‹ Un avocat journaliste au 18e siècle, LinguetChapitre 145 sur 215 · LE DIVORCE · texte numérisé non relu

LE DIVORCE

« godelureaux ». Cette expression, nullement insultante, va apparaître cent fois dans les écritures de justice, comme vocable diffamatoire.

Les godelureaux viennent en carrosse, et font un bruit d'enfer dans la cour mal pavée. Et cela trouble le sommeil du marquis, couché de bonne heure dans un appartement du rez-de-chaussée.

Le marquis se plaint du tapage, et finalement donne ordre au suisse de consigner les équipages à la porte. Ordre funeste ! La marquise descend chez son époux, lui fait une scène violente, le presse, l'exaspère, enfin le bat.... La marquise, déjà prête à plaider, veut ce matin-là son soufflet, le cher soufflet rêvé par tant de dames; le soufflet qu'une soubrette entend et dont elle déposera.

Mais le marquis a du sang-froid, il croise obstinément ses bras sur sa poitrine. Pour tout dire, la marquise vient d'hériter d'une grosse fortune, et M. de Gouy ne veut pas entendre parler de séparation. Il se fait doux comme un agneau, il tend l'éChine, et se borne à faire constater par un officier de police qu'il est battu, content, et n'a point riposté.

Telle est la scène finale. On sait le reste. A la demande de la marquise, Linguet oppose le plaidoyer plein de finesse dont on a pu juger.

Une seule fois, dans ce procès, il s'échappe en une incartade. A la fin de son plaidoyer, il considère l'état des gens que la justice a séparés, et par là, un instant, retourne incorrigible à sa chère et compromettante thèse du divorce : « Le divorce, ose dire Linguet, (( tant qu'il a été permis, était une opération paci- (( fique et bienfaisante qui conciliait tous les esprits (( comme tous les intérêts ; les séparations aujourd'hui.

« sont un palliatif infructueux qui ne peut produire « que le malheur et le scandale ».

Linguet gagna sa cause au Ghâteletetau Parlement, quoique dans ces deux tribunaux les conclusions du ministère public fussent contraires au marquis de Gouy. L'arrêt fut rendu le 22 février 1772, et à partir de ce jour, Gerbier voua à son heureux et narquois confrère une haine irréconciliable.

a M" Linguet, disait le Journal historique^ travaille (( infatigablement pour le nouveau tribunal; il paraît « deux mémoires de cet orateur qui sont très recher- « chés : le premier est une consultation pour M. le « Prince de Ligne contre l'Abbaye Royale de Gorbie ; (( le second en faveur de Mme la duchesse d'Olonne « contre le sieur Orourke. »

Gela se place, comme l'affaire de Gouy, en 1772, au début de ces années d'apothéose où Linguet éclipse tous ses rivaux : les Gaillard, les Legouvé, les Vermeil, (( en un mot tout ce qu'il y a de fameux », et Gerbier même !

Gonstamment, et presque jour par jour, les Mémoires secrets s'occupent de Linguet, de ses écrits, de ses faits et gestes. On observe qu'il a quitté la rue Saint-Séverin, élégante pourtant, pour « passer sur la (( rive droite », commedisent les avocats d'aujourd'hui, et s'établir rue Tictonne, en plem Paris d'affaires.

Tantôt il n'est question que du mémoire dans

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