes proportions

de la chaire du prédicateur dans un espace assez limité une foule aui s’éleva souvent à quatre mille auditeurs, mais il s’efforça aussi de donner à son œuvre un cachet artistique qui frappa les contempo-

(1) La hauteur de la voüte est d'environ 2 m. 60, la largeur environ 4 m. 8o, la longueur environ 13 m. ; l'escalier par lequel on descend actuellement dans la cave est moderne, on y accédait autrefois par une entrée aujourd’hui obstruée du côté méridional.

(2) Ci-dessus, p. 40.

(3) Relation (ms. biblioth. de Strasbourg), citée dans Bull. hist. prot., 1886, P. 503.

tains. Le temple de Charenton devint rapidement célèbre en France et hors de France. En Allemagne, avant et après la révocation de l’Edit de Nantes, plusieurs églises — dont quelques-unes subsistent encore aujourd’hui — ont été construites (en plus petit) sur ce modèle par des architectes français (1) ; « La destinée, dit une histoire de l’architecture ecclésiastique publiée par une association d’architectes allemands, « la destinée a entouré d’une auréole le temple de Charenton... 1l a été le point de départ d’une tradition importante, d’un caractère très original. »

M. L. Vaudoyer a recherché où S. de Brosse avait pu trouver les principes dont il s’est inspiré pour une œuvre nouvelle, mais répondant à des besoins analogues à ceux que satisfaisaient déjà certains bâtiments anciens : « Il eut l’idée de reproduire la disposition de la basilique, probablement celle de Fano, décrite par Vitruve, et, il faut en convenir, il n’est pas resté beaucoup en dessous de son

(1) Der Kirchenbau des Protestantismes von der Reformation bis zur Ge- Genwart, herausgegeben von der Vereinigung Berliner Architekten, Berlin, 1803, p. 471. Deux gravures (p. 57 et 59) ont beaucoup d’analogie avec le plan et la coupe du temple de Charenton (p. 474). 3

La Friedenskirche élevée à Jauer en 1654-1655 par Alb. de Saebisch a un plan rectangulaire et trois étages de galeries, mais la chaire est dans un chœur spécial. I1 y a 3500 places ; « l’ensemble fait l'impression non d’une basilique, mais d’une salle entourée de galeries » ; le même architecte construisit à Schweïidnitz une église pouvant contenir jusqu'à 4500 personnes ; à Erlangen, dans l’altstädter Kirche bâtie en 1655 il y a deux étages de tribunes ; les colonnes qui les supportent ne montent pas jusqu'au plafond comme c’est le cas à Jauer.

Encore à la fin du xvrr" siècle le parent de S. de Brosse Paul du Ry construisant l’église française de Cassel (1698) s’inspirait manifestement du templetype de Charenton (O. GERLAND, Paul du Ry, etc. Stuttgart, 1805, p. 10 ; sur la façade, reproduite dans cet ouvrage, je remarque quatre pilastres d'ordre toscan et un fronton courbe ; les fenêtres sur les quatre faces de l'édifice allaient (comme à Charenton) pour les deux étages supérieurs, de haut en bas sans interrüuption, paraissant ainsi très élancées, avec une partie semi-circulaire au som-

met).

modèle (1). » M. de Geymüller (2) conteste cette assimilation ; il trouve d'autant plus remarquable l'effort fait par S. de Brosse pour s'affranchir des traditions séculaires concernant la disposition intérieure d’une église chrétienne.

La prédication occupant en effet dans le culte des Eglises réformées de France, au xvrr° siècle plus encore qu'au xx*°, une place très importante, et d'autre part le nombre des lieux de culte autorisés par l'Edit de Nantes étant excessivement limité, c'était des milliers d’auditeurs qu’il fallait mettre à même de bien entendre chaque dimanche les pasteurs de Charenton. De là cette disposition du temple qui surprend au premier abord parce que cette double rangée de galeries sur trois côtés rappelle plutôt une salle de conférences ou de spectacle, qu'une cathédrale (3). La surface des places occupées par 4.000 auditeurs à Charenton n'était encore, d’ailleurs, que le quart de la superficie de Notre-Dame (4).

Voici ia description donnée au moment de la destruction du temple, après la révocation de l’Edit de Nantes (5) dans le Mercure

(1) Magasin pittoresque, 1845, D. 77.

(2) Il est en effet, d'après les papiers de M. Read, l’auteur des pages consacrées à Charenton dans : der Kirchenbau des Protestantismus, etc. 1803, p. 475.

(3) On a reproduit dans le Bull. de l'hist. du prot. (1900, p. 523 et 1906, p. 351) une curieuse petite peinture de l'album de EF. C. Deublinger entre 1639 et 1648 (Bibliothèque royale de Copenhague, fonds Thott, N° 434, in-8°) ; cf. vue intérieure au moment de la destruction (Bull. 1906, p. 321 et ci-dessus, p. 235).

(4) On a souvent prétendu — probablement en perpétuant quelque fausse lecture ou faute d'impression — qu'il y a eu jusqu'à 14000 auditeurs dans le temple de Charenton. Le chiffre 4000 me paraît bien établi par M. Douen (Bull. hist. prot., 1876, p. 384). La superficie du temple était, d'après lui, de 621 mq. 94, celle des galeries de 702 mq. 84, total 1324 mq. 78 ; la superficie de Notre Dame (sans les tribunes) est de 6240 mq. M. Douen dit que le temple était « admirablement aménagé et imposant à l’intérieur ».

(5) Bulletin hist. prot. (1856, p. 169, et 1885, p. 303). D’autres documents du ème moment notent que « la charpente du centre est « d’une force et d’une « liaison extraordinaire » et que « la lanterne est un morceau de charpente

« considérable par sa grosseur et sa solidité » (Bibliothèque nat., ms. fr. 1050, 1° 284 et 286).

galant de février 1686 : « Le plan de ce temple étoit un quarré long, percé de trois portes, sçavoir une à chaque bout, et une au milieu d’une des grandes faces. Il estoit éclairé par 81 croisées en trois étages, l'une dessus l'autre, élevées de 27 pieds jusqu’à l’entablement. Il avoit de longueur 104 pieds dans œuvre, et 66 pieds de large, aussi dans œuvre. Les murs avoient 3 pieds 1/2 d'épaisseur par le dedans. Il y avoit une grande nef ou plafond dans laquelle estoient les Tables du Vieux

Réduction d’une estampe de Mariette

et du Nouveau Testament, écrites en lettres d’or sur un fond bleu, qui avoit esté peint exprès sur les lambris de la voûte de ladite nef, laquelle estoit de 74 pieds de long sur 35 pieds de large, et au pourtour de laquelle estoient 20 colonnes d'ordre dorique de 21 pieds de haut et aui formoient trois étages de galeries, au pourtour desquelles on montoit par quatre escaliers qui estoient dans lesdits quatre angles. La charpenterie du comble du temple estoit d'un fort bel assemblage, et

les bois d’une considérable longueur. Il y avoit un clocher dans lequel estoit une cloche de trois pieds de. diamètre qui pesoit deux milliers environ, La lanterne de ce clocher estoit revestue de plomb et tout le reste du comble couvert de thuiles en pavillon. »

Les combles du temple étaient sans doute très élevés, comme pour ‘ous les autres bâtiments construits par S. de Brosse (au Luxembourg, au palais de Rennes, à la « Maison jaune » de Montlaville, etc.). C’est par une fâcheuse erreur de perspective que les gravures représentent ce toit comme très écrasé (1). La même erreur se trouve sur certaines gravures représentant le Luxembourg, tandis qu’elle n'existe pas sur d’autres. En ce qui concerne le temple de Charenton nous n’en connaissons, à vrai dire, aucune estampe qui donne de l'aspect extérieur une idée tout à fait exacte. Les lucarnes, les fenétres et les pilastres, généralement indiqués — lorsqu'ils le sont — d'une manière très sommaire, avaient sans doute à Charenton des formes très analogues à celles que S. de Brosse a employées dans les autres édifices. re

$ 5. — Aqueduc d'Arcueil.

De même que pour le temple de Charenton, Salomon de Brosse s’est inspiré manifestement des œuvres de l'antiquité pour la construction de l’aqueduc d’Arcueil (2). Comme au Palais de justice, comme à Saint-Gervais, il s'agissait de faire œuvre originale tout en suivant les grandes lignes d'un monument antérieur : les Romains avaient déjà amené les eaux des sources qui sont au sud de Paris jusqu’à la capitale en traversant la vallée de la Bièvre. « Salomon de Brosse s'inspirant de l'exemple des anciens sut imprimer à l’aqueduc un. ca-

ractère à la fois grandiose, solide et monumental. La simplicité et le

() Aïnsi sur la gravure que nous reproduisons et au-dessous de laquelle on lit : « Veüe du Temple des Calvinistes vulgairement appellez huguenots, et partie du Village de Charenton prise du costé du Parc de Vincennes. P. Mariette exc. »

(2) Voy. illustration ci-dessus, p. 60.

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juste rapport des masses, la combinaison de l'appareil et le choix des détails font reconnaître un architecte habile (1). »

L’un des architectes chargés au x1x° siècle des travaux du Luxembourg — un des continuateurs de Brosse, par conséquent — estimait l’'aqueduc d’Arcueil « comparable aux plus beaux monuments que l'antiquité nous ait laissés en ce genre (2). » « La longueur totale était de 200 toises environ (390 mètres), la hauteur, de 12 (24 m.), il y a 25 arcades dont O ajourées de 4 toises de diamètre, et 16 murées de < toises de diamètre (3). » « L’acqueduc est soutenu par des piliers et contreforts couronnés d’une corniche à modillons d’un beau caractère. Il fut payé 460.000 livres par la municipalité parisienne (4) ».

(x) L. Vaupoyer, Magasin pittoresque, 1845, p. 77.

(2) DE Gisors, cité dans la France protestante, 2° édition, t. IIT, col. 203.

(3) Voyage pittoresque de la France, in-folio, Paris 1784 ; estampes, n°° 27 et 28 : « 1° une vue prise dans l’enclos du vieux château ; 2° Vue d’une porte qui sert de passage pour arriver à l’ancien aqueduc, » dessinées par Genilhon, gravées par Duparc.

(4) Ch. Lucas, Grande Encyclopédie, t. XIII, v° Brosse. Nous avons fait plus haut quelques emprunts à un Mémoire manuscrit sur les fontaines et 2queducs de Paris dont les extraits se trouvent à la Bibliothèque de l’Arsenal. On y lit (n°3038, p. 22) «Le 26° et dernier regard qu’on nomme le château d’eau

est un pavillon de pierre de taille bien bâti qui est situé au-delà de la barrière de la rue d’Enfer un peu en deçà de l’Observatoire, et vis-à-vis la maison des prêtres de l’Ora- CHATEAU D'EAU DE L'AQUEDUC D ARCUEIL toire dite de l’Institution ;

au milieu de ce regard est le bassin de réception, etc. » Ce pavillon qu'on voit encore 71, rue Denfert-Rochereau, à côté de la maison du Bon Pasteur, était peutêtre l’œuvre de S. de Brosse.

8 6. — Fontaine de Médicis

L'aqueduc romain avait pour but d'amener l’eau aux thermes de Julien ; le nouvel aqueduc, de même, était destiné surtout à pourvoir aux besoins du jardin et du palais du Luxembourg, mais il alimenait aussi des fontaines situées dans divers quartiers, et, dans le jardin, celle qu'on appelle aujourd’hui encore fontaine ou grotte de Médicis, près de la rue du même nom. Telle qu'elle fut exécutée d’après les dessins de S. de Brosse « elle n'avait pas de revers et était « adossée à un ancien autel (1) ». On la voit sur le plan de Gomboust à la limite nord-est des jardins, et sur le plan de Turgot elle est adossée à la chapelle du séminaire Saint-Louis qui donnait sur la « place Saint-Michel » de ce temps-là.

Des remaniements importants ont été faits aux alentours, notamment en 1863 ; la partie essentielle subsiste telle quelle, et c’est « un morceau d'architecture d'un grand effet décoratif. Cette grotte a été construite à limitation des nymphées et des fontaines à portiques que l’on rencontre dans les palais italiens. Là encore, malgré les souvenirs, Salomon de Brosse à su composer une œuvre originale pleine de grâce et d'harmonie. L'édifice d'ordre toscan, est soutenu par quatre colonnes rustiques chargées de congélations. L'entrecolonnement du milieu est occupé par une niche surmontée d’un attique et d’un fronton circulaire. Au centre de l’attique est un grand écusson aux armes accolées de France et de Médicis. De chaque côté s’allongent des! figures marines. Les deux autres entrecolonnements sont également percés de niches plus étroites. Cette fontaine a été replacée plus en avant de la iongue avenue qui la précède, et on a complété alors sa décoration en posant dans la niche centrale un groupe de Polyphème et deux autres statues dans les niches adjacentes pour remplacer celles qui en avaient été enlevées (2). » Avant ces remaniements, la statue qui occupait la niche centrale était une Vénus de Médicis.

(1) Moniteur du 8 juillet 1863.

(2) À. DE CHAMPEAUX, L'art décoratif dans le vieux Paris (Gazette des Beaux- Arts, 18c0, 3° période, t. IV, p. 481 ; à la page 488 est une belle reproduction de la grotte).

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