Mémoires secrets, t. V, p
« l'affaire qu'il traite, et qui est fort curieux en lui- « même, on y trouve un détail historique et circon- « stancié concernant les États de Bretagne, leur ori- « gine, leurs changements, qui rendra cet ouvrage c( intéressant en tous tems. Il est signé du sieur « Linguet, dont on connaît la plume chaude et rapide. «On parlera plus amplement de cet écrit. »
Les Mémoires secrets en reparlèrent en effet, mais un mot d'ordre nouveau avait été donné aux rédacteurs, et leurs appréciations changèrent du tout au tout.
Il ne fut plus question de la plume « chaude et rapide » de Linguet. On le cribla au contraire d'anathèmes, de sarcasmes et de petits vers.
Linguet loua jadis et Tibère et Néron, Calomnia Trajan, Tilus et Marc-Aurcle. Cet infâme aujourd'hui, dans un affreux libelle, Noircit La Chalotais et blanchit d'Aiguillon.
L' (( affreux libelle » est bien près aujourd'hui de passer pour la vérité historique, même aux yeux les moins prévenus en faveur du dernier ministre de Louis XV '.
Au point de vue de la cause elle-même, il résulte clairement du mémoire que jamais procédure criminelle ne fut édifiée sur des présomptions plus vagues, sur des racontars plus suspects. L'incroyable légèreté des Parlements en matière criminelle se rencontre ici aussi bien que dans l'affaire de La Barre.
1. M. Vatel dans son ouvrage sur Mme du Barry (1883, Paris) a plaidé l'innocence absolue du duc d'Aiguillon. M. Flammermont {le Chancelier Maupeou et les parlements, Paris, 1883), au contraire, juge fort sévèrement le gouverneur de Bretagne.