‹ Un avocat journaliste au 18e siècle, LinguetChapitre 121 sur 215 · LE (( COMPTE RENDU · texte numérisé non relu

LE (( COMPTE RENDU

D'ailleurs « le duc n'a point sur les jésuites d'au- « très idées que M"" de la Chalotais lui-même ».

Et, à l'appui de ce paradoxe, Linguet cite un billet du Procureur général, daté du 2 juillet 1762. Ce billet suggestif accompagnait l'envoi au gouverneur du célèbre Compte rendu des Constitutions des Jésuites et il était ainsi conçu :

« Vous ne vous embarrassez guère, Monsieur le (( Duc, des Constitutions des Jésuites, ni moi non (( p/ws. Cependant il faut bien que vous sachiez ce « qui en a été dit, bien ou mal, en Bretagne. »

Ce ni moi non plus a bien quelque valeur documentaire. Viendrait-il à l'appui des affirmations de Brissot?... Celui-ci, en effet, déclare, dans ses Mémoires, que La Chalotais, homme de grand amour-propre et de mince talent, avait fait fabriquer, par un écrivain obscur nommé M. Abeille, le Compte rendu qui le rendit célèbre.

Enfin Linguet aborde le grand point, et défend le duc du projet qu'on lui prête d'avoir voulu faire mourir La Chalotais.

On sait que ce Procureur général, son fils et quatre conseillers du Parlement de Bretagne avaient été arrêtés le 11 novembre 1765, par suite de la résistance de leur compagnie aux ordres du roi prescrivant une levée de taxes dans la province. Ils furent emprisonnés à Rennes, puis à Saint-Malo, enfin à la Bastille, d'où ils sortirent le 22 septembre 1766, « Sa « Majesté ne voulant pas trouver de coupables ' ».

\. M. Flammermont, dans son ouvrage sur le chancelier Maupeou et les Parlements, p. 93, dit « qu'il est certain que le « gouverneur de Bretagne, qui avait obtenu par le crédit de son

oncle, le duc de Saint-Florentin, l'arrestation des six magis'

C'est pendant leur détention à Saint-Malo que le duc aurait tenté de les faire disparaître :

(( On voit dans vingt libelles, écrit Linguet ', que « des inconnus étaient arrivés à Saint-Malo, avec une « caisse d'instruments dont ils prenaient grand soin; « que ces étrangers étaient des bourreaux venus pour « sacrifier des victimes à la haine de M. le duc d'Ai- « guillon; qu'on avait fait entrer à la citadelle des (( charretées de planches et de poutreaux pour con- « struire un échafaud dont quelques personnes ont « vu le plan. »

Mais devant ces « effroyables extravagances » , Ghoiseul lui-même n'a-t-il pas écrit à d'Aiguillon :

c( Je déclarerai et affirmerai, Monsieur le Duc, en c( toute occasion et en tous lieux, à la Cour des Pairs « si vous le jugez à propos, que rien n'est si faux, si « criminel et si bête, que l'assertion de l'envoi d'un (( courrier de ma part pour empêcher une exécution « quelconque en Bretagne. »

« trais accusés de lèse-majesté, chercha à se procurer par « tous les moyens des témoins et des faits pour justifier cette " accusation ». Et il ajoute que « l'information publiée par « Linguet contient des indices graves et des dépositions acca- « blanles contre le duc d'Aiguillon ». Nous croyons au contraire qu'il serait assez facile d'établir, au moyen des plaidoyers de Linguet et des documents de la procédure, le peu de valeur des témoignages recueillis contre le duc. Quant à l'arrestation des six magistrats, d'Aiguillon a pu la conseiller, mais le ministère et le roi l'ont voulue en pleine connaissance de cause. Il ne faut pas oublier que le Parlement de Bretagne était en état d'insurrection ouverte et permanente contre l'autorité royale. Il est malaisé de s'intéresser aux parlementaires du xvm" siècle quand, sous les phrases cicéroniennes, on a bien vu le fond de leurs prétentions, leur orgueil immense, leur insatiable ambition politique, et l'oubli profond de leur*s devoirs judiciaires.

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