TESTAMENT DE J. B. MASSÉ
TESTAMENT DE JEAN-BAPTISTE MASSÉ, PEINTRE EN MINIATURE DU ROI, CONSEILLER EN SON ACADEMIE ROYALE DE PEINTURE ET DE SCULPTURE, GARDE DES PLANS ET TABLEAUX DE SA MAJESTE (i).
Cecy est mon testament olographe.
Je soussigné Jean-Baptiste Massé, peintre
(i) Archives nationales, Y 59, fo 333, y .
en mignature du Roy, conseiller en son Académie royale de peinture et de sculpture, garde des plans et tableaux de Sa Majesté, demeurant à Paris, place Dauphine, paroisse royale de Saint-Barthélemy, reconnoissant que la mort est aussi certaine que l'instant nous en est inconnu et désirant de n'en être pas prévenu sans avoir déclaré mes dernières volontés, j'entreprends de faire le présent testament comme il s'ensuit.
Avant tout, comme chrétien, je recommande le salut de mon âme à son divin créateur et le supplie humblement de me pardonner mes péchés, de purifier mon cœur et d'éclairer mon esprit afin que je puisse employer les jours qu'il lui plaira de m'accorder encore, à des actions conformes à sa sainte volonté. Je luy rends mes très humbles grâces de m'avoir fait naître d'un père et d'une mère dont la piété et les qualités éminentes ont toujours été pour moy des objets d'émulation.
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Je conserve pour eux la plus vive reconnoissance des soins qu'ils ont pris de mon éducation; je dois aussi à leur bonté éclairée le logement que j'occupe encore depuis l'âge de 22 ans (i), d'où je puis voir tous les jours la
(i) Place Dauphine. C'est dans cet appartement que mourut Massé en 1767; il l'avait fait arranger avec un goût extrême et son cabinet, en particulier, avait été décoré par Claude Audran, peintre ordinaire du Roi, mort en 1734 et par le célèbre Jean-Baptiste Oudry. Voici ce qu'on lit à ce propos dans le Catalogue des ouvrages de M. Oudry publié dans le tome II des Mémoires inédits sur la vie et les ouvrages des membres de V Académie de peinture : « Une petite partie de plafond en arabesque sur fond blanc de neuf pieds quatre pouces de longueur sur quatre pieds huit pouces de largeur pour être placée dans le cabinet de M. Massé, peintre de l'Académie royale, de l'autre côté d'une poutre et servir de pendant ou pour mieux dire d'addition à une grande partie de plafond faite par M. Audran et placée de l'autre côté de la même poutre. M. Oudry s'est assujeti dans la partie du plafond qu'il a exécutée, au même ordre de composition que celui qui avoit été adopté par M. Audran. On voit au milieu de celle de M. Oudry une corbeille ovale et sur la plinthe quatre oiseaux de la Chine et huit singes vêtus artistement représentant des actions comiques. Le revêtissement et raccordement de la poutre qui sert de séparation aux deux parties de plafond dont nous venons de parler a trois pieds de pourtour sur neuf pieds quatre pouces de longueur. Il consiste aussi en ornemens arabesques qui sont de M. Oudry. » C'est en 1725 qu'Oudry exécuta ces décorations dans le cabinet de notre artiste. Il est permis de penser que c'était là pour le célèbre peintre d'animaux une manière de reconnaître ce que Massé avait fait pour lui en le mettant en rapport avec de grands personnages. Les Mémoires inédits sur la vie et les ouvrages des membres de l'Académie de peinture (II, 370) fournissent un passage qui justifie cette assertion : « La connoissance du mérite de M. Oudry n'avoit pas
statue équestre du plus grand et du plus humain des Roys (1).
Je regarde aussi comme un très grand bienfait du Tout-Puissant, de m'avoir donné la force de supporter successivement avec une entière résignation les pertes irréparables de ce que j'avois de plus cher au monde et de ce qu'enfin, ne m'étant point marié, il m'a fait trouver heureusement dans ma famille les dignes objets de mes plus tendres affections.
Je puis donc assurer avec vérité que mon sincère attachement pour elle ne m'auroit
encore percé chez les grands. M. Massé lui en fraya les premières routes. Jouissant de la plus haute réputation pour la miniature, M. Massé recevoit chez lui tout ce que la cour et la ville avoient de plus distingué; il étoit surtout honoré de la bienveillance de M. le marquis de Béringhen, premier écuyer du Roy, qui venoit le voir fréquemment. Son amitié industrieuse lui suggéra de faire tomber de tems à autre la conversation sur les talens de M. Oudry, sur sa candeur, sur sa droiture et sur ses qualités personnelles; par ces insinuations ménagées avec intelligence il conduisit M. le marquis de Béringhen au point de solliciter lui-même à le mener chez son ami. »
(1) La statue de Henri IV érigée sur le Pont-Neuf et qu'on appelait vulgairement le Cheval de bronze. Elle fut renversée le 12 août 1792. La statue du Roi était de Guillaume Dupré, le cheval de Jean de Bologne et Pierre de Francheville en avait exécuté les ornements et les bas-reliefs.
jamais permis de mettre en rente viagère sur ma tête, comme j'ai fait, une partie de ce que j'avois acquis, si mon entreprise de la Gallerie de Versailles, commencée en 1723, en société avec la maison Godefroy, ne m'y avoit indispensablement obligé.
Cette entreprise demandant tout mon tems et tous mes soins, je fus, d'un côté, privé du revenu considérable que m'avoit jusque-là procuré mon talent pour la mignature, et de l'autre engagé à des faux-frais infinis; il fallut donc, malgré moi, avoir recours à cette ressource. Le 4 août 1734, je plaçai à une tontine, le capital de 120 livres de rentes et le i5 septembre 1739 le capital de 1,000 livres de rente.
En 1740, ayant obtenu ma démission du glorieux employ de peindre le Roy, Sa Majesté, en récompense de mes services, me gratifia en septembre d'une pension de 800 livres, mais ce secours ne suffisant pas encore, puisque je n'étois plus occupé que des pénibles travaux de
la Galerie jusque-là si contraires à ma fortune, je me vis encore nécessité de me faire mille autres livres de rente viagère dont je fournis, le 17 mars 1741, le capital et par les mêmes raisons, le 2 septembre 1745, je me fis une nouvelle rente en tontine de 5 10 livres.
Le 7 mai 1750, le Roy prit mes dessins de la Gallerie pour la somme de 5o,ooo livres qui servirent à terminer les planches; enfin, après avoir employé plus de trente années à ce travail, j'en présentai les prémices au Roy le 25 septembre 1753. L'approbation dont Sa Majesté et la Cour daignèrent honorer cet ouvrage, en présence de mes associés, ayant paru assurer le succès de cette entreprise, je crus ma carrière remplye et que je n'avois plus rien à désirer puisqu'ils étoient contents de ma régie.
Le 6 janvier 1754, M. le marquis de Marigny m'annonça que le Roy venait de m'accorder une nouvelle pension de 1200 livres.
Le 25 octobre 1755 je remis, sur mes épar-
gnes, à M. de Lan, notaire, la somme de 8,000 livres pour être constituées en rente perpétuelle au denier vingt sur tous les biens de Mlle Bruley, suivant la teneur du contrat.
Le 6 novembre 1759, M. le marquis de Marigny, par la lettre la plus flatteuse, me manda de Saint-Hubert (1), qu'il venoit d'obtenir du Roy en ma faveur la place de garde des plans et tableaux de Sa Majesté, dont le produit, outre un très joly logement à Versailles, est de 3,900 livres; mais ma santé ne m'ayant pas permis d'exercer cet employ, j'obtins par une double grâce qu'il fut remply par M. Jeaurat (2), mon ancien amy, alors professeur de notre Académie, dont il est actuellement recteur : ainsi je devins vétérant sans avoir presque
(1) Pavillon construit par Louis XV dans la forêt de Rambouillet. Saint-Hubert forme actuellement un écart de la commune des Essarts-le-Roi, arrondissement et commune de Rambouillet (Seine-et- Oise).
(2) Etienne Jeaurat, né le 9 février 1699, mort le *4 décembre 1789, reçu membre de l'Académie royale de peinture et sculpture le 24 juillet 1733.
scrvy et il me fut adjugé 2,400 livres de pension avec tous les honneurs de titulaire de cet employ.
Tant de faveurs accumulées et inattendues du côté de la Cour, furent traversées par le décès de mon très cher frère Etienne, le 12 janvier 1760. La connoissance qu'il avoit de mon état et de celui de ma sœur, qui n'avions plus besoin Tun et l'autre que de rentes, pour jouir en paix du repos auquel il sçavoit, qu'en mon particulier, j'aspirois depuis si longtems, lui fit sagement substituer ce qui devoit nous revenir de sa succession. Il fut donc réparti aux cinq héritiers du dit frère Etienne, la somme de 227,500 florins, dont le cinquième pour ma part a été celle de 45,607, sur laquelle j'ai touché cellede5,ooo,il en reste celle de 40,500, laquelle somme est versée entre les mains des susnommés: i3,5oo ès mains de M. Ollivier, à Londres; i3,5oo, de M. Renouard à Amsterdam; 6,760, de M. Fiseau à Amsterdam;
6,760, de M. Pierre Massé (1) à Paris, le tout faisant 4o,5oo livres dont je reçois la rente des dits sieurs, à raison de 4 pour cent. Laquelle rente étant éteinte par mon décès, les capitaux resteront à leur bénéfice et que je leur aurois pareillement remis s'ils avaient été entre mes mains.
Le Ier septembre 1760, Messieurs Godefroy, à ma réquisition, annullèrent notre société concernant la Galerie de Versailles et dans l'acte que nous passâmes ensemble par- devant Me Couturier, notaire, ils me donnèrent les témoignages les plus flatteurs de leur satisfaction.
M. de Villetanneuse, du consentement de Monsieur son frère, se chargea de l'affaire en entier en m'assurant sur tous ses biens, pour dédommagement de ma renonciation aux béné-
(1) Pierre Massé exerçait la profession de joaillier. Il habitait comme son oncle, place Dauphine, et ce fut là qu'il mourut le 22 juin 1778. Pierre Massé appartenait ainsi que Jean-Baptiste Massé à la religion réformée.
fices que j 'a vois droit d'attendre, une rente viagère de 1200 livres. Ainsy finit cette grande affaire à notre contentement réciproque.
Par cet accord et la succession de mon frère Etienne, ainsy que par les bienfaits du Roy et une nouvelle petite rente en tontine de 72 livres du 17 août 1761, n'ayant plus ny à la Cour, ny à la ville d'autres devoirs à remplir que ceux de la reconnoissance, dès que je me vis suffisamment renté et pensionné, mon premier soin fut de donner à ma famille des preuves de mon amitié pour elle par Pemploy que je fis, en janvier 1762, de 23,772 livres 16 sols, tant sur les têtes de mes nièces non mariées que sur toutes celles de mes petits-neveux et petitesnièces, capital bien au-dessus de ce que j'ay jamais reçu des biens de mon père et de ma mère.
En comptant cet employ de 23,772 livres 16 sols avec les sommes que j'ay placées cy devant, ainsy que les bienfaits du Roy et ce qui
me reste tant des successions paternelle et fraternelle que du fruit de mes travaux, tel est enfin l'état de mon bien soit en rentes viagères et perpétuelles, soit en argent sans compter mes effets mobiliers tels que glaces, tableaux, etc., etc. Rentes viagères : En 1734, le 4 août, constitué en tontine, 120 livres ; en 1739, le i5 septembre, constitué en viagère, 1000 livres; en 1740, pension que le Roy rrfaccorda 800 livres; en 1741, le 17 mars constitué en rente viagère, 1,000 livres; en 1745,^2 septembre, constitué en tontine, 5 10 livres; en 1754, le 6 janvier, nouvelle pension que le Roy m'accorda, 1200 livres; en 175g, le 6 novembre, par une nouvelle grâce du Roy, me furent accordées 2,400 livres; en 1760, le 12 janvier, par la mort de mon frère Etienne, j'ay hérité de 3,337 livres 10 sols; en 1760,1e ier septembre, par l'accord fait avec M. de Villetanneuse, 1200 livres; en 1761, le 17 avril, constitué en tontine, 72 livres; en 1762... janvier, placé sur
les têtes de mes petits-neveux et nièces, 2,3oo livres ; il m'est échu en partage de famille une rente de 75 livres, 16 sols, 8 deniers; une autre de même de 88 livres 4 sols. Le tout formant 14,098 livres, 10 sols, 8 deniers.
Rentes perpétuelles, savoir: une petite rente provenant de la succession de mon père de 275 livres; celle que j'ai constituée le [4 septembre 1764 sur les biens de M. Brian (1), de 1 00 livres. Le tout formant 775 livres.
Je mets au nombre de mes effets en argent ce qui m'est dû, tant par le Trésor général que par les Bastimens, savoir: Trésor royal, quatre années de pension 1762, 1763, 1764 et 1765, échus en septembre dernier, ce qui fait pour les quatre années 3, 200 livres.
Bastimens du Roy, année 1763 les six derniers mois dégages sur le pied de 2700 livres
(1) Jean- Simon Briant, ou Bryant, était sculpteur et ne devait pas manquer d'un certain talent, puisque plus loin on verra Massé lui confier les dessins de diverses pièces d'argenterie qui furent exécutées par l'orfèvre François-Thomas Germain.
par an, i,35o livres; année 1764, gages, 2,700 livres; année 1764, pension annuelle, 1,200 livres; année 1765, gages, 2,700 livres; année 1765, pension annuelle, 1200 livres. Le tout formant 8,400 livres. A déduire pour frais de bureau 3oo livres par an que j'ai cédées à M. Jeaurat, ce qui fait pour les deux ans et demy 750 livres à déduire de 9,i5o,reste net pour mon compte 8,400 livres.
Total de ce qui m'est dû en gages et pensions tant du Trésor royal que des Bastimens 1 1 ,600 livres.
J'ayôactions de fermes estimées 6,000 livres.
En argent comptant ou billets sur mon neveu Pierre Massé, qui a entre ses mains, la somme de 48,000 livres.
Total 65, 600 livres.
Après l'exposé des différents articles cydessus dans lesquels je n'ay fait nulle mention des deniers employés aux difîérens dons que j'ai cru devoir faire de mon vivant, je déclare
avec plaisir que m'étant toujours reposé avec confiance sur les soins infatigables de mon dit neveu Pierre Massé pour la régie de mes deniers, je crois fermement devoir à son intelligente activité une bonne partie du peu de capital que je viens d'énoncer.
Sur cette considération et indépendamment de la reconnoissance particulière que je conserve pour ses égards attentifs à m'obliger, à me prévenir et me donner de constantes marques de son attachement, j'espère que mes héritiers verront sans esprit de jalousie les témoignages que je me propose de lui en donner (comme il sera expliqué cy après), une légère préférence sur les effets de ma succession, lesquels en supposant qu'ils fussent répartis égallement entre ceux qui ont droit d'y prétendre, doivent être un bien petit objet à leurs yeux en comparaison de l'état florissant dont, grâce au Seigneur, ils jouissent tous.
Ainsy, tant par le point de vue si satisfai-
sant pour mon cœur, que par la galanterie que j'ayfaiteà chacun de leurs enfans, considérant d'ailleurs qu'ils ont déjà entre les mains ce qui devoit me revenir de la succession de mon frère Étienne, j'espère qu'ils seront contents du peu d'augmentation que mes épargnes ont pu leur réserver et j'augure si bien de la noblesse de leurs sentimens, que je me persuade qu'ils rendront assez de justice aux miens pour s'en rapporter à moy sur la légitimité des motifs qui vont dicter les différens legs que je vais faire dans le mien testament pour l'exécution duquel j'ai nommé et nomme mon neveu Pierre Massé, conjointement avec mon ami Fallavel l'aîné (1), aussy persuadé de leur candeur que de leurs talens pour remplir dignement ma confiance, à la satisfaction des miens et de ceux que j'ay dessein d'obliger.
Aussitôt après mon décès, avant de voir
(1) Jacques Fallavel aîné était négociant et demeurait à Paris, cour du Palais.
M. le curé de Saint-Barthélemy (i) pour ma sépulture, je les prie de consulter sur ce sujet M. Cochin, mon amy, et d'agir de concert avec lui. •
Après avoir remis, comme j'ay fait, mon âme au Seigneur, remply d'espérance en sa divine miséricorde, ayant été, par sa grâce, jusqu'à cet instant, honoré des bienfaits du Roy dans les diverses fonctions qu'il a plu à Sa Majesté de me confier, de ceux de ses ministres, ainsy que de l'Académie royalle de peinture et de sculpture, il ne me reste qu'à désirer que mes cendres reposent auprès celles de mon très digne père dans l'église de la paroisse royalle de Saint-Barthélemy, où il fut inhumé le 2 may 1726, ma respectable et noble mère l'avoit été précédemment le 12 juillet 17 16, dans l'église de Saint-Sulpice. Mes confrères de l'Académye royalle ayant assisté à l'un et à
(1) Bernardin Garât, curé de la paroisse Saint-Barthélemi en la Cité, depuis l'année 1758.
l'autre convoy, j'ose espérer qu'ils honoreront mes cendres de cette dernière marque de leur bienveillance (1).
(1) Ce vœu touchant du pauvre Massé ne put être exaucé. Il fut enterré dans l'un des cimetières protestants de Paris, ainsi que le constate le document ci-après :
« L'an 1767 le samedi «26 septembre, du matin, nous Gilles-Pierre Chenu, avocat en parlement, conseiller commissaire du Roy en son Chàtelet de Paris et censeur royal, ayant été requis sommes transporté place Dauphine en une maison dont est propriétaire le sieur Tiron, maître jouaillier, où étant monté au deuxième étage au dessus des entre sols et entré dans un appartement donnant sur ladite place, sont comparus par devant nous sieur Pierre Massé, maître jouaillier, demeurant quai des Morfondus, paroisse Saint Barthelemi et sieur Charles-Nicolas Cochin, écuyer, chevalier de Tordre du Roy et secrétaire de l'Académie royale de peinture, demeurant aux Galleries du Louvre, paroisse Saint-Germain-l'Auxerrois, lesquels nous ont dit et déclaré que le sieur Jean-Baptiste Massé, peintre du Roi, conseiller de l'Académie royale de peinture et de sculpture et garde des plans et tableaux de Sa Majesté, natif de Paris, âgé de 80 ans environ, oncle de l'un des comparans est décédé dans son dit appartement où nous sommes, ce jourd'hui matin, sur les six heures, d'une maladie d'étisie dans les sentimens de la religion prétendue réformée et comme il est intéressant de pourvoir à son inhumation en la manière ordinaire, ils ont requis notre transport à l'effet de nous faire la présente déclaration pour être ensuite ordonné ce que de raison; dont et de quoi ils nous ont requis acte.
« Signé : Pierre Massé; Cochin.
« Sur quoi nous conseiller commissaire susdit avons donné acte aux dits sieurs Massé et Cochin de leurs comparution, dires, déclarations et réquisitoire et en conséquence ayant été introduit dans une troisième pièce dudit appartement au second étage nous y avons trouvé sur la paillasse d'un lit à rideaux de damas vert le cadavre dudit sieur Jean-Baptiste Massé, peintre du Roi, conseiller de l'Académie royale de peinture et de sculpture et garde des plans et tableaux de
Je prie donc les exécuteurs du présent testament de se conformer, à cet égard, aux usages établis dans notre Académie.
Je donne et lègue aux pauvres honteux de ma paroisse, la somme de 3oo livres une fois payée, qui sera remise à mop. très digne curé en me recommandant à la noblesse de ses sentimens et à ses bontés pour moy.
Je donne et lègue aux petites filles de Mme Bouché, anciennement à mon service, la somme de 100 livres une fois payée, laquelle
Sa Majesté, lequel nous avons laissé en la garde et possession dudit sieur Pierre Massé, son neveu, qui s'en est chargé et au surplus pour être statué sur ladite inhumation requise, nous avons ordonné qu'il en sera par nous référé à monsieur le Lieutenant général de police pour être par lui, sur les conclusions de M. le procureur du Roy, ordonné ce que de raison et a ledit sieur Pierre Massé avec nous conseiller commissaire susdit signé.
« Signé : Pierre Massé ; Cochin ; Chenu.
« Vu le procès verbal ci dessus et de l'autre part je n'empêche pour le Roy le cadavre dudit Jean-Baptiste Massé être inhumé nuitamment sans bruit, scandale ny appareil dans le chantier de d'Appoigni, port au plâtre, et être enjoint à tous officiers du guêt et de police de prêter main forte si besoin est et en sont requis. Fait ce 26 septembre 1 767.
« Signé : Moreau.
« Soit fait ainsi qu'il est consenti. Fait ce 26 septembre 1767.
c Signé: De Sartine. » (Archives nationales, Y, ii5jj.)
sera remise à Mllc Basseporte (i), qui veille à leur éducation, ou à elles-mêmes.
Je donne et lègue à M. Maisônneuve la somme de 3oo livres une fois payée.
Je donne et lègue à Madame Giraut, entrée depuis à mon service et actuellement aux Incurables, la somme de 100 livres une fois payée.
Je donne et lègue à une pauvre fille innocente, nommée Marie, à laquelle je fais l'aumône depuis longtems, la somme de 3o livres une fois payée.
Je donne et lègue à mon neveu Pierre Massé, en toute propriété, hors part et sans partage, la somme de 12,000 livres, à la condition expresse pour lui, les siens ou ayans cause, de fournir 600 livres de rente viagère à Madame Dupont, à Courcy et à La Roux, dit Lyonnois, tous trois à mon service, de même qu'à André
(1) Madeleine-Françoise Basseporte, née en 1701, morte au Jardin du Roi où elle était logée le 5 septembre 1780. M1I(> Basseporte avait le titre de peintre en miniature du Roi.
Paulet,mon ancien domestique, retiréà Lisy (1), lieu de sa naissance. Lesquelles 600 livres de rente viagère seront réversibles sur la tête des survivants comme il est plus amplement expliqué dans récrit de donation que j'en ai fait et remis à mondit neveu Pierre Massé, sous mon cachet, pour n'être ouvert qu^près mon décès en présence de M. Fallavel, son collègue, suivant qu'ils en sont convenus devant moy.
Je donne et lègue en outre à Madame Dupont, à Courcy et à La Roux, dit Lyonnois, indépendamment, des gages qui leur seront dus, la somme de 400 livres une fois payée, savoir à Madame Dupont celle de i5o livres, à Courcy celle de i5o livres et à Lyonnois celle de 100 livres.
Je donne et lègue de plus à ladite dame Dupont les articles suivans, savoir : deux cuillères et deux fourchettes d'argent, son lit tel
(1) Lizy-sur-Ourcq, arr. de Meaux (Seine-et-Marne).
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qu'il se comporte avec les rideaux et courtepointe d'indienne assortissante, deux paires de draps à son usage, les oreillers, les taies d'oreillers, six chemises neuves garnies, faites ou à faire pour elle, qui seront prises sur le restant d'une pièce de belle toile de 83 aulnes et demie que j'ay acquise pour faire ce don et les suivans, n'en ayant ôté que deux chemises pour moy. Je lui donne en outre toutes mes robes de chambre, excepté les trois de Perse, plus mes deux camisoles à coucher, un casaquin de coton avec leurs garnitures, et je lui laisse le soin d'une juste distribution entre Courcy. Lyonnois et André Paulet des douze autres camisoles de flanelle et des quatre de bazin, ainsy que des douze coiffes de nuit non garnies de dentelles et elle partagera à part égalle avec eux les douze tabliers de domestiques, les quatre de cuisine et les douze paires de bas tant de coton que de laine.
Je donne et lègue de même à Courcy les
articles sui vans, savoir: Deux cuillères et deux fourchettes d'argent, son lit tel qu'il se comporte avec les rideaux d'indienne et la couverture neuve de même, son oreiller, deux tayes d'oreillers, deux paires de draps à son usage, six chemises neuves garnies, faites ou à prendre dans la pièce de toille cy devant indiquée. Je luy donne en outre mon habit de ratine à boutons d'or, avec la veste et les deux culottes assortissantes, deux paires de bas de soye noire, deux paires de blancs et tous les habits et chapeaux qu'il a portés étant à mon service.
Je donne et lègue de plus à La Roux deux cuillères et deux fourchettes d'argent, son lit tel qu'il se comporte, y compris la commode qui sert à le resserrer, son oreiller, deux tayes d'oreillers, deux paires de draps à son usage, six chemises neuves garnies, faites ou à prendre sur la même pièce de toile cy dessus énoncée et enfin les habits et chapeaux qu'il a portés étant à mon service.
Je donne et lègue en outre à André Paulet, deux paires de draps, huit serviettes et une nappe de domestiques, plus six chemises neuves garnies, pareilles à celles de Courcy et de Lyonnois, plus les habits, vestes, culottes et chapeaux de mes porteurs; plus et indépendamment de la rente viagère que je luy ai faite, je prie lesdits exécuteurs de mon présent testament de faire toucher, aussitôt après mon décès, à son frère qui est malade, la somme de ioo livres une fois payée et au cas que ledit frère de Paulet vînt à décéder avant moy, ladite somme de 100 livres doit toujours être remise à André Paulet comme gratification de ma part.
Si les vingt-quatre chemises dont je viens de disposer en faveur des dessus dits Dupont, Courcy, Lyonnois et André Paulet ne se trouvoient pas faites, je veux que le montant des façons soit prélevé sur ma succession et s'il arrivoit quelque accident à aucun des quatre
susnommés, je les recommande également à la piété bienveillante de ma sœur, de mon neveu Pierre Massé, des siens et même à celle des amis que j'aurai eu le bonheur d'obliger; bien entendu, cependant, que les trois articles concernant Madame Dupont, Courcy et Lyonnois, mes domestiques actuels, n'auront lieu pour chacun d'eux, qu'autant qu'ils seront encore à mon service lors de mon décès.
Je donne et lègue à mes porteurs 3o livres une fois payées; c'est pour les deux 60 livres.
Mon neveu et ma nièce Massé, m'ayant témoigné de l'attachement pour M. Hersant et en cette considération, et par charité pour son fils, je le plaçai chez M. Fernesse (1) en qualité
(1) Cet artiste se nommait Jean-Baptiste de Fernex. Il était sculpteur et demeurait à Paris, rue et barrière Poissonnière. Il figura en 1763 et en 1774 aux expositions de l'Académie de Saint-Luc dont il était membre et nous signalerons entre autres ouvrages qu'il soumit alors aux regards du public « Un buste en plâtre de grandeur naturelle représentant le prince Reipnin, ambassadeur de Russie à la cour d'Espagne ; un buste en bronze de grandeur naturelle représentant feu monseigneur le duc de Valen tinois ; le buste en terre cuite de madame Fayart de grandeur naturelle ; le buste en marbre de gran-
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d'élève; il s'engagea à luy enseigner le dessin et tout ce qui peut conduire à faire des progrès dans la sculpture, je le luy recommandai et le lui recommande de nouveau, et pour cet objet, outre ce que j'auray fait jusqu'à mon décès, je donne et lègue à mondit sieur Fernesse un exemplaire de belles épreuves de ma Gallerie de Versailles en portefeuille et de plus 1 5o livres en argent une fois payées, pour avoir soin du petit Hersant (i) jusqu'à ce qu'il puisse gagner sa vie.
Je donne et lègue à mon cher neveu Paul Renouard, comme une simple marque de mon souvenir et de l'amitié que j'ay toujours eue pour lui, la somme de 1200 livres une fois payées, en toute propriété pour en faire l'usage qu'il lui plaira.
deur naturelle de M. de Sartine, conseiller d'État, Lieutenant général de police, etc., etc. » (Livrets des expositions de l'Académie de Saint- Luc à Paris publiés par M. Jules Guiffrey, p. 1 1 5 et 1 66.) Jean- Baptiste de Fernex habita aussi la rue Saint-Honoré.
(i) Sans doute un parent, peut-être un frère du peintre Louis Hersent, né en 1777, mort en 1860.
Je donne et lègue à son frère et son associé, mon neveu Étienne Renouard, mon ancienne tabatière d'or en coquille, ainsy que mes boucles de souliers et des jarretières de même métal, désirant de tout mon cœur que ces bagatelles lui servent autant qu'elles m'ont servy. Je lui donne aussi le charmant dessin que je fis faire de son épouse par M. Cochin et en outre, après le décès de ma sœur, les portraits de son frère et de sa belle-sœur Renouard, tels qu'ils sont sous mes yeux, en bordures. Je les fis peindre l'un et l'autre d'après M. Tocqué.
Sachant que M. Fizeau, mon neveu, travaille à se former un cabinet de tableaux, dans la vue de contribuer à son embellissement, je lui donne et lègue avec plaisir deux petits tableaux très fins de Wouwermans (1) bien bordés et deux autres petits du' gracieux Albane (2) dont les
(1) Philippe Wouwerman, né à Harlem en 1620, mort en 1668.
(2) François Albani, dit l'Albane, né à Bologne en 1578, mort en
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ouvrages sont très rares et très recherchés; ils sont aussi très bien bordés. Je donne et lègue de même à son épouse, ma chère nièce Marie- Anne Massé que j'ai vu naître et croître en grâces et vertus, mon portrait en mignature que je peignis lorsqu'elle passa à Amsterdam ; il fut jadis bien accueilli sous les auspices d'un amour légitime, j'espère qu'il le sera de même sous ceux de l'amitié; la boîte étant, ainsy que moy, devenue très ancienne, je viens d'en commander une autre à M. Galuchat (i), dont le montant sera pris sur ma succession, si je viens à décéder avant qu'elle soit finie.
Touché de la plus vive reconnaissance des bontés que m'a toujours témoignées mon amy Fallavel et des soins obligeans qu'il veut bien prendre encore conjointement avec mon neveu
(i) On sait que la matière appelée galuchat, du nom de l'ouvrier qui l'employa le premier et qui est celui dont parle ici Massé, se compose de peau de serpent ou de poisson, de requin notamment, appliquée sur des gaines ou des étuis en place de cuir ou de maroquin. La mode du galuchat qui a reparu depuis quelques années obtint un très grand succès au xviup siècle.
Pierre Massé pour l'exécution de ce mien testament, je le supplie de vouloir bien accepter un diamant à son choix de la valeur de 2000 livres.
L'intelligente et sensible Madame Fallavel prend un intérêt si touchant au bonheur de mes petites-nièces que je désirerois pouvoir lui en marquer ma reconnoissance d'une façon digne d'elle, mais son âme est si noble et si désintéressée que pour ne point blesser sa délicatesse, je me restreins icy à ne lui laisser que la simple galanterie de mon portrait étant encore très jeune ainsy que le peignis alors et le fis monter en bague tel qu'il m'avoit été demandé en 1 7 1 8. A présent il ne peut plus avoir d'autre prix aux yeux de Madame Fallavel, que celui d'être regardé comme l'image symbolique de l'intime amitié que j'ay pour elle, et c'est sous cet emblème du sentiment le plus délicieux, que je la prie de vouloir bien l'accepter et de joindre à cette grâce celle de choisir pour moy un
bijou de son goût, de la valeur de 1,000 livres, que je donne et lègue de tout mon cœur à son aimable fille que la divine providence a ornée, ainsy que le père et la mère, des rares avantages de l'excellence du cœur et de l'esprit.
Total des dons et legs que je fais en argent à prélever sur ma succession, sans y comprendre ce qui sera dû de gages à mes domestiques lors de mon décès, non plus que les frais de mon convoy et autres dépenses nécessaires, 17,740 livres.
Il convient aussy de prélever sur ma succession les sommes que je dois, comprises dans le bordereau cy après, savoir:
A Courcy, un billet de 85o livres, payable au ier février 1766;
A Madame Dupont, un billet de 3, 000 livres, payable le 8 mars 1766;
A La Roux, dit Lyonnois, un billet de 272 livres, payable le 7 mai 1766.
Total des trois billets cy dessus 4,1 25 livres.
Total des sommes en legs et dettes à prélever sur ma succession 21, 865 livres.
Voulant témoigner à ma sœur Marie-Anne Massé l'amitié que j'ay toujours eue pour elle, je lui donne et lègue la pleine et entière jouissance, sa vie durant, du revenu d'un contrat de 2/5 livres de rente perpétuelle sur les aydes et gabelles passé devant maître Roussel et son confrère, le 29 août 1720.
Je luy donne de même la jouissance d'une rente perpétuelle de 400 livres, constituée par devant maître Delan et son confrère, notaires, sur les biens de demoiselle Marie- Anne Brusley, ainsy qu'il est expliqué dans le contrat et dans le cas que la maison appartenant à ladite demoiselle Brusley viendroit à être vendue et que les 8000 livres de capital que j'ay hipothecqué sur icelle seroient remboursés, j'entends que cette somme reste dans les mains de mon neveu Pierre Massé qui en fera la rente à cinq pour cent, exempte de toute re-
tenue à ma dite sœur Marie-Anne Massé, sa vie durant.
Je luy donne de même la jouissance, sa vie durant, de 100 autres livres de rente provenant de la somme de 2,000 livres constituée sur tous les biens de sieur Jean-Simon Bryant, sculpteur, comme il est expliqué dans l'acte passé par devant maître Desmarres et son confrère, notaires, le i5 septembre 1764.
Je désire que ma chère sœur, par cette marque d'amitié que je luy donne, soit bien convaincue que je n'ay pensé qu'à contribuer à son bien-être et que, c'est dans cette vue et pour luy éviter tout gefire de soin et de travail, qu'à l'exemple de notre estimable frère Etienne qui, dans ces dernières volontés en notre faveur, eut les mêmes égards pour nous, je substitue au profit de notre famille, le peu d'argent qui pourra revenir àmadite sœur en ma succession après mon inventaire et la vente de mes effets dont le capital restera entre les mains de mon
dit neveu Pierre Massé, à condition cependant qu'au lieu des quatre pour cent auxquels notre dit frère Étienne avoit fixé le revenu de ce qu'il nous a laissé, il sera fait à ma sœur, du capital cy dessus, une rente au denier vingt exempte de toute retenue, et enfin que ledit capital provenant de la vente de mes effets sera réparti par mondit neveu Pierre Massé, après le décès de ma dite sœur Marie-Anne Massé, en portions égales entre ceux de la famille qui ont droit d'y prétendre, car pour les trois contrats cy dessus énoncés, montant ensemble à 775 livres de rente perpétuelle, je les donne et lègue en toute propriété à mon neveu Pierre Massé, comme il sera plus amplement expliqué après. Je donne aussy à cette chère sœur, dans le dessin de l'obliger, la jouissance, sa vie durant: i° de mes quatre beaux flambeaux d'argent avec leurs bobèches; 20 de Pécuelle d'argent, son couvercle, son plateau, la cuillère, la fourchette et le couteau, le tout aux armes de M. Godefroy,
contrôleur général de la marine duquel je tiens ce présent; 3° de deux plats d'entrée et deux plats d'entremets; 40 de deux cuillères à ragoût, six cuillères à café avec leur étuy,en tout vingtsix pièces d'argenterie qui retourneront en toute propriété à mon neveu Pierre Massé.
Voulant de plus embellir aux yeux de cette sœur bien aimée la collection qu'elle tient déjà de moyen dessins et tableaux, il luy sera remis de même, aux mêmes conditions, les quatre portraits, savoir: i° celui de notre belle-mère, peinte en mignature par Equeman (1), sous glace dans une boîte d'écaillé garnie en argent; 20 celui de notre très estimable bienfaiteur et frère Étienne^ peint au pastel par Londeberg (2),
(1) Jean Ecman, peintre en miniature, né vers 1641, mort à Paris le 16 juillet 1677, reçu membre de l'Académie royale de peinture et sculpture le 3 août 1675.. Cet artiste est cité dans le tome I des Comptes des Bâtiments du Roi publiés par M. Jules Guiffrey, col. 434 et 545 pour divers ouvrages de peinture. On y voit que ses tableaux lui étaient payés assez cher puisqu'il recevait environ 3oo livres pour chacun d'eux.
(2) Gustave Lundbergh, né à Stockholm en 1694, mort dans la même ville en 1786 reçu à l'Académie royale de peinture et sculpture
sous glace et en bordure; 3° celui de notre neveu Paul Renouard; 40 celui de son épouse, Tun et l'autre en bordure et peints en huile,
le 28 janvier 1741. Cette réception fut en quelque sorte imposée à l'Académie par Louis XV ainsi que le témoigne l'extrait suivant de ses Procès-verbaux : « A M. de Largillière, directeur de l'Académie de peinture; Versailles, 6 décembre 1740. Le sieur Lundbergh, suédois, peintre en pastel qui a fait le portrait de la Reine et du Roy de Pologne, désireroit fort être reçu de l'Académie de peinture, mais comme il est de la religion protestante il semble que ce soit un obstacle à ce qu'il soit admis. Cependant on rapporte l'exemple d'une exception qui a été faite en 1717 en faveur du sieur Boit, peintre ordinaire du Roy d'Angleterre. Ainsy voila des raisons pour et contre. Je vous les communique pour avoir votre avis et celui de l'Académie sur la demande du sieur Lundbergh. Je suis, monsieur, parfaitement à vous (Signé:) Orry. » L'Académie, après avoir délibéré « a résolu, pour satisfaire à l'intention de M. le contrôleur général que M. de Largillière lui répondroit au nom de la compagnie, qu'en recevant le sieur Boit, l'Académie ne consulta que sa parfaite soumission aux ordres de M. le Régent et que cette même Académie toujours soumise aux intentions de S. M. recevra ledit sieur Lundbergh avec plaisir si M. le contrôleur général juge à propos d'en obtenir l'ordre du Roy. »
Quelques jours après, le i5 janvier 1741, l'Académie reçut une nouvelle lettre du Contrôleur général contenant l'ordre du Roi; elle est ainsi conçue : « J'ai rendu compte au Roy, messieurs, de la raison qui vous empêchoit de recevoir dans votre Académie le sieur Lundbergh, suédois, peintre en pastel. Sa Majesté approuve votre attention sur ce qui paroit contraire à ses ordres, mais le Roy étant informé du mérite du sieur Lundbergh, son intention est que vous le receviez comme étranger quoi qu'il soit de la religion prétendue réformée et cela, sans tirer à conséquence. » (Archives nationales, O* 1926-6.) Lundbergh fut donc admis et présenta à l'Académie le 23 février 1742 comme morceaux de réception les portraits de Natoire et de Boucher, actuellement conservés au musée du Louvre.
d'après M. Tocqué. Je souhaite bien sincèrement, que ma très chère sœur jouisse longtemps en santé de la douce persuasion d'être aimée, comme elle Test en effet, de tout ce qui l'environne, aussy bien que des agrémens que j'ai toujours cherché à luy procurer, tant par mes conseils que par les moyens et effets énoncés cy dessus. J'aurois désiré de pouvoir les étendre davantage, mais, tels qu'ils sont, je la prie de les recevoir avec quelque plaisir des mains de la plus tendre amitié qui fut jamais.
Dans les préliminaires de ce mien testament, j'ay déjà donné une idée des services importans que m'a rendus mon neveu Pierre Massé. Ils ont été de nature, soit en santé, soit en maladie fréquente, que je ne saurois lui en témoigner assez une juste reconnaissance, ce n'est donc que par une considération toute particulière pour mes parens, soit à Londres, soit à Amsterdam, que j'aime également et qui sont tous présens à ma mémoire que je n'ajoute à ce que
j'ay déjà fait en sa faveur que les articles suivans :
Je donne et lègue à mondit neveu Pierre Massé, en toute propriété et sans partage, le peu d'argenterie qui me reste, ayant cy devant, par reconnoissance des bienfaits du Roy, envoyé à la Monnoye ce que j'avois de plus essentiel en ce genre. Ladite argenterie consiste : En un plat à soupe, deux plats d'entrée, deux plats d'entremets, deux plats ovales pour rôts, une ancienne écuelle couverte, une autre écuelle couverte, son plateau, la cuillère, la fourchette et le couteau, letout auxarmesdeM. Godefroy; une cuillère à soupe, deux cuillères à ragoût, un couteau à manche d'argent pour découper, six couteaux à lame d'argent pour le dessert, une boîte de douze couteaux et douze fourchettes pour le dessert, dix-huit couverts complets dont j'ay disposé de six dans les articles cy dessus, un couvert complet très ancien en argent d'Allemagne, quatre beaux flambeaux
avec leurs bobèches et leurs brûle-tout, un flambeau à deux branches servant de pare-àvue, une très belle écritoire dont le plateau est ovale, six cuillères à café dans leur étuy, un bassin à barbe avec les deux boîtes, Tune à savonnette et l'autre à éponge, une bourse de soixante beaux jetons dont les sujets sont tirés des Métamorphoses d'Ovide.
Cette donation est faite aux conditions expliquées cy dessus aux articles concernant mes domestiques et à celui qui regarde ma chère sœur.
Je donne et lègue à mon dit neveu Pierre Massé, en toute propriété et sans partage, quatre belles médailles, savoir : une grande en argent de Louis XIV, qui a pour revers la famille Royalle ; cette médaille me fut donnée pour un premier prix de dessin que je gagnay à l'Académye, n'ayant encore que 14 ans (i),
(1) Massé écrivait cette partie de son testament le 2 octobre 1765 à l'âge de 77 ans, il était donc bien excusable de commettre quelques
elle est montée proprement en bordure. Les trois autres sont d'or ; elles m'ont été données par le Roy de Danemarck dans une boîte de chagrin de velours; je remets avec plaisir cette marque particulière de distinction d'un souverain admiré de toute l'Europe, entre les mains de mondit neveu ainsy que la très flatteuse lettre que me fit l'honneur de m'écrire à ce sujet M. le baron de Berristroff de la part du Roy de Danemarck. Ce monument ne pouvant que faire honneur à la famille, je me flatte que
erreurs de date. Lorsqu'il remporta, au mois d'octobre 1705, le prix de dessin à l'Académie, il avait 17 ans, étant né le 3 1 décembre 1687. Voici ce qu'on trouve à ce sujet dans les Procès-verbaux de l'Académie de peinture et sculpture :
(f Du samedi 10 janvier 1707. ,
« Aujourd'hui 10 janvier 1707, l'Académie estant assemblée généralement, M. Mansart, protecteur de la Compagnie luy a faict l'honneur d'y venir prendre séance. MM. les officiers en exercice l'ayant esté recevoir à la porte de la salle l'ont conduit à la place qui luy est destinée.
« Le Secrétaire luy fit, au nom de la compagnie, un petit discours pour le complimenter, ensuite de quoy il a fait la distribution des petits prix jugés pendant cinq quartiers aux estudians qui dessinent d'après le modèle, sçavoir : Pour le quartier d'octobre 1705, le premier prix à Massé, peintre, le second à Chéron, peintre et le troisième à Coypel le plus jeune, peintre. » (Archives nationales, O» 1926-4.)
mondit neveu ne sera jamais réduit à la nécessité de s'en défaire et qu'il passera aux aînés de sa postérité, ne devant jamais être divisé.
Je donne et lègue de même à ses deux filles, mes deux petites-nièces, en toute propriété et sans partage mes deux bagues de brillans dont l'aînée aura le choix.
Je donne et lègue comme cy-dessus à mon dit neveu Pierre Massé, pour l'usage de mes petitesnièces ses filles, que j'ai toujours chéries et conduites comme si elles eussent été mes enfans, tous mes livres en général reliés ou non reliés, y compris tous ceux de musique, cartes de géographie, globes terrestres et le texte, excepté les articles dont je pourray disposer en faveur de quelques amis.
Ayant déjà donné et voulant disposer encore par le mien testament de ce que j'avois de moins mal dans mes dessins et mes mignatures, je donne et lègue, comme dessus, à mondit neveu Pierre Massé, ce qui restera encore lors de mon
décès dans l'un et l'autre genre, sous la condition expresse de n'exposer en vente publique ny particulière aucun de ces morceaux, car telle est ma volonté, ne les jugeant propres qu'à amuser mes petites-nièces qui les partageront sous cette même condition.
Je donne et lègue à mondit neveu Pierre Massé, comme cy dessus, toutes mes estampes à l'exception des portraits de Charles Lebrun (i) et des miens, destinés à compléter les assortimens de la Gallerie de Versailles non reliés qui sont des plus belles épreuves. J'ai payé à M. de Villetanneuse, en argent, pour douze de ces exemplaires, sans compter les portraits, 3,6oo livres. J'en ay encore, y compris celuy qui est sous verre et les deux reliés, vingt-trois, desquels un en Louvin (2) est destiné pour
(1) Charles Le Brun, né en i6iq, mort en 1690, reçu membre de 'Académie royale de peinture et sculpture le i*T février 1648.
(2) On lit ici Louvin, plus loin on trouve Louvois. Je ne trouve aucune dénomination semblable dans le Vocabulaire raisonné pour Kart de la papeterie placé à la fin de l'article Papiers dans la nouvelle
l'Académye, à laquelle je Pay déjà annoncé. Je me propose d'en donner plusieurs autres dont je feray mention, et les exemplaires restans seront distribués à égales parts à ceux de ma famille qui y ont droit.
Je donne et lègue de même, en toute propriété et sans partage, à mondit neveu Pierre Massé pour être substitué à ses enfans ainsy que les médailles, tous les portraits de notre famille en bordures dorées : savoir : i° Un portrait en ovale, peint par Ferdinand (i), du père de ma mère Pierre Lancement, noble homme du comté de Dunois, sieur de Pinprenant, commissaire provincial de l'artillerie de France, fils aîné de Gédéon Lancement, sieur de Ché-
édition de YEncyclopèdie donnée par Panckoucke. S'agit-il de papier de Hollande fabriqué à Louvain, ou d'un papier auquel Louvois aurait donné son nom (il y avait du papier Golbert) ? Je ne sais; peutêtre le mot a t-il été mal compris par le copiste et faut-il lire tout simplement Lombard. Le papier Lombard ou Grand-Lombard était un magnifique produit des moulins du Limousin.
(i) Ferdinand Elle, peintre ordinaire et valet de chambre du Roi, venu à Paris dans les dernières années du xvne siècle, mort entre les années i63y et 1640.
vrigny, aussy commissaire de ladite artillerie et de Catherine Lemaître. Ma mère avait deux frères nommés Messieurs de Chevrigny, lesquels après s'être fort distingué au siège de Namur (i), sous les yeux de Louis XIV et en avoir reçu les récompenses les plus flatteuses, furent tués la même campagne à son service. Elle avoit en outre une sœur que j'ay connue, qui épousa M. Cury et il ne reste de cette branche qu'un petit-fils, qui est actuellement contrôleur des trésoriers des deniers royaux de la maison du Roy (2) ; 20 Un portrait de mêmes
(1) En 1692.
(2) Sans doute le même que celui dont parle Marmontel dans ses Mémoires : « C'étoit un homme d'esprit, bon plaisant, d'un sel fin dans son sérieux ironique et plus espiègle que malin. » Et plus loin : « Une petite gaité qu'il s'étoitvpermise au théâtre de Fontainebleau en y tournant en ridicule dans un prologue de sa façon les gentilshommes de la Chambre les lui avoit aliénés et après avoir fait semblant de rire eux mêmes de la plaisanterie, ils s'en vengèrent en le forçant de quitter sa charge d'intendant des menus-plaisirs. » Pour s'en venger, il composa la fameuse parodie du grand discours d'Auguste de Cinna, dans laquelle le duc d'Aumont, premier gentilhomme de la Chambre, étoit ridiculisé. On sait que Marmontel,, accusé d'être l'auteur de cette satire, fut emprisonné, quoique innocent, à la Bastille. Enfin Marmontel cite une saillie de Cury qui prouve que ce personnage avait plus d'esprit que de dignité dans le caractère, car pour faire un à-
grandeur, forme et bordure de mon très respectable père Jacob Massé, maître joaillier, étably à Paris, fils d'honorable homme Éléazard, orfèvre à Châteaudun, ainsyque ses ancêtres; 3° Un portrait en mignature de demoiselle Suzanne Lancement, ma très honorable mère peint par Ecquement, dont j'ay laissé la jouissance à ma sœur sa vie durant, ainsy que de quelques autres que je répéterai icy pour Tordre; 4° Les portraits de mon père, de ma mère, de mon frère aîné, celuy de sa femme et le mien étant très jeune; ces cinq portraits sont peints par M. Nattier à qui je les payay dans le tems, n] ayant rien coûté à la famille : ils sont chez ma sœur, excepté celui de la femme de mon frère aîné, mère de mon neveu Pierre Massé; il étoit peint comme celuy de son mary en grand ovale, je le fis remettre sur toille àpansquarrés
propos assez médiocre il mettait en jeu sa propre mère d'une manière aussi grossière que révoltante. (Marmontel : Mémoires, livres IV et VI.)
d'une belle proportion et raccommoder par M. Tocquéque je priay de repeindre mon frère aîné de même grandeur, voulant liiy en faire le cadeau ; rien n'est plus beau que ce portrait : l'un et l'autre vont actuellement parfaitement ensemble, ils sont chez mon neveu. J'ay chez moy, outre le portrait de mon frère Etienne, dont l'image et le souvenir seront toujours chers à ceux de sa famille que la Providence a doués de sensibilité et de reconnoissance, un très beau portrait de mon neveu Pierre Massé, peint par M. Tocqué et deux copies de ceux qu'il fit, avec le même succès, de son neveu Paul Renouard et de sa femme. Je désire que ceux qui auront ces portraits que j'ay fait faire de mes dépens, goûtent autant de satisfaction aies posséder qu'ils m'en ont procuré jusqu'à cet instant; 5° Mon portrait dans une belle bordure, peint en grand jusques aux genoux, en 1784. Ce tableau d'une riche composition, d'un beau ton de couleur et d'une exécution aussy facile
qu'intelligente et légère, a toujours été regardé par les artistes comme une des plus précieuses productions du pinceau de mon illustre amy M. Tocqué (i); 6° Un autre portrait de moy en mignature, très inférieur, je l'avois peint en 1730 dans une forme ovale, tenant d^ne main un de mes dessins de la Gallerie de Versailles et de l'autre un porte-crayon. Ce portrait est sous glace dans une grande boîte en chagrin noir.
Si mon neveu Pierre Massé et ma nièce, son épouse, avoient le malheur de perdre leurs aimables filles, mes petites-nièces, sans postérité, je veux et entends que la substitution que j'ay faite en leur faveur des portraits cy dessus, ainsy que des médailles et de la lettre de M. de Bernstrof, retournent après leurs décès, aux enfans de mes neveux Renouard et Fizeau
(1) Ce portrait a été gravé par l'un des plus intimes amis de Massé, Jean-Georges Wille. La planche se trouve actuellement à la Chalcographie du Louvre.
pour perpétuer dans la famille, autant qu'il est en moy, le ressouvenir de nos ancestres et le désir de les imiter. L'estimable M. Olivier, aussy généreux que sensible, devant, par son mariage avec l'aîné de mes nièces de Londres, hériter de la collection des portraits de ma famille que je vais envoyer à ma chère bellesœur Massé, ne pourra qu'applaudir à cette disposition, son cœur étant formé pour aimer tout ce qui peut tendre à augmenter les agrémens, l'union et la gloire de la famille.
Je donne et lègue de plus à mondit neveu Pierre Massé tout ce qui se trouvera dans mes caves en bois, en charbon et en vin lors démon décès. Gourcy luy en donnera une note fidèle, le tout en bon état et il sera choisy et envoyé d'abord, trente bouteilles de litre, soit en Bourgogne ou en Champagne, à mon aimable amy M. Cochin et soixante-dix à M. Fallavel, chez lequel il s'en consomme davantage, bien persuadé que l'un et l'autre en feront usage avec
les estimables amis de notre comité des arts et que rassemblés, il sera fait commémoration de celuy qui fut le plus zélé partisan de leurs talens divers. Ces deux articles remplis, le surplus, comme je viens de l'expliquer, appartiendra à mon neveu Pierre Massé.
Je donne et lègue à ma chère nièce Massé, son épouse et à ses filles, mes petites-nièces, toutes mes dentelles et chemises et générallement tout mon linge gros et fin, excepté les articles dont j'ay déjà disposé cy dessus.
Enfin, je donne et lègue en toute propriété et sans partage à mondit neveu Pierre Massé, le fonds du capital des 12,000 livres dont il doit faire la rente viagère comme il a été expliqué cy dessus, à l'article concernant mes domestiques et les trois contrats faisant ensemble 775 livres de rente perpétuelle, dont ma sœur Marie-Anne Massé, aura la jouissance sa vie durant, ainsy qu'il a été expliqué à Particle.
La collection de portraits que ma belle-sœur
Massé de Londres m'avoit envoyés pour les raccommoder, étoit composée des mignatures suivantes toutes en très mauvais état, savoir : ic Le portrait de mon père; 20 Celui de ma mère; 3° Le sien très mal peint à Londres; 40 Celui que je peignis ensuite avec plus de succès; 5° Celui de feu son époux, mon frère Jacques; 6° Celui de ma sœur Marie-Anne; 70 Un sujet de ma composition que je peignis à l'encre de la Chine, pour en faire présent à feu mon frère Jacques, représentant Apollon et Daphné et 8° mon portrait en émail copié par le sieur Liotard (1), d'après un original peint par moy-même. Il y a bien longtems que ces divers ouvrages sont entre mes mains et que non content de les avoir rétablis, voulant donner
(1) Jean-Etienne Liotard, peintre suisse, né en décembre 1702, a Genève, où il mourut en 1790. On l'avait surnommé le peintre turc à cause du costume oriental adopté par lui depuis un voyage qu'il fit à Constantinople. Le musée de Dresde conserve, dans sa collection de pastels, plusieurs ouvragesde cetartiste qui ne dédaigna pas d'envoyer ses tableaux aux expositions organisées par l'Académie de Saint-Luc (Jules Guifïrey : Livrets des expositions de l'Académie de Saint- Luc.)
à ma belle-sœur des témoignages du tendre attachement que j'ay pour elle, j'ay, dans les instans de santé dont j'ay pu jouir depuis près de trois ans, ajouté àsacollection lesportraits en mignature suivans : Celui de mon grand-père, celui de mon frère Etienne et le mien. M'étant satisfait à cet égard, je fis arranger tous ces différens portraits dans une grande boîte assez artistement faite, je fis même annoncer à M. Olivier par mon neveu Pierre Massé que le tout était prêt à ses ordres, mais ayant réfléchi que ce qui fait l'agrément principal de ce présent dépend d'un arrangement qui ne pourroit plus subsister quand on en auroit ôté mon portrait en émail qui doit appartenir à Madame Josne, ma nièce, comme luy ayant été promis par feu mon frère Jacques, son père, et que d'ailleurs ma belle-sœur auroit disposé de son dernier portrait en mignature, j'ai projetté de luy envoyer séparément, ces deux derniers portraits dans des boîtes particulières et pour les rem-
placer dans la grande qui les renferme tous, je substitueray à leur place deux autres portraits en mignature, savoir : celui de feu mon frère aîné et celui de son épouse, ce qui rendra la collection plus étendue, plus parfaite et plus digne enfin, suivant mes désirs, de plaire à ma chère belle-sœur, la suppliant très instamment de n'en rien soustraire lorsque, suivant mon intention, elle en favorisera mon neveu, M. Ollivier, son gendre, très obligeant interprète de ses bontés à mon égard; et dans le cas où je viendrais à décéder avant d'avoir rempli le nouveau projet de faire peindre mon frère et son épouse, j'entends qu'on les fera faire en mignature par M, Hoyer (1), Danois, que ses talens m'ont fait choisir à cet effet pour remplir la collection cy dessus, et que ce qu'il exigera pour ces deux nouveaux portraits soit prélevé sur ma succes-
(1) Cornélius Faedder Hoyer, qu'on appelait aussi Hojer ou Hoger, célèbre miniaturiste, vivait dans la seconde partie du xvm° siècle et mourut en 1804.
sion avant toutes choses, ainsy que les frais des deux boîtes particulières que j'ay commandées à M. Galluchat, tous lesquels articles cy-dessus je donne et lègue en toute propriété à ma bellesœur Massé.
Ayant déjà donné cy devant à son gendre M. Olivier, mon neveu, des preuves de l'extrême envie que j'ay eue de luy plaire en la personne de M. Walpole (1), digne objet de son estime et de ses affections, il verra de nouveau dans l'article cy dessus, que, toujours conduit par les mêmes sentimens, ses vertus, sa fortune et sa façon de penser me le peignent si fort au dessus de tout autre don, que ce n'est que par une estime toute particulière que je me borne icy à ne luy léguer que le dessin fait d'après son illustre amy par M. Cochin; il a toujours été depuis sous mes yeux dans mon cabinet et je ne puis le remettre en meilleures mains.
(1) Horace Walpole, comte d'Orford, né en 1718, mort en 1707, l'ami de madame du Deffand.
Étant aussy flatté des politesses que j'ay reçues de mon aimable nièce, Madame Josne, pleine de sens, de grâces et de raison, que de la demande obligeante pour moy qu'elle fit à feu mon frère Jacques de mon portrait en émail qui doitluy revenir, je luy donne pour accompagner ledit portrait deux mignatures : une femme de notre Cour et l'autre d'un portrait du Roy que je peignis en iy3o, à Versailles, d'après Sa Majesté qui n'admit auprès d'elle que M. le duc de Villeroy, capitaine de ses gardes tant que dura cette opération. Je lui donne de même de tout mon cœur une bague que j'ay toujours aimée, représentant César avec son bâton augurai, gravure antique sur un rubis accompagné de quatre petits brillans sur les côtés. Cette bague appartenait à un grand seigneur très curieux en ce genre.
Ayant pris, pour mieux obliger, de nouveaux arrangements, les trois boîtes commandées cy devant au sieur Galluchat n'auront point lieu;
le sieur Gouthière (i), très bon doreur, me fait actuellement quatre bordures semblables à celles qui sont renfermées dans la grande boîte de ma belle-soeur, dont une servira à son premier portrait fait à Londres et réparé par mes soins autant qu'il y a eu de possibilité, les trois autres seront employées aux morceaux destinés à ma nièce Josne.
Je donne et lègue à sa jeune sœur Massé, grâce à Dieu mieux portante, une boîte à mouches que me fait le sieur Derais, fameux bijoutier (2). J'ay lieu de penser qu'elle sera bien. Je fais mettre dessus une mignature de ma composition que je peignis avec plaisir d'après une de mes amies dont la physionomie intéressante, telle que je me figure être celle de ma
(1) Voir sur ce remarquable fondeur-ciseleur les très curieux renseignements que M. Jules Guiffrey a publiés dans le volume intitulé Les Caffieri et le Catalogue du duc d'Aumont réimprimé par M. le baron Uavillier.
(2) Pierre Drais, marchand orfèvre. Son fils, Robert-Arnould- Glaude Drais, épousa en 1778 une fille naturelle de Mlle Guimard, la célèbre danseuse de l'Opéra.
très chère nièce Massé, me fit imaginer de l'accompagner d'un petit amour qui semble, par un de ses traits, l'assurer du succès de ses charmes. Le sieur Derais m'a promis d'apporter les plus grands soins à cette boîte, ainsy qu'à trois autres qu'il doit me livrer en même tems. J'en ay destiné deux avec plaisir à mes chères petites-nièces Renouard, dont l'aînée aura le choix et la troisième à ma nièce Fizeau, sœur de Massé et, quoique j'aye obmis d'en faire une mention détaillée aux articles 14 et 16, ma volonté n'en est pas moins précise à cet égard. Je prie donc les exécuteurs de ce mien testament, si je venois à décéder avant que lesdites bordures et boîtes fussent conduites à la perfection nécessaire, d'y veiller et de les faire rendre à destination. Bien entendu que le montant du tout sera prélevé sur ma succession.
Touché du triste sort des veuves et des enfans de plusieurs artistes, mes confrères,
décédés sans fortune, et dans la vue de leur épargner l'humiliation d'implorer des secours qu'ils ne sauroient trouver dans les fonds actuels de l'Académie, je commençay par en établir un, dont le revenu leur est particulièrement affecté; j'y contribuay donc pour un capital de 2000 livres que je remis à notre trésorier le 26 mai 1764 (1) et le même jour je donnay à l'Académie mon portrait en buste, fait par l'illustre Lemoine (2), sur un socle de beau marbre.
(1) Voyez plus haut, dans XÉloge de Massé par Cochin, ce qui a été dit à ce sujet. L'extrait suivant des Procès-verbaux de l'Académie de peinture, indiquera comment fut employée la somme offerte par Massé :
« Du samedi 7 décembre 1765.
« L'Académie a arrêté que la somme de 2000 livres donnée par M. Massé, conseiller, ainsi qu'il est expliqué dans la délibération du samedi 26 mai 1764, ensemble la somme de 14 livres des deniers appartenant à l'Académie et étant entre les mains de M. Chardin trésorier, seront employées à acquérir 200 livres de rente à 4 p. 100 sur les aydes et gabelles de l'édit d'avril 1758, pour être les arrérages de ladite rente employés jusqu'à concurrence du produit desdites 2,000 livres conformément au désir de M. Massé, ainsi qu'il est énoncé dans ladite délibération du 26 mai 1764, et à cet effet M. Chardin duément autorisé à faire ledit emploi et les frais de contrat et d'autres relatifs à ladite acquisition. » (Archives nationales, On 926-8.)
(2} Jean-Baptiste Le Moyne, né en 1704, mort aux galeries du
J'ajoute à ces dons celuy d'un exemplaire en grand Louvin de la Gallerie de Versailles, relié, comme un hommage et un gage de ma reconnoissance et des conseils éclairés que j'ay reçus de plusieurs de ses membres, pendant le cours de plus de trente ans que cet ouvrage a exigé de soins et de travaux.
Après avoir satisfait, autant que je Pay pu à ce que j'ay cru devoiràmamaison,à ma famille et à l'Académie, je vais ne plus m'occuper que des agréables objets de ma reconnoissance envers mes protecteurs et mes amis.
M. le marquis de Marigny, commandeur des ordres du Roy, directeur et ordonnateur général de ses bâtimens, etc., dont le ministère intelligent fait également la gloire de l'Etat et la félicité des artistes, est très humblement supplié d'agréer la requête qu'ose lui présenter icy Jean- Baptiste Massé. Remply de la plus vive recon-
Louvre le 25 mai 1778, reçu membre de l'Académie royale de peinture et sculpture le 26 juillet 1738.
noissance des bienfaits dont il n'a cessé de l'honorer, en voulant bien y ajouter encore celui d'accepter comme un simple hommage de son respectueux dévouement, un bronze antique représentant Gléopâtre mourante, que l'approbation des connoisseurs lui a fait juger digne d'entrer dans son cabinet. M. le marquis de Marigny par cette dernière marque de sa bienveillance, mettra le comble à ses bontés pour le suppliant et honorera ses cendres à jamais.
La réussite de l'article cy dessus est particulièrement recommandée à M. Gochin, écuyer, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, secrétaire perpétuel de l'Académie royalle de peinture et de sculpture, chargé du détail des arts. A qui pourroi-je, en effet, m'adresser mieux pour la conduite qu'on doit tenir auprès de M. le marquis de Marigny, si ce n'est à celui qui mérite si parfaitement sa confiance et qui sçait si solidement servir ses amis dans les cas les plus
importans ? Les bontés particulières qu'il m'a toujours témoignées, me font espérer qu'il voudra bien accepter pour marque de mon ressouvenir, un portefeuille contenant une collection de la Gallerie de Versailles, choisie et révisée des mains de l'amitié, dans l'idée de lui plaire et qu'il voudra bien joindre auxdessins un crayon rouge et un petit portrait d'homme en mignature qu'il a de moi, une autre mignature, portrait de femme aussy d'après nature, vêtue de blanc, tenant d'une main une grenade et de l'autre un panier de fleurs, s'il étoit encore dans toute la fraîcheur qu'il auroit sûrement conservée si je ne Pavois pas prêté aussy souvent à des peintres en mignature qui ne me le demandoient avec empressement, que parce qu'ils croyoient tous qu'après l'avoir copiée ils en seroient beaucoup plushabiles ; M. Cochin, né pour obliger, l'auroit prêté comme moy et n'y auroit pas plus gagné. Je luy donne en outre, comme pour mémoire d'un talent que j'ay peu
pratiqué, mes deux premiers essais en émail d'après Van Dyck (1), je fis ensuite beaucoup moins mal en ce genre quelques morceaux pour l'Angleterre, pour le Duc de Lorraine et le Grand Duc de Toscane et vraisemblablement j'y aurois fait quelques progrès sans les circonstances qui m'empêchèrent de les continuer.
Je prie M. Perrief, écuyer, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, cy devant premier commis des bàtimens, de vouloir bien accepter un portefeuille contenant un exemplaire choisy de la Gallerie de Versailles, que je lui donne de tout mon cœur comme une simple marque de mon souvenir et de ma reconnoissance, des solides bontés dont il n'a cessé de m'honorer.
Par une estime toute particulière pour les grands talens de M. Soufflot, écuyer, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, architecte du Roy, contrôleur de ses bâtimens et principalle-
fi) Antoine Van Dyck; né à Anvers en 1599, mort à Londres en
ment en considération du parfait attachement qu'il a toujours eu pour notre incomparable et très aimé protecteur M. le marquis de Marigny, je lui donne et lègue, ainsi que je l'en ay prévenu, le portrait que j'en ay fait peindre sous mes yeux avec l'attention la plus scrupuleuse par M. Deshayes le jeune (i), d'après celui de l'illustre Tocqué : il est dans une bordure du sieur Bouvet (2), exécutée avec soin sur le dessin que j'en avois donné. Ce portrait sur lequel j'arrête tous les jours mes regards avec plaisir, est sans contredit un présent précieux pour M. Soufflot, puisque je juge de son cœur par le mien.
Sensible à la bienveillance affectueuse dont M. Lemoine m'a toujours honoré, je lui donne et lègue de tout mon cœur, un portefeuille con-
(1) François-Bruno Deshays de Colleville, agréé de l'Académie royale de peinture et sculpture. Ce qu'en dit ici Massé semble en contradiction avec le jugement sévère porté par Diderot sur cet artiste : a Les portraits de Deshays sont si mauvais de dessin, de couleur et du reste qu'ils ont l'air d'être faits en dépit de l'art et du bon sens. d {Salon de 1767.)
(2) Bouvet était un ébéniste de mérite qui était fournisseur du Roi.
tenant une collection choisie de la Gallerie de Versailles. L'ardeur avec laquelle il m'a paru désirer cet ouvrage me l'a fait préférer à toute autre marque que j'aurois pu luy laisser de ma sincère reconnoissance.
L'ingénieux et fécond M. Boucher (1), auquel je dois une partie du succès de cet ouvrage, par la retouche intelligente de quelques épreuves, m'ayant paru, toutes les fois qu'il est venu chez moy, regarder avec plaisir l'effet piquant des tons de couleurs de mon petit tableau de Parrocel le père (2), représentant deux cavaliers prêts à passer une rivière formée par une grande chute d'eau dont le bruit paraît les effrayer, je lui donne et lègue avec plaisir ce morceau digne en effet de plaire à un artiste aussy éclairé.
Par ce même motif de reconnoissance, d'es-
(1) François Boucher, premier peintre du Roi, né le 29 septembre 1703, mort au Louvre le 3o mai 1770, reçu membre de l'Académie royale de peinture et sculpture le 3o janvier 1734.
(2) Joseph Parrocel, le peintre de batailles, né vers 1648, mort le 2 mars 1704, reçu membre de l'Académie royale de peinture et sculpture le 14 novembre 1676.
time et d'amour pour le talent, je donne et lègue à son digne gendre, M. Beaudouin (1), un portefeuille renfermant une collection choisie de la Gallerie de Versailles. La satisfaction intime que je goûte à luy faire cette galanterie me persuade qu'elle lui sera agréable.
Je donne et lègue à M. Chevotet (2), architecte du Roy, mon ancien camarade des dessins de la Gallerie de Versailles, dont il me donna le développement nécessaire à cette opération, un portrait de la Reine (3) que je peignis, d'après nature, à Marly, dès qu'elle fut arrivée en France; il est sous glace dans une belle boîte
(1) Pierre-Antoine Baudoin, né en 1723, mort le i5 décembre 1769, reçu membre de l'Académie royale de peinture et sculpture le 20 août 1763. Il avait épousé le S avril 1758 Marie-Emilie Bouclier, fille cadette du célèbre peintre et le même jour, l'aînée Elisabeth- Victoire s'unissait par les liens du mariage dans la même église à Jean-Baptiste- Henri Deshays de Colleville, peintre, frère du Deshays dont Massé a parlé plus haut.
(2) Jean-Michel Chevotet, mort le 4 décembre 1772, reçu membre de l'Académie royale d'architecture en 1732. Dix ans auparavant, en 1722, Chevotet avait remporté le grand prix décerné par cette Académie.
(3) Marie Leczinska. femme de Louis XV.
ovale de chagrin vert sur laquelle est le chiffre du Roy et celui de la Reine en doux et charnières. Je prends d'autant plus de plaisir à remettre ce portrait entre ses mains que je.luy ai toujours trouvé de la ressemblance avec son aimable épouse.
Je prie M. Tocqué, aussy mon ancien amy, d'accepter, comme marque de mon souvenir et de ma reconnoissance, le grand portrait de Van Dyck en cuirasse qui a été sy longtems admiré dans mon cabinet, le croyant pour cette raison, très propre à orner le sien. Je luy donne aussy mon beau buste du Roy en terre cuite fait d'après nature par le célèbre M. Lemoine.
Les productions de M. Vien (1) en peinture font voir tant d'amour, pour le noble, le simple et le naïf, tant de recherches sur les beautés grecques que j'ay cru ne pouvoir luy
(1) Joseph-Marie Vien, né en 1716, mort le 27 mars 1809, reçu membre de l'Académie royale de peinture et sculpture le 3o mars 1-754.
donner des marques de mon souvenir qui luy fussent plus agréables qu'en luy léguant, comme je le fais, Y Œuvre de l'antiquité expliquée par le P. Monfaucon en neuf volumes in folio bien reliés et belles épreuves. Je le prie de vouloir bien l'accepter en témoignage de ma reconnoissance de la bienveillance qu'il m'a témoignée en faveur de mes petites-nièces, espérant qu'il voudra bien la leur continuer à proportion qu'elles marqueront d'ardeur à en profiter.
M. de Livry (1), premier commis de mon-
(1) Ce personnage très ami des arts et des artistes est fréquemment cité dans les Mémoires du graveur Wille. Nous reproduirons même un passage de cet ouvrage où il est question de Massé et de M. de Livry : « Le 20 août 1761 j'allai à Versailles avec M. Massé, M. le chevalier Cochin (il était chevalier de l'ordre de Saint-Michel), mes anciens amis et madame Basseporte du Jardin du Roi. C'étoit pour dîner chez M. de Livry, premier commis de M. de Saint-Florentin qui nous avoit invités depuis longtems. Nous vîmes les tableaux du Roi à la Surintendance et fûmes de retour le soir à Paris. » (Wille, Mémoires, I, 175.) On a vu plus haut que depuis le 3 1 décembre 1759 c'était Massé qui occupait la place de garde des tableaux du Roi et que le 27 mars 1760 Louis XV lui avait permis d'en faire remplir les fonctions par Etienne Jeaurat à qui la survivance en avait été attribuée. Le prédécesseur de Massé, comme garde des tableaux du Roi, avait été Jacques-André Portail que Marmontel appelle dans ses Mémoires
seigneur le comte de Saint-Florentin m'ayant para vivement touché de la beauté des deux têtes que j'ay de M. Greuze (1), je les luy donne et lègue de tout mon cœur, désirant qu'elles contribuent à rappeler à sa mémoire le désir ardent que j'ay toujours eu de luy plaire et la vive reconnoissance que j'ay conservée jusqu'au dernier instant de ma vie pour avoir étendu ses bontés pour moy jusques sur ma famille et mes amis que je recommande à sa bienveillance.
La très estimable et vertueuse Mlle Basseporte, mon amie, est suppliée de vouloir bien accepter, en témoignage de mon souvenir, comme je Pay accepté moy même des mains de l'amitié, un dessin de M. Natoire, fait à Rome,
le bonhomme Portail. Il mourut le 4 novembre 1759 et avait été reçu membre de l'Académie royale de peinture et sculpture le 24 septembre 1746.
(1) Jean-Baptiste Greuze, né en 1725, mort le 21 mars i8o3àParis, rue des Orties-du-Louvre, reçu membre de l'Académie royale de peinture et sculpture le 23 août 1769.