LES CHEFS D ACCUSATION
(( toute espèce tramés pour perdre des hommes verce tueux ; d'avoir ou ordonné, ou du moins souffert, (( qu'en vue de lui plaire on attaquât leur vie par le « poison, et leur honneur par des dépositions men- « diées ou suggérées. »
Nous ne suivrons pas l'avocat dans ses réponses à ces divers griefs, car nous n'avons pas à refaire ici l'histoire du procès d'Aiguillon. Quelques citations suffiront pour mettre en relief la vigueur et la finesse de l'argumentation de Linguet.
S'agit-il du despotisme de d'Aiguillon, et de ses coups d'autorité?
a. Le duc d'Aiguillon était despote en Bretagne, « écrit Linguet, il en a voulu tyranniser les États? « Mais où? comment? à quelle époque?
« Est-ce en 1754, où il arrivait dans sa province, « et où son entrée ne fut signalée que par des grâces « de toute espèce? Est-ce en 1756, où il a augmenté « le pouvoir des États aux dépens du sien? Est-ce (( en 1758, où il leur a facilité, à un rabais considé- (( rable, l'acquisition d'un droit que la manière de le « percevoir rendait onéreux?... »
- Et le morceau s'en va ainsi, dans une forme vivement oratoire, soulignant d'un trait, et souvent d'une preuve, chaque argument de la défense du duc.
Quant aux lettres de cachet, et aux « traits de « despotisme » reprochés à M. d'Aiguillon pour les années 1765 et 1766, comment Linguet va-t-il répondre?
Ces lettres et ces actes sont, d'après les libelles, au nombre de 158; et ce chiffre, d'ailleurs, sauf quelques variantes, a été adopté par tous les historiens.
« Or l'avocat déclare que tout s'est borné à « six »
« ordres décernés en quinze ans contre des particu- « liers dont les démarches avaient paru suspectes au (( gouvernement dans des circonstances délicates et « dangereuses. Deux ont eu lieu en 1*757 et quatre (( en 1766. Encore M. le Duc n'y a-t-il eu d'autre part c( que de rendre compte, comme sa place l'y obli- « geait, des procédés qui les ont occasionnés. »
Et Linguet va plus loin; il décompose cette « pré- « tendue chronologie de 158 actes de despotisme ».
Nous ne le suivrons pas dans ces calculs délicats. Déduira-t-on de l'injuste total les 78 lettres de cachet adressées aux membres du Parlement de Rennes? — D'Aiguillon, quand ces lettres furent expédiées, était aux eaux de Bagnères-de-Luchon : il faudrait donc reporter ces lettres du compte du duc au compte du roi.
Et de ce chiffre de 158 faut-il aussi déduire, comme le veut Linguet, la lettre destinée à un jeune anarchiste breton du nom de Bouquerel, qui avait écrit à un ministre « que si le roi ne changeait pas de con- « duite, tout irait mal au grand malheur de quel- (( qu'un »?
Tout cela est fort épineux et, n'ayant pas à plaider pour le duc, nous laissons à Linguet la responsabilité de son arithmétique. Mais que répondra-t-il au sujet de la protection accordée aux jésuites?
Ici Linguet observe que « se lier à des moines c( puissants est une politique humiliante même pour (t. un particulier; mais que s'attacher à des moines « proscrits serait une inconséquence bien inconce- « vable dans un homme en place * ».