Aiguilloniana, p
(( ticulières que vous serez jugé; c'est sur l'idée géné- « raie qu'on aura de l'ensemble de votre administra- « tion. Le grand art de vos ennemis est d'avoir su « persuader au public que vous lui étiez odieux, « Leur plus grande espérance est de vous voir, c( embarrassé dans une discussion juridique, perdre « le temps à débattre de petites particularités. Ils « veulent que vous restiez toujours taché, même après « avoir été lavé; ils veulent vous écarter du ministère, « et ils se promettent d'en venir à bout en supposant « que vous êtes haï de la nation, en représentant au « roi que son autorité pourrait être compromise s'il « vous en confiait l'exercice. Voilà pourquoi ils affecft tent aujourd'hui de se borner au reproche de l'abus (( d'autorité ; car c'est, de tous ceux qu'on peut faire (( à un homme en place, le plus naturel à croire, le (( plus aisé à prouver, le plus impossible à détruire.
(( Laissez donc les subtilités de droit et les citations « d'ordonnances ! Rendez-vous inaccessible sur les « grands objets, et je vous réponds du succès. »
Ce langage n'était point celui d'un avocat vulgaire.
Linguet voyait fort bien les ressorts cachés de ce procès exclusivement politique. Tout l'appareil judiciaire n'avait pour but que d'amuser la galerie.
Le parti de Ghoiseul et du Parlement s'inquiétait des progrès trop rapides de d'Aiguillon, du protégé de la Du Barry, dans la faveur du roi. Ce parti, tantôt servi, tantôt trahi par le chancelier de Maupeou, arriverait-il à discréditer assez le duc pour lui interdire à jamais l'entrée du ministère?
Tel était le fond du litige.
Et quant au juge souverain qui devait le trancher, c'était l'opinion publique.