‹ Un avocat journaliste au 18e siècle, LinguetChapitre 118 sur 215 · LA CHALOTAIS · texte numérisé non relu

LA CHALOTAIS

trat martyr, de Commandeur en robe et en perruque, montrant du doigt d'Aiguillon foudroyé.

Linguet, nous le savons, n'avait guère de respect pour les attitudes historiques. Il faisait volontiers descendre les statues de leurs piédestaux, et éprouvait même à ce jeu un plaisir tout particulier, une vraie joie d'iconoclaste.

Tel qu'il se dégage du récit de Linguet, le célèbre Procureur général nous apparaît sous un aspect nouveau, bien différent de sa figure traditionnelle.

Le duc d'Aiguillon, nous raconte Linguet, n'avait guère plus de trente ans quand il fut nommé commandant en chef de la province de Bretagne. A ce gouverneur un peu jeune, on jugea qu'il fallait un conseil, et pour tuteur on lui donna M. de la Ghalotais en personne.

(( Ce magistrat, nous dit Linguet, homme d'esprit, « doué d'une imagination ardente, avait même, avant c( son Compte rendu, une réputation à Paris. Il était « déjà lié avec la secte soi-disant philosophique. Il « avait de plus contracté une liaison intime avec la « duchesse d'Aiguillon la mère, femme habile, amie, « comme les grands peuvent l'être, des gens d'esprit. « Quand son fils partit, c'est au Procureur général de « Rennes qu'elle le confia. M"" de la Chalotais fut « l'ange à qui elle recommanda son Tobie. »

Tout alla bien d'abord. Le duc s'acquittait de son mieux de fonctions qui exigeaient qu'il fût un homme universel. Il administrait; il représentait le roi aux États de Bretagne; il faisait la guerre, et battait les Anglais à Saint-Cast en 1758. En 1762, après neuf ans d'administration, ses relations avec les États de Bretagne étaient encore bien cordiales; car cette

assemblée faisait vis-à-vis de lui une démarche fort courtoise, relatée dans la délibération que voici :

(( Les États ' ont par acclamation chargé leurs « Députés en Cour de nommer l'enfant dont Mme la « duchesse d'Aiguillon est grosse, si c'est un garçon; « et les autorisent de faire à cet égard toutes les c( dépenses qui seront nécessaires. Ordonnent que la « présente délibération sera présentée à Mgr le Duc « d'Aiguillon par la même commission qui a été « nommée pour complimenter Mme la Duchesse, et « qu'elle l'assurera en même temps de la joie qu'elle (( ressent de trouver cette occasion de lui prouver ce l'étendue de sa reconnaissance. »

Comment la guerre succéda-t-elle à de si tendres effusions?

Faut-il chercher le germe des querelles dans la protection que le duc accorda aux jésuites pourchassés par le Parlement? ou bien dans les taxes nouvelles dont le gouverneur assurait la levée? Tous ces griefs, si l'on en croit Linguet, ne furent invoqués qu'après coup, après la guerre déclarée par M. de la Chalolais, devenu maître du Parlement et des États, à son ancien pupille.

Mais pourquoi cette guerre?

Elle naquit peut-être d'un incident qui fut, sinon la cause, au moins la plaisante préface du dramatique procès de Bretagne, et des révolutions sans nombre, ministérielles et parlementaires, que ce procès engendra.

(( Un jour, nous dit Linguet, La Chalotais assistant

1. Délibération des États de Bretagne du jeudi 25 novembre 1762, rapportée dans le Mémoire de Linguet, p. 58.

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