‹ Un artiste oubliéChapitre 2 sur 11 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

« Charles Le Brun, ce grand peintre dont le nom seul est devenu un éloge, consacra les dix plus belles années de sa vie à peindre la Galerie de Versailles et les deux salons qui l'accompagnent.

Les tableaux dont cette galerie est ornée, contiennent la plus brillante partie de l'histoire de Louis XIV, c'est-à-dire depuis 1661

qu'il prit en main les rênes du gouvernement, jusqu'en 1678 qu'il borna le cours de ses exploits par une paix plus glorieuse encore (1).

Le zèle et la reconnoissance de Le Brun pour un prince qui ne cessoit de le combler de bienfaits, l'élevèrent en quelque sorte au-dessus de lui-même. Il répandit dans cet ouvrage toute la variété, toute la noblesse de pensées et des expressions qui caractérisent un poème héroïque et le Roi, frappé de l'effet de ses premiers tableaux, se proposa dès lors de les faire graver successivement pour en former un recueil qu'il pût donner aux princes, aux ministres étrangers et aux personnes distinguées qu'il voudroit honorer d'une marque particulière de sa bienveillance.

Dans cette vue, M. Colbert commença par charger Charles Simonneau, de graver celui de ces tableaux dont le sujet est la seconde con-

(1) Le traité de paix entre la France et la Hollande, signé à Nimègue au mois d'août 1678.

quête de la Franche-Comté; mais la planche n'ayant pu être finie qu'en 1688, cinq ans après la mort du ministre, le malheur des guerres qui suivirent immédiatement, fit oublier pour ne pas dire abandonner totalement, une entreprise aussi honorable pour la nation qu'elle auroit été utile au progrès des arts (i) : quelle apparence qu'un simple particulier osât jamais s'en charger !

Je l'avouerai cependant, j'eus l'heureuse témérité de former ce projet en 1723 et M. le duc d'Antin à qui je le communiquai, réchauffant mon courage par tout ce que les éloges ont de plus flatteur dans la bouche des grands, me remit peu de jours après un brevet qui m'autorisoit à élever dans les appartements de

(0 Ce que dit ici Massé relativement au projet de Louis XIV, de faire graver successivement les tableaux de la grande galerie de Versailles, est prouvé par le passage suivant, extrait du registre O12S042 conservé aux Archives nationales : « Marché du 20 mars 1688 avec Charles Simonneau, graveur, pour graver sur cuivre et à l'eauforte, retoucher proprement au burin les tableaux de la grande galerie de Versailles, à raison de 600 livres le pié carré en superficie » .

Versailles les échafauds dont j'aurois besoin pour mon opération.

Huit années me suffirent à peine pour terminer les dessins. On ne prévoit point, et il est bon que cela soit ainsi, on ne prévoit pas, disje, ce qu'il en coûte de temps, de soins et de peines pour dessiner dans une attitude contrainte^ des plafonds où le dessinateur n'est éclairé que par des jours de reflet. La seule circonstance qui m'aidoit à soutenir un travail si pénible, c'est que le Roi l'honoroit souvent de ses regards et en paraissoit toujours satisfait.

Les gravures ont eu des inconvénients d'une autre espèce et elles ont emporté un espace de plus de vingt années sans qu'il y ait lieu de s'en étonner, si on considère premièrement qu'on se soit assujetti à graver tout au miroir pour rendre les actions à droite comme elles sont dans les tableaux; ce qui à la vérité est d'une longueur infinie, mais qui a paru abso-

lument nécessaire pour la fidélité de la représentation et la beauté des estampes. En second lieu, que n'ayant voulu confier l'exécution d'un pareil ouvrage qu'à des graveurs d'une habileté reconnue, ceux qui jouissoient déjà d'une grande réputation étant aussi fort avancés dans leur carrière ils ont, dans cette intervalle, payé à la nature le tribut dont nul talent ne peut affranchir; que ceux qui les suivoient de près se sont insensiblement trouvés hors de combat par l'âge qui les a gagnés ou par les infirmités qui leur sont survenues; que d'autres enfin éblouis par les avantages qu'on leur faisoit espérer dans les pays étrangers, sont allés s'y établir.

Je m'arrache au détail de ces fatalités presque toujours inséparables des grandes entreprises, pour témoigner publiquement que je dois une partie de la réussite de celle-ci aux soins obligeants de MM. Galoche, Boucher, Natoire et Bouchardon et surtout de feu M. Le

Moyne, que je voudrois pouvoir immortaliser par ma reconnaissance comme il s'est immortalisé lui-même par les chefs-d'œuvre ,qui sont sortis de ses mains.

Je ne suis pas moins empressé de publier que l'amour des beaux arts qui animoit le ministère de M. de Tournehem et qui distingue également celui de M. de Vandières, son digne successeur, m'a fait trouver dans les bontés du Roi les derniers secours que j'avois besoin pour mettre ce recueil au jour et que ce qui me flatte le plus dans le succès de mon entreprise, c'est qu'indépendamment de l'avantage qu'elle me procure de transmettre à la postérité une juste idée de la grandeur de nos rois, elle a servi dans le temps à entretenir en France nombre d'excellents artistes et à soutenir le bon goût de la gravure et à lui assurer en ce genre, la même prééminence que la peinture et la sculpture lui donnent sur toutes les nations. »

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même établissement possède en outre difteouvrages dessinés mr Massé ie rnntpn

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soires qui accompagnent ce portrait et le dessin dont nous parlons ici, on remarque une écritoire déforme absolument identique. Cette écritoire qui paraît avoir été. une œuvre d'art assez remarquable ' lÉNfciaiement mentionnée par Massé- dans son

J. B. MASSÉ

PEINT PAR L. TOCQUÉ

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