DISSENTIMENTS AVEC LE DUC
« en faveur de qui, depuis cinq ans, l'autorité s'épui- « sait en combats.
(( Ainsi débarrassé du Duc de Choiseul par le Duc (( d'Aiguillon et la favorite; opposant au Duc d'Ai- (( guillon l'opinion publique, le Ministère devenu « vacant tombait de soi-même entre ses mains. »
Le duc d'Aiguillon connaissait ce plan. Il surveillait très attentivement toutes les démarches de Maupeou, et on le tenait au courant des moindres détails de la procédure.
Que n'eussent pas fait les rapporteurs, MM. Boula et de Brétignières, et le Procureur général Joly de Fleury, pour le neveu du ministre Saint-Florentin?
On l'informait de tout, et lui-même, par de petits billets, donnait ses instructions : « Il faut s'attendre (( à des incidents de toute nature », écrivait-ii ; et il recommandait l'observation des formes, « même les « plus minutieuses », afin que le jugement à intervenir eût l'heureux aspect « d'un jugement libre et non « de faveur * ».
Ainsi le duc sentait bien le danger de ce « jugece ment de faveur », de cet « acquittement doublé d'une « flétrissure » que voulait lui infliger l'astucieux Maupeou. Mais son désir d'y échapper, d'obtenir une véritable réhabilitation, n'allait pas jusqu'à lui faire affronter le martyre, jusqu'à lui inspirer l'imprudent désir de se faire juger par le Parlement. Un jour vint où il dut s'expliquer clairement là-dessus avec son avocat.
« M. de Montesquieu, écrivit-il à Linguet, pense-
i. Collection Joly de Fleury, Bibliothèque nationale, manuscrits, 2080. Inédit.
« rait que vous êtes un despote, mais vous ne pouvez « pas dire que je le sois, puisque je ne me permets (( pas d'avoir un sentiment, ou du moins d'insister « sur celui que je puis avoir, dans une affaire qui ce m'est totalement personnelle, et dont je connais « mieux les ressorts qui la font agir que vous.
« Je ne suis pas aussi confiant sur certain article .« que vous l'imaginez. J'ai appris depuis longtemps à « mes dépens à connaître les hommes et surtout les « Ministres, mais quand ils me tromperaient, ce qui (( n'est pas vraisemblable dans la circonstance préce sente où ils vont autant de jeu que moi, je ne pourct rais pas me conduire autrement que je ne le fais. (( Le roi est déterminé à ne pas me laisser juger : et « je dois convenir qu'il a raison de ne pas le vouloir. c( J'essaierais inutilement de le faire changer d'avis.
« Il ne me reste d'autre parti à prendre que celui « d'achever de détromper le public, et de détruire les « fausses impressions qu'on lui a fait prendre sur « moi; vous avez commencé ce grand œuvre, j'espère « que vous voudrez bien le terminer; je suis sûr du (( succès si vous vous en chargez. »
Peu de jours après cette lettre, le 27 juin, le roi, en son lit de justice de Versailles, annulait toutes les procédures, déclarait la « conduite de son cousin « d'Aiguillon irréprochable » et imposait sur tout cela ce le silence le plus absolu ».
(( On ne pouvait être plus inconséquent, ni plus c( dédaigneux des formes judiciaires », dit M. Henri Martin en appréciant ces lettres d'abolition, et il les considère comme « une intervention arbitraire du ce pouvoir personnel dans les Cours de justice ».
Jamais, croyons-nous au contraire, on n'avait fait