‹ Un avocat journaliste au 18e siècle, LinguetChapitre 123 sur 215 · Mémoire pour M. le duc d'Aiguillon, p. 189 et suiv · texte numérisé non relu

Mémoire pour M. le duc d'Aiguillon, p. 189 et suiv

2. C'est un nommé Canon, procureur taré, qui avait déposé sur ce fait dans la procédure; il avait narré que Desfourneaux « lui avait dit qu'un prêtre de Rennes lui avait proposé d'em- •< poisonner M. de la Chalotais, et qu'il lui avait présenté à cet « elTet du poison préparé, avec une bourse pleine d'or ». A toute époque, les grands faits divers de l'histoire ont échauITé les cervelles des aliénés. Mais autrefois les romans inventés par ces pauvres malades étaient accueillis avec moins de réserve qu'ils ne le sont aujourd'hui.

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décrié pour qu'on songe à signer sa réhabilitation, il faut pourtant reconnaître que la preuve de ses méfaits n'était point dans la procédure.

Linguet allait plus loin, il croyait à son innocence, il réclamait l'enquête la plus large, un jugement public.

« C'est à la Cour des Pairs, disait-il en terminant (( son mémoire, à fixer l'opinion publique. M. le duc « d'Aiguillon ne demande ni grâce ni vengeance; « c'est la justice la plus sévère qu'il implore pour lui, (( et la plus indulgente pour ses adversaires. »

Cette dernière phrase du Mémoire de Linguet était bien loin de traduire la pensée personnelle du duc.

Celui-ci ne partageait gtière la confiance de son avocat dans l'heureuse issue du débat judiciaire.

Par crainte de l'opinion, il hésitait à enrayer la procédure; mais, par crainte du Parlement, il hésitait plus encore à laisser les choses suivre une voie qui, du Palais, pouvait bien le conduire à la place de Grève.

Ce fut le chancelier qui trancha la difficulté.

M. de Maupeou avait fait du chemin depuis l'époque, pourtant voisine, où à la tête du grand Banc il présidait l'affaire de La Barre.

Nommé chancelier en 1768, à la joie unanime de tous ceux qui bientôt allaient le maudire, il aspirait maintenant aux fonctions de premier ministre. Entre

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