‹ Un avocat journaliste au 18e siècle, LinguetChapitre 10 sur 215 · RUPTURE AVEC DORAT · texte numérisé non relu

RUPTURE AVEC DORAT

poète mousquetaire, n'eussent été pour Linguet qu'un médiocre dommage, sans un incident déplorable qui envenima la rupture et en dénatura les motifs.

Dorât accusa Linguet de lui avoir volé cent louis!

Cent louis soustraits au besogneux poète auquel on ne connut jamais une livre vaillant! Cent louis soustraits à Dorât, qui vécut toujours à la Villon, et mourut insolvable malgré les générosités de Beaumarchais !

L'accusation est tellement énorme, invraisemblable, que les pires ennemis de Linguet n'y ont jamais cru; mais sans y croire, ils l'ont exploitée. La bourse de Dorât est allée rejoindre le cheval du duc de Deux-Ponts dans le catalogue des infamies reprochées à Linguet.

C'est en vain que Dorât a désavoué le fait dans une lettre publiée par le Journal de Politique et de Littérature '. La calomnie a persisté; elle a grandi. Bien des fois dans sa vie, Linguet a dû lutter contre elle, et le fait seul qu'il eût à protester a laissé, comme il arrive toujours en pareil cas, subsister un soupçon.

A la mort de Dorât, en 1780, Linguet publia dans ses Annales ^ l'oraison funèbre de son ancien compagnon.

« La nature, dit-il, l'avait doué pour la versifica- « tion d'une excessive facilité ; des grâces dans l'es- « prit, un coloris séduisant dans l'expression, une a abondance singulière de mots si adroitement placés

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