‹ Un avocat journaliste au 18e siècle, LinguetChapitre 111 sur 215 · SEANCES ORAGEUSES · texte numérisé non relu

SEANCES ORAGEUSES

Grâce à lui, le Conseil devint un lieu d'affreuses disputes, où, seul de son avis, il se voyait battu, contrecarré.

D'Aiguillon, présent aux réunions, intervenait parfois :

(( Mais enfin, disait-il, quand on assemble un con- « seil, c'est pour suivre la pluralité des voix! »

Et Linguet de répliquer :

(( Croyez, Monsieur le Duc, qu'il y a des occasions « (et elles ne sont pas rares) où deux hommes seuls ce peuvent avoir plus de raison que toute une assem- (( blée! »

Le fait est que cette assemblée perdait son temps en minuties.

Elle épluchait chaque témoignage reçu contre le Duc, et méditait de rendre plainte en subornation contre les témoins qui accusaient d'Aiguillon du même crime! — A ce jeu on pouvait aller loin.

On recherchait gravement s'il était vrai qu'il y ait eu un paravent dans la chambre du gouverneur à Rennes.... Cela mettait Linguet hors de lui.

« Quand des jurisconsultes en troupes, écrivait-il *, (L raisonneraient mieux que les autres hommes, ils (( perdraient ici cette faculté.

« Votre affaire est toute extraordinaire, M. le Duc, (( elle ne veut pas être traitée d'après les règles com- (( munes. Négligez les impertinences de tel ou tel (( témoin. Il ne faut qu'un trait pour se débarrasser « de ces insectes ; ce serait une grande imprudence ce que de s'amuser à en compter toutes les piqûres !

« Croyez que ce n'est pas sur des dépositions par-

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