‹ Un artiste oubliéChapitre 3 sur 11 · GRAVÉ PAR WILLE · texte numérisé non relu

GRAVÉ PAR WILLE

Les dessins de la grande Galerie de Versailles furent achetés par Louis XV, comme on le verra plus loin. Ils sont actuellement conservés au musée du Louvre.

Le même établissement possède en outre différents ouvrages dessinés par Massé, je me contenterai de signaler au lecteur, celui qui est exposé sous le numéro 1170 et que M. Reiset dans sa Notice décrit en ces termes: « Portrait d'homme assis, vu jusqu'aux genoux et tenant un crayon. La tête est de face, le corps légèrement tourné à droite. A la sanguine. Hauteur 0,417, largeur 0,375. »

Il me semble que ce dessin est le propre portrait de Massé fait par lui-même vers la fin de sa vie. Je crois, en examinant attentivement ce visage amaigri par l'âge et la maladie, y retrouver quelque chose de la physionomie de notre artiste telle qu'elle était lorsqu'il se fit peindre, en pleine maturité, par Tocqué. En outre parmi les accessoires qui accompagnent ce portrait et le dessin dont nous parlons ici, on remarque une écritoire de forme absolument identique. Cette écritoire qui paraît avoir été une œuvre d'art assez remarquable est spécialement mentionnée par Massé dans son

testament. Elle figure à la suite de divers objets d'argenterie légués par lui à son neveu et est désignée en ces termes : « Une très belle écritoire dont le plateau est ovale ».

Dans les notes de Bachaumont, celui dont les Mémoires secrets portent le nom, conservées à la bibliothèque de l'Arsenal, et qui ont été publiées par M. Georges Duplessis (i), on lit : « M. Massé a esté un excellent peintre en miniature. Sa veue ne lui permet plus de peindre. Il est homme d'esprit; il s'énonce difficilement et obscurément, mais il écrit bien. Il a fait en dernier lieu un mémoire qu'il a lu à l'Académie qui est excellent. Il faut le lire. Je crois qu'il le communiquera avec plaisir. Tous les genres de peinture y sont traités supérieurement: M. Massé est un excellent connoisseur dans ces matières ».

Le mémoire auquel Bachaumont fait allusion, fut lu à l'Académie dont Massé était membre depuis 17 14, le samedi 4 avril 1/50 et y obtint un grand succès. « Cette dissertation, disent les Procès-verbaux de la Compagnie (2), que I'6n ne

(1) En appendice au livre intitulé : Journal et Mémoires de Wille.

(2) Archives nationales, 0»i92Ô-7. Copie des registres originaux.

pourroit extraire sans lui faire perdre beaucoup de la gradation méthodique qui y est observée, de l'excellence des principes qui y sont développés, ainsi que de la justesse et de la variété des expressions, a été goûtée unanimement par la compagnie qui en a remercié et fait compliment à Fauteur. »

Précédemment, Massé avait fait encore d'autres communications savantes à ses confrères. Le 4 janvier 1749, il lut un discours sur les élèves de FAcadémie de peinture et sur leurs devoirs. A ce morceau rempli de sentiments élevés, Antoine Coypel, alors directeur, répondit en ces termes : « Monsieur, FAcadémie qui regarde ses élèves comme ses enfants ne peut trop vous témoigner à quel point elle est satisfaite du discours solide que vous venez de prononcer. La jeunesse qui vous écoutoit, doit en être d'autant plus pénétrée qu'elle ne peut ignorer qu'en pratiquant ce que vous venez de lui dire, vous avez trouvé le secret de vous concilier l'amitié de ceux même qui dévoient vous envier vos talents et que vos succès pouvoient mortifier. Vous avez su prouver, Monsieur, combien il est à désirer pour la gloire des arts, que ceux qui en ont fait leur principale étude, se met-

tent encore en état d'être admis dans la bonne compagnie en ornant leur esprit et en réglant leurs mœurs... » (i)

Enfin, je signalerai encore une troisième dissertation de Massé, elle est intitulée : Réflexions diverses sur les arts de peinture et de sculpture et particulièrement sur la nécessité de bien connoitre l'antique et Tanatomie et fut lue dans les séances des 8 novembre 1749 et 4 décembre 1762.

Massé était un homme de haute taille, bien fait et d'une figure aussi agréable que sympathique. Il prenait de sa personne un soin extrême et était toujours vêtu avec élégance et recherche. Son panégyriste Cochin nous apprend qu'il avait toute sa vie sacrifié aux grâces. « Elles n'abandonnèrent point, ajoute-t-il, sa vieillesse qui ne fut pas moins aimable, à plusieurs égards que celle d'Anacréon. » Heureux Massé !

Il mourut regretté de tous. « Personne ne le mérite davantage, car jamais il n'y eut homme de mœurs plus douces et de meilleure société. Il fut occupé de ses amis jusqu'au dernier soupir, et il

(1) Archives nationales, 0»io,26-6.

n'est aucun de ceux avec lequel il a vécu à qui il n'ait fait quelques legs » (i).

Je ne saurais mieux terminer cet avant-propos que par les lignes qu'on vient de lire. Elles ont été écrites par un contemporain, juge trop sévère, peut-être, des talents de notre artiste, mais qui, du moins, sut rendre à ses vertus d^homme privé un hommage mérité (2).

(1) Mariette : Abecedario, au mot Massé.

(2) Massé professait la religion réformée. Les frères Haag ne lui ont pas consacré d'article biographique dans la France protestante.

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